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Notes de lecture 2018

Note de lecture : « Journal de voyage dans l’Arctique » (John Muir)

Explorations systémiques entre Alaska et Sibérie en 1881.

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Lorsqu’il prend part au voyage du vapeur mixte « Corwin » en 1881, entrepris à la recherche de trois navires baleiniers disparus, entre Alaska (qu’il a déjà arpenté largement l’année précédente) et Sibérie, John Muir est déjà depuis plusieurs années un naturaliste et glaciologue renommé, auteur de dizaines d’articles de science et d’exploration, ayant vécu plus de douze ans en quasi-ermite en divers lieux, avant de se marier et de « revenir à la civilisation », en quelque sorte, l’année précédente. C’est quelques années plus tard qu’il deviendra progressivement, à partir de son background de grand voyageur et de scientifique acharné, l’un des plus grands pionniers de l’activisme écologique, en co-fondant le Sierra Club en 1892.

Publié en 1917 sous forme de livre, trois ans après la mort de l’auteur, mais reprenant plusieurs articles publiés dans les journaux de San Francisco au moment des faits, « The Cruise of the Corwin » (traduit en français par « Journal de voyage dans l’Arctique », par André Fayot en 2008 chez José Corti, titre qui correspond bien au contenu de l’ouvrage, et permet de faire pendant au « Voyages en Alaska » évoquant son année 1880) est ainsi à bien des égards un ouvrage charnière dans l’œuvre, réorganisée désormais, de John Muir.

Quand le glacier qui a formé ce qu’on appelle aujourd’hui la baie du Plover était dans la force de l’âge, il avait environ trente milles de long, entre cinq et six milles dans sa plus grande largeur et environ sept cents mètres d’épaisseur. Il avait au moins cinq affluents majeurs, qui, lors de la fonte du tronc principal, vers la fin de la période glaciaire, devinrent des glaciers indépendants, lesquels fondirent ensuite pour former peut-être soixante-quinze (ou plus) petits glaciers résiduels de moins d’un mille à quelques milles de long, qui, pour autant que j’aie pu le voir, ont finalement disparu, eux aussi, quoiqu’il puisse toujours en subsister certains vestiges qui continuent de s’atrophier sur les réservoirs les plus hauts et les mieux protégés, au-dessus de l’extrémité du fjord. J’ai fait une jolie glissade le long de la vallée d’un glacier affluent dont les moraines frontales indiquent la même mort progressive que celles de la Sierra. Les montagnes d’ici, pour ce qui est de la forme des pics, des arêtes, des bassins lacustres, des morceaux de prairie, pour leur sculpture et leur aspect en général, ressemblent à celles de la grande Sierra de Californie, où la roche est moins résistante.

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Retrouvant au fil des pages toute la finesse des observations géologiques et glaciologiques, voire plus généralement géographiques, qui avaient fait déjà à l’époque la célébrité de l’ermite des sierras californiennes, fourmillant de notes botaniques et zoologiques, encore renforcées par la présence à bord, aux côtés de John Muir, du grand naturaliste Edward William Nelson, « Journal de voyage dans l’Arctique » s’essaie aussi, avec un certain brio, à l’histoire des explorations arctiques, à l’économie, à l’anthropologie (avec un mélange à la fois savoureux et parfois attristant d’empathie, d’intuition et de préjugés d’époque), voire à une approche systémique bien avant la lettre anticipant par exemple celle pratiquée par un arpenteur du grand Nord contemporain tel que Barry Lopez et ses « Rêves arctiques ». L’ouvrage demeure ainsi, entre autres et au-delà des charmes propres de son récit, une précieuse incursion dans la formation précoce d’un courant d’exploration écologique prenant d’ores et déjà en compte les conséquences à prévoir des pratiques de surchasse et de surpêche au sein d’un écosystème donné, même de vaste ampleur.

Selon le recensement fait l’an dernier, les habitants de ces îles sont au nombre de 2 451. Sur cette population, 82 sont blancs, 479 métis et 1 890 Aléoutes. Les Aléoutes sont beaucoup plus civilisés et plus christianisés qu’aucune autre tribu indienne de l’Alaska. Entre un tiers et la moitié des hommes et des femmes savent lire et écrire. Leur métier consiste à chasser la loutre de mer pour l’Alaska Commercial Company.
Un bon chasseur se fait de quatre cents à huit cents dollars par an. Pour cela, ils parcourent des centaines de milles dans leurs frêles canoës de peau, qui sont tellement légers qu’on peut facilement les porter sous le bras. À gagner tant d’argent, ils vivent dans des conditions hors de portée de la plupart des classes laborieuses européennes. Pourtant, en dépit de tous leurs avantages, ils déclinent comme les autres Indiens. Les morts dépassent les naissances dans presque tous leurs villages et le moment de leur disparition de la face de la terre n’est qu’une question de temps.

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