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Notes de lecture 2018

Note de lecture : « Wing of Light » (Matt Bialer)

Transfigurée par le vers libre et sa poésie, une extraordinaire aventure science-fictive, entre plongée sous-marine en Baltique et séries Z joliment malmenées.

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LECTURE EN VERSION ORIGINALE AMÉRICAINE

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Il faut à la fois une redoutable culture science-fictive tous azimuts et une foi toujours renouvelée en la puissance révélatrice du langage poétique pour oser une tentative telle que « Wing of Light », publié en 2015 aux éditions du Zaporogue. Matt Bialer ne manque aucunement de ces deux composantes : agent littéraire reconnu dans le champ SF & fantasy (il gère notamment les intérêts de Tad Williams, Diana Rowland ou Patrick Rothfuss, au sein de Greenburger Associates), il est aussi réputé en tant que photographe (les albums « More Than You Know » en 2011 ou « A Moment’s Notice » en 2016, par exemple) et en tant qu’aquarelliste (l’album « Shadowbrook » en 2012, par exemple), extrayant des rues américaines ou de certains paysages de Nouvelle-Angleterre qu’il arpente visuellement et tactilement une fulgurance poétique que l’on retrouve bien dans ses recueils (« Radius », 2011).

« Wing of Light » ressort de l’une de ces redoutables espèces poétiques hybrides, qui nous avait tant réjoui dans le « King County Sheriff » de Mitch Cullin (à propos de « western texan contemporain » alors), investissant un genre établi dont les clichés et les tropes seront savamment réagencés et rendus véritablement autres par la magie du travail de la langue et du vers libre. Les ingrédients de ce décor qu’il va bien s’agir de perturber et de faire danser : une famille de plongeurs sous-marins, en Baltique, spécialisés dans la récupération de cargaisons historiques (d’aucuns diraient « de trésors » – on songera ainsi au troisième tome de la saga falsificatrice d’Antoine Bello, « Les producteurs »), d’inlassables quêtes menées au sonar et à la base de données historiques, et tout à coup un « ping » résolu, une réflection d’ondes ne correspondant à rien de connu avec certitude.

My father used to say
To see a new landscape
You need new eyes

We’re treasure hunters
On the Baltic Sea

Graveyard for shipwrecks
Sunk over centuries

Oldest remains
Date back some 800 years

800 years

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Convoquant très vite les images sous-marines arrachées par exemple au James Cameron de « The Abyss » (1989) mais aussi les résidus rétiniens tenaces d’un « Rendez-vous avec Rama » ayant filtré de chez Arthur C. Clarke, Matt Bialer laisse son équipage expérimenté spéculer et extrapoler après ce choc sonar visualisé ensuite mieux que sommairement par d’autres magies informatiques de leurs technologies d’exploration. Et le phrasé bien particulier ici employé peut alors relayer un flux de conscience haché, des souvenirs d’enfance justement perturbée, des croyances et des sciences, et les conséquences éventuellement saumâtres des incrédulités et des obstinations. C’est la première pièce du recueil : « Anomaly ».

« Maiden of the Vril », qui suit, brode une étonnante micro-saga de la Société du Vril, exploitant la fiction complotiste et mystique construite par Edward Bulwer-Lytton en 1871 (et relayée sans guère d’autres commentaires par Jacques Bergier et Louis Pauwels dans leur « Matin des Magiciens » de 1960, après que diverses sociétés secrètes nazies se soient emparées durant quelques années de cette quête occulte – qui permettra in fine aux thématiques de l’Indiana Jones de Steven Spielberg de voir le jour), incluant même un fameux soleil noir comme en écho anticipé au travail récent d’Alex Jestaire. Traité en brouhaha d’intuitions, de déchiffrages d’écritures anciennes et obscures, de transcriptions de diagrammes techniques, de compte-rendus d’opérations militaires secrètes et de théories en télescopage à grande vitesse (mais dans l’obscurité feutrée des sciences parallèles et des fantasmes de toute-puissance et de contact extra-terrestre privilégié), le poème est particulièrement savoureux, et lorgne même astucieusement du côté de « Stargate SG-1 » et de « Fringe ».

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Operation Highjump (1946-1947)

February 1947
Rear Admiral Richard E. Byrd

In charge of
Massive deployment

Antarctica

Operation Highjump

Task Force 68

13 ships

Multiple aircraft

Largest expedition
Mounted

Flagship Mount Olympus

Aircraft carrier Philippine Sea

Destroyer Bronson

Icebreaker Norhtwind

Armed contingent
4700 men

3 dog sled teams

Conquer alleged secret underground
Nazi facility

New Swabia

Capture German Vril flying discs

Thule mercury powered craft prototypes

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Troisième pièce, « The Watchers », en convoquant presque au sens littéral du terme les fantômes de la guerre froide, réussit la prouesse d’être encore plus subtilement spectaculaire que les deux précédentes, déroulant imperturbablement sa lancinante litanie psychique témoignant de l’enrôlement de combattants « perdus » (soit d’une blessure normalement fatale à la tête, soit d’un contact extra-terrestre non sollicité) dans une guerre d’esprits à distance, dans laquelle guetteurs, surveillants et observateurs enchevêtrent leurs sensations et leurs intrusions au service de causes obscures mais mêlant à nouveau idéologie, désir de domination et sciences des marges non reconnues. Et c’est ainsi que le concept militaire ésotérique de « vision à distance » prend une curieuse consistance science-fictive appliquée, et dégage une poésie surnaturelle rappelant les plus émouvants moments des « X-Files », entre autres – et même une rare réminiscence intrusive du fameux « The Manchurian Candidate » de Richard Condon.

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La cinquième et dernière pièce, « Wing of Light », qui donne son nom à l’ensemble du recueil, appelle d’emblée à la barre des témoins de cette frange littéraire située entre science et fantastique le grand Nikola Tesla (dont on se souvient de l’usage machiavélique qu’en fit Christopher Priest dans « Le Prestige »). Ici, c’est lorsqu’un célèbre magazine de science-fiction commande en 1983 un texte à propos de l’inventeur que les choses étranges s’amorcent, pour une véritable (et fort étrange apothéose).

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FCC-Prestige-Lightbulb

Toward his lab
South Fifth Avenue
Near Bleecker Street
Throws switch
Oblong steel machines
Tube lighting
With no connections
No wires
Shadow and light
Streak across his face
His guests arrive
Journalists, men of Wall Street,
Scientists
A late night demonstration
He stands before you
Nikola Tesla
Wizard of shadow
And light

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Rare expérience d’application directe et indirecte d’un phrasé poétique, sachant manier aussi bien l’allusif spéculatif que le descriptif prosaïque, à un matériau évoluant avec une grâce hilare aux confins du surnaturel et de l’inexpliqué, « Wing of Light », comme toutes les publications de Matt Bialer aux éditions du Zaporogue, peut être acheté sur la boutique lulu.com de l’éditeur, ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Wing of Light » (Matt Bialer)

  1. Opération Highjump que l’on pourrait traduire par saut de haut (et non seau d’eau)
    un classique des opérations militaires US

    arrivés quasi au pole, il se sont rendu compte que les boussoles ne pouvaient servir à indiquer le nord (ou le sud)
    il aurait fallu demander à M Esnard qui en avait une (de boussole) indiquant l’est.

    alors qu’il aurait suffi de regarder la mousse sur les arbres…..
    ces GIs, tout de même…

    même Pierre Senges dans « La réfutation majeure » montre comment trafiquer les grande et petites ourses

    comme quoi….
    avant de partir joyeux pour des courses lointaines…..
    C’est ce qui vous fait ces voix désespérées
    Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!

    moralité : allez d’abord lire chez Charydbe

    on dirait du He Zop…

    Publié par jlv.livres | 6 février 2018, 11:43

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