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Notes de lecture 2018, Revues

Note de lecture : Artichaut 1 : « Révolutions » (Revue)

Sous le signe hautement métaphorique des révolutions, le premier numéro d’une superbe revue dédiée à la jeune création littéraire et artistique.

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C’est grâce à Frédéric Fiolof (lui-même l’un des animateurs essentiels de la superbe revue La Moitié du Fourbi) – qui est l’invité du numéro 3 de cette revue dédiée à la jeune création littéraire et graphique, dont les appels à textes à débutants (ou presque) côtoient l’invitation d’un auteur et d’un artiste davantage confirmés – que j’ai donc découvert tout récemment Artichaut, revue née en mars 2017, dont la qualité impressionne d’emblée.

Dans ce premier numéro, sous les signes des révolutions – dont la rédactrice en chef, Justine Granjard, dit à très juste titre dans son éditorial : « C’est un signe saturé » (et l’on repense aussitôt au  Jean-Claude Milner des « Noms indistincts ») – on trouve ainsi une réjouissante diversité de formes comme de contenus, soutenue de bout en bout par une maquette à la fois sobre et signifiante, et par les si étonnants chimigrammes de Fanny Béguély, peintures sur papier photosensible dans lesquelles les dessins de l’artiste restent soumis aux aléas calculés ou non des réactions chimiques entre produits, dans l’instant et dans la durée.

André Txenavila signe ici en quatre pages une inquiétante et poétique variation autour du vieux slogan « Métro, boulot, dodo », où ce sont un tramway et un bol ébréché qui tiennent les rôles principaux (« Arythmie »). Raphaël Sarlin-Joly, en seize pages, nous offre un poème de combat et de marche, au souffle puissant et rageur, qui évoque par moments aussi les courses folles de Sébastien Ménard, en y ajoutant un sourd grondement politique (« Nous irons pieds nus comme l’Ire des Volcans »). Alexis Piat construit de son côté douze pages d’une solide fable politique, science-fictive et farceuse, qui pourrait se situer quelque part entre le réjouissant faux sérieux d’Emmanuelle Heidsieck (« À l’aide ou le rapport W », 2013) et l’épopée ensorcelée de Chloé Delaume (« Les sorcières de la République », 2016), avec un superbe clin d’œil historique à l’université de Nanterre (« Les Tribunaux logiques »). Et juste avant le somptueux portfolio de chimigrammes donc, en dix pages, Joseph Sainderichin nous installe au cœur de l’une de ces utopies ambiguës et songeuses dont certaines grandes conteuses et grands conteurs ont le secret – on songera peut-être bien, par exemple, au John Crowley de « L’été-machine » (« Novuzem »).

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Fanny Béguély, Chimigramme 18×24 cm, 7 août 2015, Papier Kodabrom, coll. privée

Nous poserons la brûlure de nos êtres sur le gaz diaphane
des paroles horizontales
des bouches murmurantes
Nous serons perpétuel départ
perpétuel mouvement
Courses à la renverse
à en perdre connaissance
(Raphaël Sarlin-Joly« Nous irons pieds nus comme l’Ire des Volcans »)

Raphaël Peirone saisit pour nous les dix pages d’un instant de basculement, d’un rêve éveillé rugueux et potentiellement tragique, au bord du brasier, alors que rôdent les allumettes. (« Un long poème français »). Autour de l’authentique figure historique d’Hester Bateman, maître artisan britannique en argenterie, ayant repris et développé à une échelle alors jamais atteinte l’atelier de son époux défunt entre 1760 et 1790, Tiphaine Monange tisse résolument six pages magnifiques d’un songe dans les interstices entre le connu et le supposable (« À la recherche d’Hester Bateman »). Exploitant et concentrant en une page toutes les possibilités offertes par une expression consacrée, Marion Brun réalise pour nous un étonnant calligramme (« Escalier à double révolution »). Pour conclure ce premier numéro, c’est Cristen Hemingway Jaynes, autrice invitée ici, qui développe en dix-sept pages une quête faussement bucolique et légèrement hallucinée, qui résonnerait sans doute de certains échos northamptoniens du « Jérusalem » d’Alan Moore, nouvelle traduite de l’américain par Laurent Barucq et Justine Granjard – le texte original figurant également ici (« Le jardin aux roses »).

Après avoir atteint le Highway 22, j’ai pris à droite en m’éloignant de Payne City. La mairie était une caravane : le maire et moi, ses deux seuls employés. La ville en elle-même était composée d’une succession de petits blocs parmi lesquels on trouvait le Mean Hen, un bar restaurant où l’on se faisait régulièrement tirer dessus, une supérette devant laquelle on se faisait régulièrement tirer dessus, et une meute de chiens sauvages. On y trouvait également un joli parc en proche banlieue où personne n’allait pour autre chose que du sexe illicite. (Cristen Hemingway Jaynes« Le jardin aux roses »)

Si l’on ajoute à tout cela que chaque texte proposé comporte une proposition d’accompagnement (musical ou graphique), qu’une bibliographie complémentaire d’essais et de fictions est proposée en fin d’ouvrage, et que le site web de la revue propose de surcroît divers compléments d’enquêtes, la lectrice ou le lecteur réaliseront qu’ils tiennent entre leurs mains une curieuse petite merveille d’audace et de qualité, que l’on a hâte de voir poursuivre ses aventures, et dont on vous invite à venir fêter le lancement du troisième numéro, jeudi 14 juin à partir de 18 h 00 puis de 19 h 30 à Ground Control, avec la librairie Charybde, et avec surtout une lecture musicale de Frédéric Fiolof et Éliane Blaise.

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Un lecteur, un libraire, entre autres.

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