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Notes de lecture 2017

Note de lecture : « Du sang sur la glace » (Jo Nesbø)

Un polar bref et bien différent de ceux mettant en scène Harry Hole

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C’est en 2015, durant l’intervalle inhabituellement long, justement, qui séparait la parution du tome 10, « Police », et du tome 11, « La soif », de sa série Harry Hole, que Jo Nesbø s’est autorisé cette brève (160 pages) excursion hors des sentiers si sombres foulés par son policier norvégien obsessionnel – et redoutable. La traduction française de Céline Romand-Monnier est parue la même année, dans la Série Noire de Gallimard.

Aftenposten écrivait que si le froid continuait sur cette lancée jusqu’au Nouvel An, 1977 serait l’année la plus froide depuis la guerre, que nous nous en souviendrions comme du début de la nouvelle ère glaciaire que les chercheurs prédisaient maintenant depuis un certain temps. Enfin, j’en sais rien, moi. Tout ce que je savais, c’est que l’homme devant moi serait bientôt mort, ce tremblement du corps était sans équivoque. C’était l’un des hommes du Pêcheur. Cela n’avait rien de personnel. Et je le lui avais dit avant qu’il s’écroule, en laissant une trace de sang sur le mur en béton. Non que j’eusse pensé que cette information lui faciliterait les choses. Le jour où je me ferais moi-même abattre, j’aimerais autant que ce soit personnel. Et je ne le disais sans doute pas non plus pour éviter d’être poursuivi par son fantôme, je ne crois pas aux fantômes. C’est juste que je n’avais rien trouvé d’autre à dire. J’aurais bien entendu pu la boucler, c’est d’ailleurs ce que je fais d’habitude. Il avait donc dû y avoir quelque chose pour me rendre soudain bavard. Peut-être Noël qui serait fêté dans quelques jours. A l’approche des fêtes, nous autres humains cherchons à nous rassembler, paraît-il. Enfin, j’en sais rien, moi.

Très différent des enquêtes d’Harry Hole, ce roman a semble-t-il dérouté, voire déçu, une partie des lectrices, des lecteurs et des critiques. Je trouve pourtant qu’ils ne manquent pas d’allure, ces reflets dans l’œil d’un tueur à gages un peu particulier, concentrés autour d’une mission bien spécifique (tuer l’épouse infidèle de son patron, qui n’est autre que l’un des deux maîtres de l’héroïne à Oslo) annoncée dès les premières pages, qui fournit l’occasion de plusieurs gigantesques flashbacks traités entièrement en monologues intérieurs, dévoilant une personnalité plus complexe et ramifiée que la présentation humble et comme ironique qu’Olav fait d’abord de lui-même :  incapable de conduire pour une fuite en voiture (son style douteux le rend immédiatement suspect), incapable de braquer (trop sensible, il s’en est voulu éternellement de l’infarctus ayant saisi un vieillard dans la première banque où il intervenait), incapable de collecter ou de vendre (il s’embrouille trop aisément dans les chiffres), et incapable de maquereauter (il tombe trop aisément amoureux des filles, et ne saurait user de violence à leur égard), il n’est en fait doué que pour l’assassinat, qu’il pratique donc en travailleur expert et méthodique.

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Quand je repartis sous la neige pour rentrer chez moi, il était quatre heures et, après quelques heures d’aube, la nuit était retombée sur les rues de la ville. Le vent soufflait toujours, appels sifflés sans visages dans les boyaux noirs. Mais, comme je le disais, je ne crois pas aux fantômes. La neige se brisait sous les semelles de mes bottes, comme des pages de livre desséchées, tandis que je réfléchissais. D’ordinaire, j’essaie de m’en abstenir, ce n’est pas là une activité dans laquelle je vois un potentiel d’amélioration par la pratique, et, d’expérience, elle mène rarement à quoi que ce soit de bon. Mais j’étais revenu au premier des deux problèmes d’arithmétique. L’expédition en soi ne serait sans doute pas problématique. Vraisemblablement plus facile que les autres travaux que j’avais effectués. Et le fait qu’elle doive périr m’allait aussi : comme je le disais, je considère que, quand ils font des erreurs, les gens – hommes ou femmes – doivent en tirer les conséquences. Ce qui m’inquiétait davantage était ce qui fatalement viendrait ensuite. Je serais le type qui avait expédié la femme de Daniel Hoffmann. Celui qui savait tout et avait le pouvoir de décider de la destinée de Daniel Hoffmann quand la police lancerait son enquête. Avait un pouvoir de décision sur un homme dépourvu de capacité de soumission. Et auquel Hoffmann devait cinq fois ses honoraires habituels. Pourquoi m’avait-il fait cette offre pour un travail d’une complexité inférieure à la moyenne ?

D’une écriture fort différente de celle à laquelle nous avait accoutumés Jo Nesbø, maniant beaucoup plus l’humour, l’ironie et la référence plus ou moins discrète à certains grands classiques du roman noir américain, donnant à rire, sourire et grincer en compagnie d’un anti-héros, tueur au cœur tendre, dyslexique et féru de Victor Hugo, n’hésitant guère à reconstruire le souvenir de ses lectures en fonction de ses goûts et de ses rêves, « Du sang sur la glace », si l’on veut bien oublier un instant l’ombre portée des énormes Harry Hole, vaut davantage, il me semble, qu’un simple détour. Et la très cinématographique et tarantinesque « scène du cimetière » est un petit moment d’anthologie à elle seule.

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  1. Pingback: Note de lecture : « Soleil de nuit  (Jo Nesbø) | «Charybde 27 : le Blog - 7 novembre 2017

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