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Général, Information Charybde, Notes de lecture 2018

Les lectures les plus marquantes de Charybde 2 en 2017

25 fictions, 3 essais, 7 relectures qui ont enchanté plus que d’autres mon année 2017

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On peut discuter sans fin, comme chaque année désormais, de l’intérêt ou de la pertinence des « palmarès de fin d’année ». Le pratiquant à titre plus ou moins personnel depuis 2006, je trouve malgré tout l’exercice utile, car il me force à jeter un œil dans le rétroviseur, et à me demander, même si c’est très « à chaud », pourquoi certaines lectures me marquent, à un instant donné, davantage que d’autres. L’exercice est ainsi éminemment personnel, chaque lectrice et chaque lecteur s’appuyant sur un corpus différent et une histoire qui lui est propre pour nourrir sa lecture de n’importe quel ouvrage.

Il est évidemment artificiel d’extraire 25 titres (plus 3 essais et 7 relectures) parmi les 289 lus (et commentés sur ce blog) en 2017 (dix-sept de moins que l’an dernier, d’ailleurs, l’année a dû être intense dans d’autres domaines que la lecture, dira-t-on…). Pour aboutir à ce « Top 25 » (ou très peu s’en faut), il fallait éliminer de fort belles lectures de l’année. Subjectif et cornélien, donc, c’est certain, ce choix est aussi temporaire : il n’est pas rare qu’au bout de quelques années, une lecture apparaisse rétrospectivement moins puissante, ou moins originale, tandis qu’un nouveau regard (ou un changement chez moi, tout simplement) fait ressortir avec plus d’acuité un livre qui avait alors été écarté, fût-ce de bien peu.

J’espère qu’en l’état, cette petite liste peut aussi permettre aux lectrices et lecteurs de ce blog de disposer ainsi d’un (très) rapide résumé de mon année, et de mieux éclairer le type de subjectivité qui est la mienne dans mes notes de lecture au fil de l’eau.

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Les notes de lecture intégrales sont accessibles en cliquant sur le titre de l’ouvrage.

Julien d’Abrigeon, Le Zaroff (Léo Scheer, 2009) : chasses, traques, cavales, sorties et reflets d’un tueur patenté, dévalant, joueur et brutal, les registres de langage à la recherche d’une bien curieuse poésie.

Nina Allan, La Course (Tristram, 2017) : un très fort roman d’échos subtils, fractionné hydrauliquement, autour de lévriers génétiquement modifiés, de science de l’empathie et de nature de l’écriture.

Lutz Bassmann, Black Village (Verdier, 2017) : dans le noir fragilement tenu à distance, trente-et-un récits interrompus pour retrouver, peut-être, le sens du temps, et conduire le post-exotisme à l’un de ses sommets les plus brutaux, les plus poétiques et les plus politiques.

Calvo, Toxoplasma (La Volte, 2017) : hackers en folie et Commune Libre de Montréal en métaphore uchronique d’un âge d’or déliquescent à toujours réinventer.

Claro, Hors du charnier natal (Inculte Dernière Marge, 2017) : au cœur de la quête de l’autre en nous, le langage. Une somptueuse leçon de littérature et de poésie, au plus profond et au plus intime, sous couvert du making of d’un roman d’aventure et d’exploration.

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Charlotte Delbo, Auschwitz et après (Minuit, 1965) : à facettes, le récit extraordinaire d’une déportation à Auschwitz en 1943-1945, et du retour, miraculeux et dantesque.

Carola Dibbell, The Only Ones (Le Nouvel Attila, 2017) : une vertigineuse éducation sur le tas, dans la jungle des pandémies et des opérations génétiques de fortune. Le premier roman époustouflant d’une critique punk-rock américaine de 69 ans.

Brian Evenson, Un rapport (Le Cherche-Midi Lot 49, 2017) : en dix-sept textes, un sommet de l’art de la nouvelle inquiétante et paradoxale, jonglant avec les attendus des genres littéraires pour mieux nous troubler.

Alexandre Grine, L’Écuyère des vagues (L’Âge d’Homme, 1986) : aventure maritime et fantastique, irréalité, amour et beauté. L’un des plus grands écrivains russes d’aventure à son meilleur, en 1928.

Peter Høeg, Smilla ou l’amour de la neige (Seuil, 1995) : le roman noir polaire du choc fantastique des obsessions, entre Danemark et Groenland.

Jason Hrivnak, La Maison des épreuves (L’Ogre, 2017) : dans les replis paradoxaux de l’imagination fantastique, jouant avec les formes du jeu vidéo, du livre dont vous êtes lé héros et du manuel de développement personnel, un formidable remède à la mélancolie.

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John Keene, Contrenarrations (Cambourakis, 2016) : nouvelles et novellas folles et rusées pour baliser la condition de l’Afro-Américain à travers les siècles.

Jonas Hassen Khemiri, J’appelle mes frères (Actes Sud, 2014) : un attentat en Suède, et ce qu’il révèle brutalement des tensions d’une société, dans une langue urgente, nerveuse, fébrile.

Perrine Le Querrec, La ritournelle (Lunatique, 2017) : deviner le langage d’une obsession, extraire la beauté paradoxale d’un dysfonctionnement, saisir la genèse d’un art brut de l’entassement. Des mots extraordinaires pour une réalité dérobée qui ne l’est pas moins.

Sandra Lucbert, La Toile (Gallimard, 2017) : vie et mort d’une start-up numérique, performante et performative, individus et masses à l’âge des réseaux contournés, formidables liaisons dangereuses contemporaines. Un grand roman épistolaire qui code et décode nos errances actualisées.

luvan, Few of us (Dystopia, 2017) : pendant, après et plus tard, seize nouvelles mystérieuses, trompeuses et joueuses recomposent quelques champs de mines du réel.

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Sébastien Ménard, Soleil gasoil (publie.net, 2015) : d’une force rare, un « Sur la route » orbitant autour de la Méditerranée dans l’asphalte, le carburant et la poussière d’humanités perdues.

Alan Moore, Jérusalem (Inculte Dernière Marge, 2017) : la renaissance du vrai roman total. Un choc littéraire exceptionnel, à la fois monumental, profus et paisiblement abordable, servi par une incroyable traduction de Claro, assené par l’un des très grands maîtres du scénario ambitieux de bande dessinée au long cours.

Ovide, Les Métamorphoses (L’Ogre, 2017) : est-ce que les rêves ont un poids ? Marie Cosnay, après dix ans de travail, ressuscite la fête oubliée du langage mutant d’Ovide, à la conquête d’une mythologie des transformations des humains et de leurs langues.

Anthony Poiraudeau, Churchill, Manitoba (Inculte Dernière Marge, 2017) : conjurer les fantômes succincts du passé au bord de la baie d’Hudson. Et du même coup, la possibilité de la littérature.

Emmanuel Ruben, Sous les serpents du ciel (Rivages, 2017) : yamakasi, cerfs-volants et femmes mobilisées pour un espoir de liberté de l’Archipel, heureuse métaphore palestinienne. Une somptueuse fiction, riche, polyphonique, et subtilement dérangeante.

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Vladimir Sorokine, Telluria (Actes Sud, 2017) : le très réussi mariage alchimique du cyberpunk futuriste, de la farce médiévale fantastique et du sens tragique de l’histoire politique et économique, en malaxant les formes possibles de la narration et de la tradition russe.

Stéphane Vanderhaeghe, À tous les airs (Quidam, 2017) : une incroyable ritournelle du cimetière, quête policière gendarmesque de la littérature terrée et vivace sous les masques trop vite assignés à ses personnages.

Colson Whitehead, Underground Railroad (Albin Michel, 2017) : prendre la métaphore abolitionniste du réseau d’évasion surnommé le « chemin de fer souterrain », tordre doucement ou violemment l’Histoire en imaginant quelques variations uchroniques incisives, et débusquer ainsi les composantes toujours actuelles du sort afro-américain.

Gabrielle Wittkop, Les départs exemplaires (Verticales, 2012) : macabres ou inquiétantes, cinq nouvelles d’une langue exceptionnelle et féroce, à toujours découvrir et redécouvrir.

Il faut aussi mentionner parmi les lectures de 2017 trois essais particulièrement gratifiants, qui traitent tous les trois en réalité, par des biais divers, de littérature :

Sous la direction de Nicolas Le Flahec et Gilles Magniont, Jean-Patrick Manchette et la raison d’écrire (Anacharsis, 2017) : une somme critique très intelligente, politique et esthétique, à propos de Jean-Patrick Manchette, regroupant les contributions de dix-huit spécialistes d’horizons variés.

Judith Schlanger, Trop dire ou trop peu – La densité littéraire (Hermann, 2016) : une superbe réflexion, abondamment fournie d’exemples détaillés, sur la densité de l’écriture en littérature et ailleurs.

Benoît Vincent, GEnove / GE9 – Villes épuisées (Le Nouvel Attila, 2017) : l’extraordinaire Rubik’s Cube de la ville de Gênes, sous tous ses angles variables à arpenter et conquérir.

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Et le tableau ne serait pas complet sans ces six relectures, aussi fraîches que dans leur prime jeunesse, quoique sous une forme en général sensiblement différente :

Lutz Bassmann, Avec les moines-soldats (Verdier, 2008) : la mélancolie fatiguée des derniers combattants oniriques de l’égalitarisme vaincu.

Orson Scott Card, La Voix des morts (Opta, 1987) : l’une des plus intelligentes aventures anthropologiques de la fiction traite de xénologie.

Rodrigo Fresan, Le fond du ciel (Seuil, 2010) : le jouissif roman labyrinthique de la construction intime et du rôle socio-politique de l’imaginaire science-fictif.

William Gibson, Identification des schémas (Au Diable Vauvert, 2004) : au lendemain du 11 septembre, saisir au plus près la marchandisation de l’image et de l’art, et ses résonances politiques.

Angelica Gorodischer, Kalpa Impérial (La Volte, 2017) : dense, épique, baroque et subtilement politique, l’art du conte dans les creux et les bosses d’un fantastique empire imaginaire.

Gilbert Sorrentino, La folie de l’or (Cent Pages, 2010) : le point d’interrogation systématique pour semer le doute jubilatoire au cœur du western et de la littérature.

Robert Louis Stevenson, Essais sur l’art de la fiction (La Table Ronde, 1988) : Stevenson au service incisif de la littérature d’imagination, de récit et d’aventure.

Pour l’anecdote, sur ces 35 textes, 1 a été écrit en 10, 1 en 1894, 1 en 1929, 1 en 1965, 1 en 1984, 1 en 1986, 1 en 1992, 1 en 1995, 1 en 1999, 1 en 2003, 1 en 2008, 3 en 2009, 1 en 2012, 1 en 2014, 3 en 2015, 4 en 2016 et 10 en 2017, donnant ainsi un reflet ma foi assez exact de la notion d’actualité dans mes lectures.

 

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Une réflexion sur “Les lectures les plus marquantes de Charybde 2 en 2017

  1. bilan de l’année… je n’ai rien à ajouter, j’en ai déjà posté suffisamment , dommage que je sois presque le seul
    il est important que l’on fasse partager ses coups de coeur ou ses déceptions. pour les lecteurs futurs, pour faire vivre les libraires aussi (ou les traducteurs)

    la je suis en train de lire des auteurs canadiens, acadiens pour être plus juste.
    une véritable découverte, un peu durs à trouver quelquefois, mais on y arrive
    donc a venir Herménégilde Chiasson (de la poésie en prose comme si c’était de la prose poétisée)
    David Lonergan (critique, avec un blog dédié http://www.graffici.ca/dossiers/nouveau-blogue-signe-david-lonergan-4535 )
    France Daigle et Jean Babineau : tout ce qu’il faut savor sur le chiac (langue hybride parlée au nouveau brunswick, amis qui fait moins bobo que le joual de montréal)
    Françoise Enguehard et Eugène Nicole (cela fait un peu roman historique, moins novateur)
    rassurez vous, il y aura de quoi lire et decouvrir

    Publié par jlv.livres | 9 janvier 2018, 08:55

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