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Notes de lecture 2018, Nouveautés

Note de lecture : « Espace lointain » (Jaroslav Melnik)

Métaphores philosophiques et politiques très appuyées au pays des aveugles.

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Espace lointain

Pour éviter de perdre le sens de l’orientation, Gabr ferma solidement les paupières et avança, se laissant guider par les capteurs acoustiques du dispensaire. D’habitude, il s’orientait parfaitement dans l’espace ordinaire… jusqu’à cet événement épouvantable. L’espace ordinaire se composait de virages de complexité conventionnelle : tout comme les autres personnes de son âge, Gabr détectait les obstacles à 1,30 mètre de distance. Autrefois, dans son collège de sixième catégorie, il avait participé à une compétition et avait déjoué un piège qui se trouvait à 2,05 mètres de lui. C’était loin d’être le record du monde (celui-ci s’élevait à 17,33 mètres !), mais Gabr était fier de son résultat. À 50 centimètres, il était capable de déterminer la forme globale d’un objet, tandis qu’à 20 centimètres il pouvait même en identifier la matière. Ces compétences faisaient partie du programme obligatoire de son collège de sixième catégorie, et Gabr avait été un élève prometteur.

Dans la Mégapole, tout le monde vit dans son propre « espace proche ». Dépourvus du sens de la vision « ordinaire », les habitants, aveugles ne le sachant absolument pas, vivent leurs vies majoritairement extrêmement réglées en se fiant aux capteurs acoustiques et aux divers appareillages leur permettant de se déplacer en toute sécurité dans leur bulle personnelle, de travailler et d’interagir avec les autres. Jusqu’au moment où l’un d’eux, Gabr, est affecté d’un mal étrange, diagnostiqué tout d’abord comme une rare psychose : il prend conscience de l’existence de « l’espace lointain » (ce que, dans d’autres univers, on appellerait sans doute « recouvrer la vue »), et les séries de choix à effectuer face à cette curieuse « maladie » vont l’amener inexorablement, et après bien des rebondissements plus ou moins surprenants, à découvrir une tout autre société que celle dans laquelle il croyait jusqu’ici évoluer.

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– Votre frayeur, liée à la perception de l’espace, est tout à fait compréhensible, continua la voix. Les hallucinations spatiales sont connues depuis la nuit des temps. On a même répertorié des cas de psychose massive.
– Cependant, l’espace existe, dit Gabr.
– Absolument, répondit la voix. Mais il s’agit de l’espace proche, vous le savez aussi bien que moi. En ce moment, vous et moi, nous nous trouvons dans l’espace proche. Ou que vous soyez, vous serez toujours dans la zone de cet espace proche. Les sentiments de sécurité, de bien-être sont liés à cette perception de l’espace. Vos organes sensoriels sont endommagés et provoquent des hallucinations que la terminologie médicale nomme le syndrome de l’ « espace lointain ». C’est un dérèglement très sérieux dans votre perception du monde environnant. Il arrive parfois que même les organes rudimentaires, tels que l’appendice, suppurent et nuisent à la santé du corps et de l’esprit. Les yeux ne font pas exception…
– Les yeux ne sont pas un organe rudimentaire, murmura Gabr.
– Vous avez raison, acquiesça la voix, ils ont toujours été utiles en tant que glandes lacrymales. Mais, comme vous le savez, parfois, les organes développent des facultés parallèles à leur fonction première. Même un organe digestif tel que l’estomac est capable de produire des sons, les ventriloques maîtrisent très bien cette capacité. La différence, c’est que la ventriloquie ne nuit pas à la santé mentale de l’être humain, tandis que dans votre cas votre esprit subit des préjudices considérables, ce qui vous a incité à venir nous consulter de votre plein gré, n’est-ce pas ?

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Unknown

Philosophe de formation, le Lituanien Jaroslav Melnik est également, depuis le succès, notamment en France, des « Parias d’Eden » (1997), un romancier reconnu, évoluant principalement à la frange de l’expérience de pensée science-fictive. Traduit par Margarita Barakauskaité – Le Borgne chez Agullo (dont les trouvailles sont généralement excellentes), cet « Espace Lointain » de 2008 s’inscrit parfaitement dans cette ligne et dans cette tradition, en nous proposant une minutieuse dystopie métaphorique autour du sens de la vision et de sa privation, comme moyen d’étude socio-politique des concepts évoluant autour du libre-arbitre.

Gabr longeait le boulevard Central, concentré sur le froissement des pieds et les voix des passants. Soudain, se surprenant lui-même, il arracha les emplâtres de ses paupières. Une foule de fantômes fourmillait autour de lui : emmitouflés dans des hardes indescriptibles, recroquevillés sur eux-mêmes, ils avançaient lentement, comme ivres, titubant d’un côté ou de l’autre. Gabr était pétrifié, abasourdi : à un mètre de lui, les fantômes changeaient de trajectoire et poursuivaient leur itinéraire occulte. Leurs visages tournés vers le sol dévoilaient une préoccupation profonde. Ces chimères émergeaient à un bout de boulevard et se perdaient à l’autre. L’extrémité du boulevard paraissait si lointaine que Gabr se sentit soudain terriblement seul. Il avala précipitamment un comprimé de bicefrasole et attendit, immobile : petit à petit, son esprit s’enlisa dans une quiétude obscure, le monde rétrécit jusqu’aux dimensions de l’espace proche. Finalement, il retrouva son état normal et avança, les yeux couverts de brouillard, concentré sur les mouvements des autres passants.

Si l’idée centrale du roman est captivante en elle-même, je dois avouer avoir été quelque peu déçu par sa réalisation – peut-être que, cela arrive, certains articles dithyrambiques de la part de critiques que je respecte généralement m’avaient-ils, consciemment ou consciemment, laissé espérer davantage – : passée la compréhension initiale de ce dont il retourne (qui est tout de même rapidement expliqué par le porte-parole de l’auteur et certains de ses interlocuteurs), les rebondissements de l’intrigue me sont apparus plutôt convenus, et les spéculations qu’ils sont censés nourrir, après un bref émerveillement durant les quelques dizaines de premières pages, m’ont semblé ensuite se diluer en considérations philosophiques finalement peut-être un peu trop banales de nos jours. S’il transpire du texte un véritable parfum plutôt sympathique de rétro-science-fiction (jusque dans le phrasé parfois laborieux et sur-explicatif utilisé par de nombreux protagonistes), l’exercice de style s’épuise – pour moi, en tout cas – trop rapidement, et je ne peux que préférer de loin les travaux originaux de Karel Čapek, par exemple, que ce soit « R.U.R. » (1920) ou « La guerre des salamandres » (1936), à leur version presque parodique, fût-elle en forme d’hommage indirect aux grands créateurs de dystopies des années 1930-1950.

On peut bien entendu lire des critiques nettement et salutairement plus enthousiastes que la mienne, comme celle de Yan sur Encore du Noir, ici, ou celle de Hedia sur Un dernier livre avant la fin du monde, ici.

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Discussion

3 réflexions sur “Note de lecture : « Espace lointain » (Jaroslav Melnik)

  1. pour finir (en beauté) cette revue des auteurs acadiens, un personnage important (à lire et à connaitre)
    voir les autrea avant
    https://charybde2.wordpress.com/2018/01/18/note-de-lecture-susto-luvan/#comments

    au nom à retenir Herménégilde Chiasson

    Il parait indispensable de parler de Herménégilde Chiasson dans une revue des auteurs francophones acadiens, bien que ce soit un pléonasme d’apposer ces deux derniers mots ensemble. Cet auteur, né à Saint-Simon, plutôt poète que romancier a publié une quinzaine d’ouvrages. Son prénom, tout d’abord. C’est celui du saint du jour de son baptême, un 13 avril. Ce valeureux Wisigoth fut tout de même gouverneur de l’Andalousie, et baptisé catholique avant d’être sanctifié. On ne choisit pas le jour de son baptême. Après tout il aurait pu s’appeler FetNat ou Jean Bedel, comme l’empereur Bokassa en souvenir de Jean B. De La Salle. On ne choisit pas non plus ses parrains. « Le nom que je porte constitue une crise d’identité en soi. En fait, le jour où j’ai pu l’écrire, j’ai eu l’impression d’avoir atteint une étape initiatique ». Tout le monde ne peut pas s’appeler Luc. En fait, il avoue avoir appris à supporter ce prénom quitte à en faire un « Hermé né Gil de Chiasson ». La pirouette du poète. Bravo l’artiste.
    La ville de Saint-Simon, ensuite, pour situer le personnage. Sa définition consiste en une municipalité de paroisse dans la municipalité régionale de comté de Les Basques, au Québec (Canada), située dans la région administrative du Bas-Saint-Laurent. Traduit en clair, cela veux dire que c’est une petite commune, 500 habitants environ, rattachée à la ville de Les Basques, sur la rive droite du Saint Laurent, en face de l’Ile aux Basques et du débouché de la rivière Saguenay sur la rive gauche. On est donc dans la partie pauvre du Québec, un peu à l’intérieur des terres, dans une région qui a été colonisée très tôt vers 1525 par les pécheurs basques venus pêcher la baleine. On peut voir, encore de nos jours, sur la fameuse Ile aux Basques, des fourneaux pour extraire l’huile de baleine. Donc une origine très ancrée dans des coutumes anciennes et nationalistes.
    Herménégilde Chiasson se définit lui-même comme un artiste visuel. Il a pratiqué de nombreuses techniques, de la littérature au cinéma et au théâtre. Un peu de responsabilités sociales aussi puisqu’il fut lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick. Son ouvrage de base c’est « Mourir à Scoudouc », publié en 1974, repris dans « Emergences » (2003, Bibliothèque Canadienne-Française, 124 p.) suivi de « Rapport sur l’état de mes illusions ». Deux titres qui en disent long sur son œuvre. Scoudouc est un petit village du Nouveau Brunswick, la partie orientale du Canada sous la Gaspésie. Scoudouc est aussi un nom de village des Micmac qui ont occupé la région. Ce texte « Mourir à Scoudouc », initialement (1974, Editions d’Acadie, 96 p.) est inspiré de « Mourir à Madrid » de Frédéric Rossif. «Un endroit annoncé de la grande route avec de grandes pancartes, mais dont il n’y avait, à l’époque, aucune manière de savoir où se trouvait ce lieu mythique lorsqu’on s’y aventurait. Cela me faisait penser à l’Acadie, un lieu dont on ne connaît ni le commencement ni la fin géographique ».

    L’œuvre de Herménégilde Chiasson est essentiellement poétique, et théâtrale avec des pièces comme « Aliénor » (1998, Editions d’Acadie, 104 p.), « Laurie ou la vie de galerie » (2002, Prise de Parole, 120 p.) ou « L’Oiseau Tatoué » (2002, Editions de la Courte Echelle, 39 p.). Ses ouvrages de poésie sont souvent des miniatures, telles « Miniatures » (1995, Perce Neige, 126 p.), « Existences » (1991, Perce Neige, 65 p.) ou « Conversations » (2013, Prise de Parole, 152 p.). Des proses également comme « Brunante » (2000, Editions XYZ, 136 p.), « Solstices » (2009, Prise de Parole, 136 p.) et « BéatitudeS » (2012, Prise de Parole, 127 p.).
    Pourquoi cet essor de l’Acadie en 1974. Tout commence à l’Université de Moncton, au Nouveau Brunswick au début de l’année 1968 avec des manifestations contre le maire de Moncton, ouvertement anglophone et anglophile. Le premier ministre du Nouveau Brunswick à l’époque est Louis Robichaud, un acadien du parti libéral. C’est aussi juste après la création en 1967 des « collèges d’enseignement général et professionnel », les « cégeps ». Des collèges laïcs non dominés par l’église comme c’était le cas au Québec. Rober Savoie, philosophe, docteur de l’Université de Strasbourg et ancien prêtre, fait figure de proue du mouvement de libération, autant spirituelle que relationnelle. On pourra lire les récits de Joel Belliveau « Le «Moment 68 » et la Réinvention de l’Acadie » (2014,, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 362 p.) ainsi que les savoureux souvenirs de Pierre Savoie (http://histoireengagee.ca/?p=4688). Se crée alors un vaste mouvement de réveil des Acadiens, qui se poursuit avec la nomination de Herménégilde Chiasson en tant que lieutenant gouverneur du Nouveau Brunswick. Il faut se souvenir que Sa Majesté la reine Elizabeth II est la reine du Canada, chef d’État officiel. Elle est représentée au Nouveau-Brunswick par le lieutenant-gouverneur et, à ce titre, ce dernier a l’autorisation et la responsabilité de représenter la reine dans la province. C’est un point d’histoire que tout étranger émigré au Canada doit connaître, entre autres, lors de ses examens de passage pour obtenir la citoyenneté canadienne.
    Donc pour en revenir à Scoudouc, le poème en prose éponyme qui clôt le recueil « Scoudouc comme une grande nuit couchée en travers du ciel / Scoudouc où es-tu j’entends ta plainte désespérée dans la nuit toute fine seule ». Le texte fait 5 pages en petit format (7000 caractères), sans ponctuation, mélangeant un peu d’anglais, et des termes modernes, habituellement pas dans la poésie. Comme le raconte Serge Patrice Thibodeau, poète et directeur des Éditions Perce-Neige qui publie le texte, et le ré-édite « Ça m’ouvrait les portes en tant que créateur. Tu ne veux pas mettre de ponctuation ? Mets-en pas ! Tu veux nommer des choses très modernes, tu veux créer des anachronismes, faire de la prose ? Pas de problème ! ». Et c’est vrai que c’est un texte de poème en prose très moderne, poésiforme ou prositude. Au hasard. « Devant moi sur le pavé se trouvait Monsieur Net l’esclave libidineux des commerciaux de savon qui ont fait la joie de mon enfance commanditée par Procter et Gamble / Et l’homme de Glad qui ressemblait à Monsieur Net et qui mettait les déchets dans des sacs de plastique verts pour les laisser à des ramasseurs de déchets de nationalité canadienne-française / Et le chevalier Ajax qui était tombé en bas de son cheval et s’était enfoncé la lance de bord en bord du corps / Ils étaient tous là et je ne comprenais plus rien / Pourquoi étaient-ils venus troubler la paix de cette journée dans un Scoudouc de mes amours le fun qui vivait sur son tas de fumier et qui faisait bye-bye aux mouches amoureuses des cubes de sucre ? ». Et puis, après qu’il se soit couché dans un trou « dans l’herbe haute du bonheur du tendre espoir de l’idiosyncratie et du sensualisme époque du 7e siècle alors que les Arabes inventèrent l’étrier et se lancèrent à la conquête du monde chrétien le rêve américain évanoui et perpétré la mort mauve comme les lilas blancs qui pendaient aux arbres en grappes de raisin », il y a cet épisode onirique « L’Evangile qui s’en venait du Cosmos comme des musiciens rock avec les anges en robes de polyéthylène argentées qui trompétèrent dans ma gorge la sensation d’une nuit passée en dehors de mon corps avec mon cœur qui revenait d’un pays étranger par avion dans une boite de plomb dure comme de la neige fondante ». Et la fin, écrite et typographié avec une police qui décroit en taille. « Parce que parler c’est pas la mer à boire mais c’est le ciel à avaler / comme un peu tout le monde pour qui parler / fait une grande consommation d’air / qui est bleu / parce que photographié de la lune ».
    « Comment arriver à dire que nous ne voulons plus être folkloriques », écrivait Herménégilde Chiasson en 1974, lui qui était déjà emprunt d’un désir de modernité. Se voir ré-édité 40 ans plus tard montre bien la vitalité de la littérature acadienne. Et comme le souligne à nouveau Serge Patrice Thibodeau. « On dit qu’on est gentils, qu’on a un bel accent, qu’on est “cutes” avec nos beaux mots. C’est un peu triste que le Québec transmette parfois cette image d’exotisme, alors qu’on a une littérature extrêmement moderne. Mais il faut aussi se rappeler qu’on est au début d’un phénomène. La littérature acadienne est encore jeune ».
    Et c’est vrai que la poésie d’Herménégilde Chiasson est belle, et différente des autres. Dans le texte intitulé « Pour pas que tu t’envoles » avant « Mourir à Scoudouc », il y a ce passage superbe: « T’as les yeux comme les oiseaux qui vont d’envoler. J’voudrais t’écrire avec des mots nouveaux pour m’entendre dire dans une langue nouvelle que je voudrais réapprendre à parler la langue des oiseaux aux plumes vertes, te dire d’agrandir le paradis, de pousser à deux mains sur les nuages qui font rétrécir le ciel, de découper un soleil pour chaque journée ».
    Compliqué de commenter de la poésie, même en prose, ou alors il faudrait être Monsieur Jourdain. Et pourtant Raoul Boudreau, cité dans la préface à « Conversations », qualifiait l’œuvre de Herménégilde Chiasson comme « [l’invention] pour ainsi dire d’un nouveau genre littéraire à mi-chemin entre la poésie et la narration qu’il fait régresser jusqu’à leur essence ». Cette définition me plait beaucoup, tant la poésie de Herménégilde Chiasson est novatrice. Témoin, cette phrase prononcée par « Elle » qui ouvre l’ouvrage « je ne veux plus entrer dans des lieux où les gens baillent leur vie en croyant la vivre ». A quoi « Lui » répond : « Pourquoi faut-il que le bonheur et le pouvoir soient à jamais irréconciliables ? ». Ecrite en plus gros caractères, cela aurait pu être une conversation de sourds. Et il y a comme cela 999 phrases, soit prononcées par « Elle » ou « Lui », toutes numérotées. On peut alors ne lire que celles de l’une ou l’autre personne, ou alors les quelques phrases à l’infinitif. Mais comment et quoi répondre à « comment faire en sorte que les mots manquants soient enfin excusés de leur absence ?». C’est donc tout au long de ces conversations une lutte entre parole et silence, entre tradition et modernisme. Soit enfin entre lui et elle, puisqu’à chaque fois ce sont des principes masculins et féminins qui s’affrontent. Le tout se termine sur « je ne veux rien dire, quelqu’un insiste pour qu’il y ait une suite ». Mais, le lecteur a compris que ces conversations n’en étaient en fait pas, sinon une suite de monologues. Pas non plus des confidences ou des aveux. Et Herménégilde Chiasson donne peut être la clé (#239) « Il suffisait de déverser un peu plus d’âme entre les espaces vides, de recouvrir d’encre le blanc du papier, réinventant à n’en plus finir une fébrilité démesurée». On retiendra « les espaces vides » entre les âmes.
    Le principe est un peu similaire dans « BéatitudeS », qui reprend le « Sermon sur la Montagne », avec la citation de l’Evangile selon saint Mathieu en exergue « Bienheureux les doux car ils posséderont la terre ». Texte qui énonce les béatitudes de « Ceux » et « Celles » qui « assurément sont en route pour le ciel ». Ainsi, « ceux qui relèvent leurs manches, / celles qui reprennent leur souffle » ou « ceux qui attendent la fin du crépuscule, / […] ceux qui croient que le moment est arrivé de prendre leur mal en patience » et « celles qui referment à tout jamais, une autre fois, une dernière fois, pour toujours, des boîtes de souvenirs pénibles ». Ceux là on peut les comprendre. Mais que penser de « ceux qui transportent leur nourriture en taxi » ou « ceux qui font les pitres sous des casques de construction trop lourds pour leur tête d’oiseau » ou « ceux qui dorment dans des lits surélevés, chassant de leur mémoire les nuits froides de leur enfance, […] / ceux qui parlent pour se faire entendre et ceux qui crient pour se faire oublier » et encore « ceux qui mâchent leurs mots, ceux qui les pèsent, ceux qui les cherchent ». Quoiqu’il en soit « ceux qui jouent, / ceux qui rient, / ceux qui lisent, / ceux-là, à eux aussi, / le ciel demeure leur promesse, / le ciel leur revient ».
    Il est surprenant de lire parmi les critiques, que dans le cycle de ceux ou celles qui font, on a pu trouver à redire à propos de « celles qui ouvrent le courrier, / celles qui sortent les poubelles, / celles qui reviennent sur leur pas ». Comme si les petits et les sans-grade devaient forcément être exclus de cette « route vers le ciel ». Ceci d’autant plus que le recueil, intitulé justement « Béatitudes » fait directement référence aux pauvres, à ceux qui soufrent, et aux simples d’esprit.
    La « Brunante » peut se définir comme la tombée de la nuit, quand tout devient brunâtre, incertain comme au crépuscule. C’est du moins ce que la photo de couverture illustre par une photo sombre et floue d’une maison dans la campagne sous la neige en hiver. Cette précision n’est pas inutile si l’on sait que le livre est écrit à la fin du siècle juste avant de passer en l’an 2000. C’est le moment pour l’auteur qui a la cinquantaine de réaliser un premier bilan de sa vie, d’auteur, d’artiste et d’Acadien. Il est déjà engagé dans l’action sociétale et va bientôt devenir lieutenant-gouverneur du Nouveau Brunswick. Surtout, il lui parait important de dépoussiérer la vision extérieure de l’Acadie comme étant des «gens simples, de braves gens quoi, avec des mots simples, une philosophie simple, des gens qui regardent au loin sur la mer avec des mots exotiques et un accent chantant. […] Voilà ce qu’on vend aux touristes qui viennent nous ouère». Il veut donc montrer le caractère innovant de la pensée acadienne, évolution qu’il qualifie d’«attitude iconoclaste ».
    Le texte se compose de trente-quatre courts chapitres, qui vont de 2 à 12 pages. Le livre s’initie avec une visite du Louvre avec « La photographe au Louvre ». C’est sa compagne qui prend des photos, de tout et de rien, à la manière des touristes « ce qui permet de faire une croix dans la case des chefs d’œuvre ». On l’a compris, le but n’est pas de réécrire un guide du musée. Par contre, il voit « en vrai » ce qu’il a vu en images à l’école, en Acadie et en tire ses propres conclusions. La Joconde, c’est pour lui « cet appel à la séduction » et l’Odalisque de Ingres « une prémonition des pages centrales de Playboy ». Il découvre dans Le Sacre de Napoléon de Jacques-Louis David « quelque chose de risible et de kitsch dans ces bourgeois à l’allure fardée ». « Iconoclaste » écrivait-il quelques pages auparavant. Mais alors, que retient-il de tout cela, et comment le transposer à l’Acadie de son enfance « tout en noir, tout en deuil, hormis quelques indices esquissés dans l’obscurité, comme la pensée émergeante, la conscience du destin ou le conflit des exigences sous un orage d’éclairs dont nous n’entendons pas le tonnerre ». La clé de l’énigme vient avec la vision du Scribe accroupi. On sait que les yeux et le regard de cette statuette ont été particulièrement soignés. Un bloc de magnésite blanc veiné de rouge dans lequel est inséré un quartz. Les sourcils sont soulignés. En plus de regarder au loin, le scribe écrit. C’est d’ailleurs sa fonction. L’écriture est donc le « sésame, ouvre-toi ». Retour à France Daigle dans « Pour Sûr » qui dépeint le « sésame » comme étant l’explosion des cosses lorsque que le grain est mûr. Toute la magie d’Ali Baba qui part en quenouille vaincue par la botanique. Il est intéressant de faire le lien encre ce scribe accroupi qui écrit sur ses genoux et « Solstices » dans lequel Herménégilde Chiasson écrit sur se genoux avant que son avion ne décolle. Heureusement, on arrive au second récit de « Brunante ». C’est « La légèreté insoutenable » pour paraphraser Milan Kundera. On en était au scribe qui scribait, et tout de suite « cette stratégie de la modernité qui met l’emphase sur le matériau, sur le sujet comme prétexte et sur l’artiste comme porteur du contentieux ». Dis-moi voir, scribe, t’aurais pas un remède contre le mal de cerveau ? Et cela ne fait que s’accentuer. « Cette manière de ne pas tout dire, de laisser de grands silences […], tant d’autres absences, tant de résonances, d’échos et de malaise ». Scribe, double la dose. Pour marquer les esprits, tout de suite les grands mots pour les grands maux. « Le Gand Dérangement ». Et vlan. On était parti pour une visite du Louvre, on retrouve les maisons qui flambent. A lire « Histoire de la maison qui brûle » de France Daigle (1985, Editions d’Acadie, 107 p.). Donc retour au sérieux, à la « prose persécutée qui nous confine […] au silence ». Retour au rôle de l’auteur ou de l’artiste. Donc retour au parcours de jeunesse de Herménégilde Chiasson. « Nous sommes de petits Acadiens marchant vers un souper dans la brunante, amnésiques et résignés. Notre hiver dure depuis toujours ». Ou comment sortir d’un cadre parfois trop rigide ou bien trop vide. « Je venais d’un monde où il n’y avait pas d’artistes, où il n’y avait pas de livres ». Deux tableaux le frappent et lui donnent la clé. L’un d’Evangéline qui regarde « au loin le rivage où l’on embarque les Acadiens pour les déporter de leurs terres». On se souvient qu’Evangéline, en anglais « Evangeline, A Tale of Acadie » est un poème, ou une épopée, de Henry W. Longfellow publié en 1847, qui raconte la Déportation des Acadiens. Grand succès, et texte, on dirait presque mythe, fondateur de l’Acadie. Succès aux Etats Unis et Canada, qui voyaient là le despotisme anglais bafoué par Evangéline, séparée de son Gabriel, puis devenue infirmière pour les pauvres, qui le retrouve juste avant qu’il ne meurre dans ses bras. La seconde toile qui marque Herménégilde Chiasson est « une marée de pétrole où l’on voyait les étoiles, le miroir du ciel ». Toile entièrement noire. Pas facile, la vie d’artiste.
    Il est évident qu’il doit y avoir quelque chose entre les deux, entre ce retour au passé et ce présent-futur qu’il souhaite. « En Acadie, il semble y avoir un urgent besoin de paysagistes alors qu’il y a un surplus d’archéologues » écrit-il sous cette très belle formulation. Ou alors, pour enfoncer le clou, il existe « une préférence pour la tradition, le folklore et la mythologie plutôt que pour la modernité, l’art et l’histoire ». C’est ce qui fait qu’il préconise dans sa pièce « Aliénor » un remède, qui pourrait être de cheval. «Il faut mettre le passé en terre, il faut l’écrire dans un livre et enterrer le livre. Et les morts liront ce livre-là et ils pourront enfin s’endormir». Et c’est « une conception du territoire à réinventer et à articuler ». Cela pose, en particulier le problème de la diaspora, terme qu’il n’apprécie pas beaucoup, car trop lié à l’exil donc, in fine au « Grand Dérangement ». Reste également le problème du rapport avec les amérindiens, que l’on appelle maintenant les Premières Nations. On rappelle que les premiers colons ont établis des contacts souvent amicaux avec les trois peuples de cette partie orientale du Canada : Micmacs, Malécites et les Abénaquis. Les Hurons au Québec et les Iroquois, souvent alliés aux anglais sont cantonnés plus à l’ouest dans le Québec et l’Ontario. Reste aussi, et ce n’est pas le moindre, le rapport entre l’Acadie et le Québec. Ce n’est pas qu’une question de territoire, c’est aussi une question de langue, entre le chiac et le joual. Ce dernier, qui provient d’une mauvaise prononciation de « cheval » est un français québécois quelque peu dégénéré. Le chiac, tel que le conçoivent Gérald Leblanc dans « Moncton Mantra » (2012, Prise de Parole, 169 p.), France Daigle « Pour Sûr » (2014, Boréal, 752 p.) ou Herménégilde Chiasson « Aliénor » (1998, Editions d’Acadie, 104 p.) est une langue hybride entre le français et l’anglais.
    Mais les différences entre les deux courants sont plus subtiles. C’est ainsi que dans « Brunante », il y a cette pique vis-à-vis des gens de Montréal « Pour beaucoup […] l’Acadie est invivable et nous habitons la terre de la médiocrité » mais « qui durant l’été reviennent arrondir leur pécule pour ensuite s’en retourner et dire à quel point la réserve a changé, à quel point elle a vieilli et que sur la rue Saint-Denis, la vie est dont belle et la bière dont bien bonne ». Ceux là reviennent en Acadie «seulement en touristes, durant deux mois sur une plage ensoleillée». Refus de ces exilés de voir et surtout de comprendre les vrais problèmes des Acadiens, et des difficultés à s’imposer. Il n’est pas si loin le temps où « nous n’avions pas de nom pour nous nommer et pas de visage pour nous parler ».
    Réponse à ce problème pour celui qui écrivait « Devenir artiste en Acadie, ça correspond peut-être à un certain sens du masochisme » et qui maintenant parle d’habiter un désert, culturel ou sociologique, alors « il ne reste plus qu’à inventer la pluie » afin de faire fleurir ce désert. On reconnait bien là le poète. «Et je voulais écrire des livres» déclare t-il. Terrible constatation que « nous avons choisi de vivre ici, et en ce sens nous sommes peut-être les premiers artistes à avoir choisi l’Acadie. Ce n’est pas un choix si terrible que voudrait nous le faire croire la diaspora. Du moment où j’ai assumé pleinement ce choix, je n’ai pas eu vraiment de contradictions qui m’ont fait douter du bien-fondé de ma décision ». Mais ce choix est assumé et le rend heureux. « Je suis heureux d’avoir occulté les espaces de consommation qui me sollicitaient autrefois et d’avoir fait de l’Acadie mon lieu de production, mon espace sentimental, ma terre d’accueil ». Et plus loin « l’Acadie est le seul lieu où je peux tenir ce discours, ailleurs je dirai autre chose ou peut-être que je ne dirai rien ». « Il me serait impossible d’inventer une Acadie à distance ».
    Ce qu’il préconise donc, c’est une Acadie tournée non plus vers son passé mais son avenir. «Il fallait, à la suite de Rimbaud, être absolument moderne». Le problème est maintenant d’entrainer le public. Retour sur son passé « C’est par la littérature que l’Acadie s’est imposée à moi, qu’elle s’est manifestée comme un lieu d’émotions, de misère et de contradictions. Tout ce que j’avais appris ne m’était d’aucune utilité. Il fallait tout inventer ». Tant pis pour le passé et le folklore. Il est urgent de miser sur le futur. « Il nous restait à écrire le présent puisque le passé l’avait été. Notre projet littéraire allait se concentrer sur le réel dont le territoire formait une composante inévitable ».
    Preuve de cette vitalité «(12) abécédaires » ou en coffret « Autoportrait » (2017, Prise de Parole, 307 p.) également publié sous forme de 12 petits volumes, de « HistoireS » à « ExcuseS », chacun formant une sorte d’hémistiche qui rappelle le prénom de l’auteur. Et en plus sur l’épine de chaque volume, une lettre forme le mot « autoportrait ». Cela commence avec « HistoireS » dans lequel on apprend « La chose la plus drôle » que l’auteur ait faite. Puis dans « EspaceS » les liens entre les choses, comme par exemple « entre une boîte de chocolat en forme de cœur, une rose rouge dans un emballage de plastique et le tissu de la banquette du train ». A partir du tome 3, « RefrainS », on passe au vers libre dans « MotS ». « ÉnigmeS » est une suite ‘un quarantaine de pages dont chaque titre est un mot se terminant en « -tion ». sorte de contrainte oulipienne. Dans lesquels on découvre « un visage sous la pluie, un moment entre deux nuages… », avant de passer aux souvenirs avec « NostalgieS » avec en exergue ce beau texte « Un jour, une enfant m’a demandé si c’était vrai qu’en mourant on touche le bleu du ciel, et c’est resté pour moi la plus belle définition de la mort que l’on m’ait jamais proposée. La nostalgie s’inscrit dans ce registre-là, puisqu’elle établit toujours un flirt avec la mort ». Puis dans « ÉmotionS », on trouve une âme en peine, « il y a quelque chose de profondément émouvant à briser le silence… ». Puis des mots placés en noir, çà et là dans le texte en noir dans « GesteS » selon une quarantaine de textes. Enfin, dans « IdentitéS » il y a des personnes qui sont là et qui rythment nos vies. Cela va de « la jeune fille qui transporte des tableaux » à « l’homme qui fait les sandwichs libanais ». Dans « LectureS », on trouve une citation en haut des pages avec des notes, qui composent ici le corps du texte. Puis viennent « DécoupageS » avec « exterminer / ce qui sort du rang / pas un grand lecteur » et enfin « ExcuseS » qui clôt l’ouvrage.
    De son théâtre, je ne retiendrai que « Le Christ est apparu au Gun Club » (2005, Prise de Parole, 108 p.) de la trentaine de pièces publiées et montées. Conrad Thiébault est un mécanicien hors paire, travaillant à réparer des machines de Coke. Il est même capable de « démancher » et « ramancher » une voiture en une journée. Il peut en même temps réciter « par cœur » des passages entiers de l’Evangile, sans trop savoir ce qu’il raconte en fait, mais c’est par cœur. Vie amoureuse plus que terne, entre sa femme Nicole et son ex-femme Véronica Boudreau. Cette dernière est « waitress » blonde au Gun Club, club où se rencontrent les chasseurs du coin. Conrad vient de perdre sa place, par suite d’une machine qui ne passait pas dans la porte. Il invite son pote Simon Pierre pour fêter cela « D’abord, t’appelles à maison pour me dire de venir te rencontrer au Gun Club. Que t’avais des choses importantes à me dire, des choses qui s’disaient pas au téléphone. T’avais de l’air assez shaké que j’ai tout de suite cru à de la mortalité ou que Nicole avait encore décollé dans sa famille ». Parlent de choses et d’autres « Il chantait du nez mais ça connaissait des centaines de chansons, Frank à Joe. Le dimanche, il chantait la messe. Il a chanté longtemps la messe, mais c’est pas lui qui avait la plus belle voix ». Et surtout boivent, un peu trop. Trop au point d’en mourir, surtout Conrad qu’on enterra ensuite. Il faut dire que la pièce est construite en 14 tableaux, comme un chemin de croix. Véronica est la tentatrice, Simon Gauvin va même renier son copain Conrad, tout comme l’apôtre Simon Pierre après être devenu l’amant de Véronica. « Conrad, le personnage principal de la pièce, entretient une fascination sur la vie du Christ dans un contexte où la spiritualité finit par devenir une recherche et une obsession ». A quoi cela lui aura-t-il servi d’apprendre par cœur l’Evangile, à le réciter sans en comprendre un mot. Cependant « il n’arrive pas à donner un sens à sa vie à partir de ses croyances ». Réminiscences d’une enfance chez les pères et rabâchage des Ecritures. Véronica ne sera sans doute jamais la chanteuse de western dans le futur qu’elle s’imagine.
    Et l’Acadie dans tout cela ? « Pour rendre compte de l’Acadie, il faudrait écrire en français, en chiac, en anglais, bref, il faudrait écrire sur toute une aliénation. Mais à quel point peut-on avec cela réussir à communiquer en dehors de l’Acadie? ». C’est aussi un manque de sens qui s’exprime.
    On reconnait bien là le rôle de l’artiste engagé. Et c’est tout à son honneur d’avoir fait (re)vivre une culture acadienne spécifique. « Il m’aura fallu du temps pour comprendre que le but de l’art c’est d’articuler, que le langage sert à communiquer et non à confondre ou à impressionner […]. Il m’aura fallu du temps pour en arriver là. Pour en arriver à une modernité qui ne se traduise plus uniquement dans la forme mais dans le propos ».

    Parler de Herménégilde Chiasson comme étant le seul responsable de cette évolution de la littérature acadienne serait faire abstraction de David Lonergan. Une autre grande figure de ce mouvement. C’est un québécois de naissance, car né à Saint -Jean-d’Iberville en 1944, au sud de Montréal, presque à la frontière avec le Vermont aux USA. Etudes à l’Université de Montréal, puis il part s’installer à Moncton où il enseigne dans les départements de théâtre et de communication. En plus d’une dizaine de romans et de pièces de théâtre, on lui doit des remarquables anthologies de la littérature acadienne. « Paroles de l’Est : Anthologie de la littérature de l’Est-du-Québec» (1993, Editeq, 322 p.), puis « Le Livre de Mer Anthologie de la littérature acadienne, 1958-2009» (1993, Salon du Livre de Rimourski, 67 p.) bibliographie commentée du livre maritime québécois, enfin « Tintamarre chroniques de littérature dans l’Acadie d’aujourd’hui» (2008, Prise de Parole, 345 p.) et « Paroles d’Acadie : Anthologie de la littérature acadienne, 1958-2009» (2010, Prise de Parole, 445 p.) et « Acadie 72 : Naissance de la Modernité Acadienne » (2013, Prose de Parole, 126 p.). Sa qualité de chroniqueur lui a permis de mettre en valeur les auteurs acadiens. Ces anthologies sont fort utiles pour appréhender la littérature, qui initialement était surtout centrée sur la poésie, est depuis développé un style romanesque bien particulier.
    Il tient surtout un blog remarquable sur Cap-Chat, en fait c’est son lieu de résidence sur la rive droite du Saint Laurent http://www.graffici.ca/dossiers/nouveau-blogue-signe-david-lonergan-4535/ sur lequel il critique un peu tout ce qui sort des presses acadiennes.

    Publié par jlv.livres | 20 janvier 2018, 15:41
  2. Je suis argentine mais je suis en train de lire “Espace lointain” en français. Je voudrais savoir si on a traduit ce livre à l’espagnol. J’ai de personnes dans mon pays á qui recommander sa lecture.

    Publié par Cecilia Hubka | 6 avril 2018, 09:34

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