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Notes de lecture 2018

Note de lecture : « Salud y anarquia » (Joel Kuortti)

Une saisissante poésie de la persistance intime de l’imaginaire anarchiste espagnol.

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C’est aux éditions du Zaporogue de Sébastien Doubinsky que l’on doit ce bref recueil de poésie, publié en 2010, du Finlandais Joel Kuortti, par ailleurs docteur en philosophie, directeur de l’école de traduction de l’université de Turku, et spécialiste en études postcoloniales, particulièrement dans le domaine indo-pakistanais (ses articles et ouvrages sur Salman Rushdie, notamment, sont considérés comme une référence).

Dans cet unique recueil publié à ce jour (traduit en anglais par ses propres soins), l’illustre professeur explore, en 28 poèmes le plus souvent saisissants, allant de quelques lignes à une page, la persistance d’un imaginaire intime lié à l’Espagne en général, mais beaucoup plus particulièrement à l’Espagne anarchiste et combattante portée en réalité et en légende par la guerre civile de 1936-1939, et par les luttes anti-franquistes qui ont pu la continuer souterrainement.

I Know

On the side of my back bag
a shoe mark.
Put there unnoticed
put there however;
and I know where.

There is a mark on my shades,
a fingerprint
visible at the edge of the field
of vision where I leave it, knowing why.

On my cheek a mark
of tears;
somewhere I have a picture
a picture of you,
and I know where.

I know the value of purity,
clarity and certainty.
But I only want to remember
the stains of life.

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D’une écriture subtilement vibrante dans laquelle le Hans Magnus Enzensberger de « Mausolée » et de « Défense des loups » comme celui du « Bref été de l’anarchie », précisément, aurait rencontré pour muter le Allen Ginsberg de « Howl », Joel Kuortti traque avec une grande finesse la trace laissée par l’espoir insensé d’une autre société et d’une autre politique, la persistance rétinienne d’une défaite magnifique devenue secret intime de comportement : qu’il évoque du vin de Rioja et du Coca-Cola en imaginant leur « goût du travail »,  qu’il interroge les roches même des sentiers caillouteux de la Sierra et de l’existence, qu’il songe à des autocars ou à des panneaux routiers, qu’il convoque Münchhausen pour une sublime folie à deux, qu’il entrechoque oliviers et arbres fruitiers, qu’il ironise même sur les clichés et les plages de sable (on pourrait songer à Bernard Lavilliers « nous parlant un peu de l’Espagne » en 1975), qu’il rappelle les sombres mémoires du colonialisme (le Carlos Fuentes de « Terra Nostra » se met alors à rôder entre ces lignes ténues), que se fasse jour le souvenir des souverains musulmans de Grenade, que les fantômes des suppliciés aux mains des franquistes s’incarnent tout à coup, que le Jour de la Croix trahisse sa cruauté, la puissance toute en retenue des métaphores mises en œuvre discrètement par le poète impressionne par son implacable beauté, sans roulements de tambour ni effets spéciaux.

Ce magnifique court recueil peut être commandé directement aux éditions du Zaporogue, ici.

Signs

Oh those
signs that we
pretend to send
and you
pretend to understand.

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Joel_Kuortti

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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