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Notes de lecture 2017, Nouveautés

Note de lecture : « La disparition de Josef Mengele » (Olivier Guez)

Les 35 ans de cavale mesquine et paranoïaque de l’ange de la mort d’Auschwitz

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Josef Mengele (1911-1979), l’ange de la mort d’Auschwitz, le médecin au double doctorat qui triait Juifs et Tziganes sur le quai d’arrivée des convois, envoyant les uns directement à la chambre à la gaz, les autres au travail forcé et à la mort légèrement différée, se réservant les « sujets » particulièrement intéressants pour ses expériences médicales prétendument liées à la pureté de la race germanique : la figure est bien connue, et celui qui fut longtemps le plus célèbre des anciens nazis en fuite (surtout après la capture d’Adolf Eichmann par les Israéliens en 1960) était devenu dès avant sa mort un emblème littéraire et cinématographique, son ombre hantant le thriller best-seller « Le dossier Odessa » de Frederick Forsyth dès 1972, et inspirant nettement les romans « Marathon Man » de William Goldman en 1974 (et donc le film de John Schlesinger en 1976) ou « Ces garçons qui venaient du Brésil » d’Ira Levin en 1975 (et ainsi le film de Franklin J. Schaffner en 1978).

Enfermé à double tour dans la chambre désertée par l’ingénieur et sa fille, Gregor écoute un opéra de Strauss en dévorant Der Weg. L’avant-veille, pris de vertige, il a lâché sa scie à tenon et manqué tomber d’une structure en bois haute de plusieurs étages. Il doit la vie à l’agilité du contremaître du chantier. Alors, las de croupir indéfiniment et d’espérer le retour de Malbranc le fantôme, il a couru au kiosque acheter la revue des nostalgiques de l’ordre noir et l’a glissée sous sa veste.
Des poèmes, une prose alambiquée, des articles racistes et antisémites comme si le Troisième Reich ne s’était jamais écroulé. Gregor se délecte du kitsch teutonique des auteurs bâillonnés en Allemagne depuis la fin de la guerre par les Alliés. Il lit attentivement les petites annonces des dernières pages, découvre épiceries fines, brasseries, agences de voyages, cabinets d’avocats et libraires, l’étendue du cosmos germano-argentin de la capitale, et se réjouit, il va peut-être sortir de sa caverne, sa vie à Buenos Aires va commencer enfin.
Le lendemain, en sortant du chantier, Gregor se rend au siège des éditions Dürer, 542 avenue Sarmiento, et fait la connaissance d’Eberhard Fritsch, leur directeur, l’éditeur de Der Weg. Derrière son bureau, Fritsch dévisage le Hauptsturmführer Gregor qui lui livre ses états de service, sans lui décliner sa véritable identité : entrée en 1937 au parti nazi, dans l’association des médecins nazis et la SS un an plus tard, service militaire dans le Tyrol, un corps de chasseurs alpins, engagé volontaire dans la Waffen-SS, Bureau central du repeuplement et de la race en Pologne occupée, front de l’Est après le déclenchement de l’opération Barbarossa avec la division Viking, stationnement en Ukraine, offensive dans le Caucase, bataille de Rostov-sur-le-Don, siège de Bataïsk, Croix de Fer première classe. très fier de lui, Gregor détaille à Fritsch comment il a secouru deux tankistes dans leur véhicule en flammes. Il évoque son affectation dans un camp de prisonniers en Pologne mais ne mentionne pas Auschwitz et gémit sur son sort, l’exil, la patrie adorée occupée, l’immensité de Buenos Aires et la nostalgie de l’uniforme. Il a besoin de s’épancher.

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Laurence Olivier dans « Marathon Man » (1976)

Trente-huit ans après la mort du bourreau nazi jamais repenti, vingt-cinq ans après qu’une analyse génétique poussée des restes conservés à Sao Paulo ait levé les derniers doutes éventuels sur l’identité du fugitif noyé accidentellement, Olivier Guez s’est méticuleusement penché sur la biographie de « Gregor » après 1945, et sur ces trente-quatre ans de disparition vis-à-vis des uns, de jérémiades, de rodomontades et de paranoïas vis-à-vis des autres. Publié en septembre 2017 chez Grasset, « La disparition de Josef Mengele » exploite un matériau passionnant et rappelle salutairement, à une époque où les négationnismes ne désarment guère et où les exploitations dévoyées du mot « patriotisme » semblent redoubler, certaines réalités indépassables du nazisme (une véritable analyse du cheminement mortifère suivi par d’autres docteurs, en droit, en économie ou en littérature, pour devenir des « intellectuels tueurs » au sein du régime, a été développée brillamment par Christian Ingrao dans son « Croire et détruire » en 2010) – mais aussi et surtout le fascinant faisceau d’indifférences et de complicités qui a permis un recyclage somme toute paisible de nombre de criminels dans l’Amérique du Sud d’après 1945, des complaisances péronistes aux reconversions en mélanges subtils de marchands d’armes et de conseillers militaires (le parcours de l’as d’aviation Hans-Ulrich Rudel, nazi patenté et jamais inquiété, est l’un des plus édifiants de tous – et l’on songera certainement aussi aux hallucinantes fictions de « La littérature nazie en Amérique » de Roberto Bolaño), des multinationales familiales de matériel agricole fort protectrices aux nostalgiques féroces de réalités qu’ils n’ont pas connues – sans compter, pour des nazis moins spectaculaires que le docteur d’Auschwitz ou le maître d’œuvre de la solution finale, certaines installations paisibles au sein même de la République fédérale (dont Alban Lefranc, notamment, a su extraire le terreau glaçant de son magnifique « Si les bouches se ferment » en 2006 puis en 2014).

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Général Alfredo Stroessner, président du Paraguay de 1954 à 1989

Dans la lettre lui annonçant le décès de son frère, son père lui raconte aussi que les Alliés se montrent « de plus en plus raisonnables ». Depuis quelques mois, ils suspendent les poursuites judiciaires pour crimes de guerre et laissent d’anciens nazis occuper des postes importants au gouvernement et dans l’industrie de la nouvelle République fédérale. « Ils comprennent lentement qui sont leurs véritables ennemis. La guerre froide leur ouvre les yeux. Et nous, Josef, nous oublions la guerre, nous nous attelons à la reconstruction et allons de l’avant. Nous verrons comment ce vieux con d’Adenauer va mener sa barque.« 

Il manque sans doute à ce roman un petit quelque chose de fort et de magique pour emporter vraiment pleinement l’adhésion : si le travail de documentation est dans l’ensemble impeccable (malgré quelques imprécisions mineures qui peuvent faire sursauter dès les premières pages : « l’Abwehr, service de contre-espionnage nazi » !) et bien regroupé dans les sources bibliographiques en fin d’ouvrage, l’écriture, peut-être un peu trop calibrée pour une digestion hautement facilitée, n’engendre à aucun moment le choc roboratif ou la puissance malicieuse que dégagent, par exemple, les textes d’Éric Vuillard, à propos d’objets littéraires, politiques et historiques qui ne sont au fond pas si éloignés (que ce soit avec l’abject Congo de Léopold dans « Congo », avec la criminelle marche à la guerre de 1914 dans « La bataille d’Occident », ou avec les préparatifs nazis de la deuxième guerre mondiale dans « L’ordre du jour »). Un peu comme avec le « HHhH » de Laurent Binet, la lectrice ou le lecteur seront à coup sûr intéressés, mais sans doute pas captivés, gardant au cœur le regret fugitif que le matériel littéraire accumulé ici n’ait pas été davantage projeté, intimement, par les mots eux-mêmes.

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Discussion

3 réflexions sur “Note de lecture : « La disparition de Josef Mengele » (Olivier Guez)

  1. Sur le même sujet (ou presque)

    Je viens de finir « La Guerre Allemande, Portrait d’un peuple en guerre 1939-1945 » de Nicholas Stargardt traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat (2017, Librairie Vuibert, 800 p.). un livre remarquable, très bien écrit qui se lit (presque) comme un roman sur la montée et la fin du nazisme en Allemagne. En gros l’auteur, professeur d’histoire à Oxford, se pose la question de savoir pourquoi les Allemand ont soutenu Hitler, et ce jusqu’au bout, c’est-à-dire fin 1945, et aussi comment ils ont vécu cette période. L’analyse part de milliers de journaux, lettres et courriers de divers acteurs, offrant un point de vue de l’homme (et du soldat) de la rue. Plusieurs questions (avec des réponses):

    – Etaient ils au courant du sort des non-aryens, juifs et tziganes ? Oui sans doute, au vu des films et photos que les soldats ont envoyés à développer dès le début de l’invasion de la Pologne en 1939. Les tueries de masse ont lieu principalement en 1941, avant le printemps 1942. 2.7 millions de juifs tués en 1942, soit la moitié de toute la période de guerre. Cela contredit fortement les thèses plus anciennes comme quoi les allemands ne savaient rien avant 1942 (cf Peter Longerich « Nous ne savions pas : Les Allemands et la Solution finale, 1933-1945 » traduit par Raymond Clarinard (2008, Editions Héloïse d’Ormesson, 608 p.). a ce sujet le rôle de l’Eglise (catholiques et luthériens) n’est pas très clair non plus, au nom de la défense de la patrie.

    – Approuvaient ils ces tueries ? oui également. La propagande de Goebbels est à ce sujet remarquablement analysée. Tout est fait pour que cela soit entériné par la population (qui entre autres récupère les biens confisqués et en profite) et ce depuis 1938.

    – Pourquoi cette guerre, indépendamment des conditions politiques. En partie, toujours question de propagande, pour arrêter le complot judéo-bolchevique, qui revient tout au long des batailles, gagnées ou perdues. Voir le livre de Ian Kershaw « L’Europe en Enfer 1914-1949 » traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, (2016, Éditions du Seuil, 632 p.)

    – Les bombardements alliés sur la population civile (Hambourg, Dresde, La Ruhr…). En partie en réponse à ce que l’on a fait subir aux juifs. Toujours la propagande savamment organisée. Toujours le slogan « Les juifs sont coupables ». Conclusion idem pour Ian Kershaw « La Fin » traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, (2012, Éditions du Seuil, 672 p.)

    – Le soutien au parti, y compris après 1942. Tout commence avec les restrictions qui rappellent « l’hiver des navets » de 1916 qui annonce la défaite de 1918.

    – La poursuite de la guerre, après que cela soit devenu une évidence q’il était trop tard. Toujours la propagande, ne pas subir ce que l’on a fait subir aux juifs. « La revanche de la communauté juive mondiale ». Surtout résister aux Russes.

    – Les problèmes relationnels de Hitler. Plus que troubles. Une liaison trouble avec Gelli, sa nièce de 19 ans plus jeune (qui se suicide ou est suicidée). Relations tout aussi trouble avec Eva Braun. Hans-Jürgen Köhler, l’agent de Heydrich dont la tâche consistait à surveiller les gardes du corps de Hitler écrit «Il faut souligner que le Führer n’a rien d’un homosexuel. […] Son anomalie sexuelle est de nature tout à fait différente. Il ne m’appartient pas de donner les détails de cette perversion plutôt rare, car en le faisant je ne ferais que choquer le lecteur. […] Ce sera à la profession médicale de se pencher plus tard sur le sujet ». cf Ian Kershaw « Hitler : 1889-1945» traduit par Pierre Emmanuel Dauzat (2014, Flammarion, 1200 p.)

    – La vie quotidienne. Normale avec des émissions de radio « Concert à la demande » et des salles de cinéma pleines (avec tickets)

    Le bémol : très bonne illustration du front de l’Est. Moins clair sur ce qui se passe à l’Ouest, France, Belgique, et rien sur l’Afrique du Nord et l’Italie-Grèce. (on ne peut pas tout faire).

    Un livre à lire.

    Publié par jlv.livres | 27 octobre 2017, 08:48
  2. sur l même sujet ou presque

    Je viens de finir « La Guerre Allemande, Portrait d’un peuple en guerre 1939-1945 » de Nicholas Stargardt traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat (2017, Librairie Vuibert, 800 p.). un livre remarquable, très bien écrit qui se lit (presque) comme un roman sur la montée et la fin du nazisme en Allemagne. En gros l’auteur, professeur d’histoire à Oxford, se pose la question de savoir pourquoi les Allemand ont soutenu Hitler, et ce jusqu’au bout, c’est-à-dire fin 1945, et aussi comment ils ont vécu cette période. L’analyse part de milliers de journaux, lettres et courriers de divers acteurs, offrant un point de vue de l’homme (et du soldat) de la rue. Plusieurs questions (avec des réponses):

    – Etaient ils au courant du sort des non-aryens, juifs et tziganes ? Oui sans doute, au vu des films et photos que les soldats ont envoyés à développer dès le début de l’invasion de la Pologne en 1939. Les tueries de masse ont lieu principalement en 1941, avant le printemps 1942. 2.7 millions de juifs tués en 1942, soit la moitié de toute la période de guerre. Cela contredit fortement les thèses plus anciennes comme quoi les allemands ne savaient rien avant 1942 (cf Peter Longerich « Nous ne savions pas : Les Allemands et la Solution finale, 1933-1945 » traduit par Raymond Clarinard (2008, Editions Héloïse d’Ormesson, 608 p.). a ce sujet le rôle de l’Eglise (catholiques et luthériens) n’est pas très clair non plus, au nom de la défense de la patrie.

    – Approuvaient ils ces tueries ? oui également. La propagande de Goebbels est à ce sujet remarquablement analysée. Tout est fait pour que cela soit entériné par la population (qui entre autres récupère les biens confisqués et en profite) et ce depuis 1938.

    – Pourquoi cette guerre, indépendamment des conditions politiques. En partie, toujours question de propagande, pour arrêter le complot judéo-bolchevique, qui revient tout au long des batailles, gagnées ou perdues. Voir le livre de Ian Kershaw « L’Europe en Enfer 1914-1949 » traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, (2016, Éditions du Seuil, 632 p.)

    – Les bombardements alliés sur la population civile (Hambourg, Dresde, La Ruhr…). En partie en réponse à ce que l’on a fait subir aux juifs. Toujours la propagande savamment organisée. Toujours le slogan « Les juifs sont coupables ». Conclusion idem pour Ian Kershaw « La Fin » traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, (2012, Éditions du Seuil, 672 p.)

    – Le soutien au parti, y compris après 1942. Tout commence avec les restrictions qui rappellent « l’hiver des navets » de 1916 qui annonce la défaite de 1918.

    – La poursuite de la guerre, après que cela soit devenu une évidence q’il était trop tard. Toujours la propagande, ne pas subir ce que l’on a fait subir aux juifs. « La revanche de la communauté juive mondiale ». Surtout résister aux Russes.

    – Les problèmes relationnels de Hitler. Plus que troubles. Une liaison trouble avec Gelli, sa nièce de 19 ans plus jeune (qui se suicide ou est suicidée). Relations tout aussi trouble avec Eva Braun. Hans-Jürgen Köhler, l’agent de Heydrich dont la tâche consistait à surveiller les gardes du corps de Hitler écrit «Il faut souligner que le Führer n’a rien d’un homosexuel. […] Son anomalie sexuelle est de nature tout à fait différente. Il ne m’appartient pas de donner les détails de cette perversion plutôt rare, car en le faisant je ne ferais que choquer le lecteur. […] Ce sera à la profession médicale de se pencher plus tard sur le sujet ». cf Ian Kershaw « Hitler : 1889-1945» traduit par Pierre Emmanuel Dauzat (2014, Flammarion, 1200 p.)

    – La vie quotidienne. Normale avec des émissions de radio « Concert à la demande » et des salles de cinéma pleines (avec tickets)

    Le bémol : très bonne illustration du front de l’Est. Moins clair sur ce qui se passe à l’Ouest, France, Belgique, et rien sur l’Afrique du Nord et l’Italie-Grèce. (on ne peut pas tout faire).

    Un livre à lire.

    Publié par jlv.livres | 27 octobre 2017, 08:49
  3. Il est intéressant de voir dans « Le Monde » du 27/10 un article de Sidonie Kellerer sur les idées nazies de Martin Heidegger. On est toujours au rayon « guerre et nazisme »

    Cela devait être un des grands penseurs de l’avant-guerre avec son ouvrage « Etre et Temps » dans laquelle il médite sur les menaces de l’après guerre, en 1927, juste avant la prochaine. Arrive la crise et les années brunes. Heidegger vit à Fribourg, une ville essentiellement catholique, avec sa cathédrale « Freiburger Münster ». C’est sur le portail principal qu’il y a une statue polychrome de Judas pendu, dont les boyaux se répandent. C’est le symbole de la dissémination du peuple juif dans le monde, « Verjudung » ou enjuivement, terme qui effraye tant Heidegger.

    Tout philosophe qu’il était, Heidegger devient recteur de l’Université de Fribourg en 1933-1934. A cette période, il supprime les bourses pour étudiants « non-aryens ». On sait aussi qu’il a adhéré au NSDAP entre 1933 et ce jusqu’en 1944 « non seulement en raison d’une conviction intérieure, mais aussi conscient que c’est la seule voie pour rendre possible une purification et un éclaircissement du mouvement ». Il en démissionne après un an d’exercice. Après guerre, il sera interdit d’enseigner en 1946 et part en retraite dans sa Todtnauberg Hütte, dans la Forêt Noire. Cette sanction qui lui est infligée, le prive d’enseignement mais lui permet de terminer « la deuxième partie de son œuvre fondamentale ». Hypocrisie de la sanction. Si cet enseignement pouvait corrompre les étudiants et les nombreux visiteurs, ses livres ne propageraient-ils pas le même poison ? C’est tout le dilemme des intellectuels qui se sont pris à lire Heidegger. C’est là aussi que Paul Celan lui rendra cette visite qui le décevra beaucoup.

    On peut omettre cet épisode d’adhésion politique, au vu de son entourage, et de ses étudiants et collaborateurs, sinon maitresses, parmi lesquels de nombreux juifs. Il reste cependant des passages dans les textes de Heidegger qui laissent planer de gros nuages brun sombres sur ses idées. Je ne veux pas rentrer dans les polémiques, que je qualifierai très franchouillardes du dernier colloque « Heidegger et les Juifs ». Je resterai aux textes et aux analyses qu’en font Peter Trawny « Heidegger et l’antisémitisme. Sur les Cahiers Noirs » et Donatella di Cesare « Heidegger, Les Juifs, La Shoah. Les Cahiers Noirs ». Même si ces analyses ont pu être qualifiées de partiales, les écrits restent. Je ne pense pas que les récentes disputes concernant ces fameux « Cahiers Noirs », apportent d’inestimables arguments au débat. Quelquefois, il est plus simple de noyer le débat dans une sémantique quasi obscène. Ceci dit, les écrits restent, et ils sont terribles pour Heidegger. Ils sont tout aussi terribles pour ceux qui l’exonèrent, au nom de ses œuvres. Il suffit de lire Georges-Arthur Goldschmidt « Heidegger et la langue allemande », allemand naturalisé français pour être convaincu que la pensée de Heidegger ne doit rien à l’ignorance. Là où J.S. Bach conclu sobrement en « Es ist vollbracht ! » (tout est accompli), il a fallu les « Schwarze Hefte » pour sortir de l’idée que l’adhésion aux idées nazies avait été une « Grosse Dummheit », une grosse bêtise.

    On découvre dans ces écrits un « enjuivement (Verjudung) de notre culture et de nos universités [qui] est assurément effrayant ». A la question de l’Estre « Seynsfrage », doit alors être opposée celle de la question juive « Judenfrage ». On pourra toujours ergoter sur la pensée, la poésie, l’être et le temps, il est des mots qui passent mal. Il faut reconnaître que Heidegger montre dès 1920 un intérêt grandissant pour les « Judenschriften » de Luther. Pour Heidegger, un Juif n’est pas un « Deutscher » (allemand) mais un « Teutscher » (trompeur), pas un « Welscher » (étranger) mais un « Felscher » (faussaire), non pas un « Bürger » (citoyen) mais un « Würger » (étrangleur). C’est vrai que ce sont des jeux de mots. Jeux de mots, jeux de salaud. Et ils furent nombreux, ceux qui seront reçus dans la hutte. Seuls quelques uns s’en sont gardés. « Allaient en pèlerinage chez Martin Heidegger surtout ceux qui confondent la philosophie avec l’art culinaire, un rôti, un bouilli, ce qui correspond tout à fait au goût allemand » comme l’indique Peter Handke.

    Publié par jlv.livres | 27 octobre 2017, 10:53

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