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Notes de lecture 2017, Nouveautés

Note de lecture : « Une voix dans l’ombre » – Montalbano 24 (Andrea Camilleri)

Une enquête toujours savoureuse du commissaire sicilien, mais peut-être un peu plus banale qu’à l’accoutumée.

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– Comment ça se fait que vous veniez si tard ? lui demanda Enzo, le restaurateur, en le voyant arriver.
Le cœur du commissaire se serra.
– Il ne reste plus rien ? Les clients ont tout mangé ?
– Soyez tranquille, dottore. Pour vosseigneurie, y a toujours à manger.
Hors-d’œuvre de la mer (double portion), pâtes aux oursins (une portion et demie), rougets de roche au sel (six rougets plutôt gros).
Il demanda l’addition, il s’était offert une bouffe spéciale anniversaire. Sauf que, au moment où il se levait, il vit arriver Enzo avec un tout petit gâteau pour une pirsonne.
– Avec mes vœux personnels, dottore.
Il comprit qu’il ne pouvait pas lui faire une mauvaise manière, que ce dessert, il devait se le manger, même s’il devait lui gâcher la merveilleuse saveur des rougets.
Sa bonne humeur, en fait, avait déjà été gâchée par les deux bougies en forme de chiffre, sur le gâteau, qui composaient un maudit 58.
Manifestement, Enzo comptait comme Livia.
La promenade au môle lui servit donc non seulement à digérer, mais aussi à lui faire passer les nerfs qu’il s’était chopés à cause du nombre sur le gâteau.

Publié la même année que l’enquête précédente, « Une lame de lumière », en 2012, mais traduit en France un an plus tard, en 2017, toujours remarquablement par Serge Quadruppani au Fleuve Noir, « Une voix dans l’ombre » , vingt-quatrième roman du cycle entamé en 1994 avec « La forme de l’eau », réunit tous les ingrédients « habituels » de la saga du commissaire Salvo Montalbano et de son commissariat de Vigata, sur la côte sud de la Sicile : enquête à faux-semblants, implications mafieuses et politiques, corruption rampante ou plus flamboyante, formant le fond d’un art de vivre et d’enquêter rarissime dans la littérature policière (même si le bourru policier italien fut concocté initialement (et nommé) en hommage au détective Pepe Carvalho de Manuel Vázquez Montalbán).

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Ce n’est pas qu’il était inquiet pour sa carrière, comme le questeur qui avait failli avoir une attaque, de toute façon, il était arrivé à la fin, mais il était en son for intérieur furieux à un point qu’il lui semblait avoir le sang en ébullition.
Ces dernières années, et peut-être aussi en raison de l’âge qui avançait, il n’arrivait plus à contrôler son indignation, et la révolte consécutive, que provoquait en lui l’appui, plus ou moins ouvert, qu’une certaine tendance politique apportait, à travers la collusion de députés et de sénateurs, à la Mafia. Et maintenant, ils s’étaient mis à faire une série de lois qui n’avaient rien à voir avec la légalité. En quel pays trouvait-on un ministre pour dire qu’il fallait vivre avec la Mafia ? En quel pays un sénateur, condamné au premier degré pour collusion avec la Mafia, s’était représenté et avait été élu ? En quel pays un député régional, condamné au premier degré pour avoir aidé des mafieux, était-il promu sénateur ? En quel pays un homme, qui avait été ministre et président du Conseil un grand nombre de fois, avait été reconnu coupable de manière définitive de collusion avec la Mafia mais continuait à être sénateur à vie ?

Pourtant, pour la première fois peut-être, un je-ne-sais-quoi me semble gripper un peu la machine si formidablement rodée, qui distille (à l’époque de son écriture) depuis vingt ans un savant dosage de confort stratégique familier et de surprises tactiques toujours renouvelées : dans cet épisode, il y a comme un ronronnement perceptible, et si tous les personnages sont bien en place, il me semble qu’il y manque le petit grain de folie, d’obsession ou de malignité qui fait une bonne partie du sel de l’aventure. Le plaisir des retrouvailles est là, bien entendu, mais il est atténué par ce sentiment d’absence, comme si les protagonistes principaux avaient oublié, cette fois, d’ajouter un élément neuf, plus fort, à leur panoplie d’usage. Gageons (et espérons) qu’il ne s’agit là que d’un (petit) passage à vide momentané de l’auteur, et que Salvo, Mimi, Fazio, Gallo, Catarella, Livia, Adelina et tou(te)s les autres se reprendront avec davantage d’enthousiasme, en pirsonne, dès la prochaine enquête.

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À propos de charybde2

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