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Notes de lecture 2017, Nouveautés

Note de lecture : « Contes du soleil noir : Audit » (Alex Jestaire)

Quatrième conte du soleil noir : une violence fantastique dans les échanges au sein d’un milieu que l’on sait de moins en moins tempéré.

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Audit

« C’est bien, c’est mieux, c’est bien mieux ! » Il carbure, le Pioupiou, il en veut. Trois pas devant, poc, deux pas derrière pour ne pas gêner N+1. Poc, poc. Il commence à y avoir du jeu, c’est intéressant. « Vois-les tous. Epluche tout. Chronomètre les chaînes. Dissèque les process. Vois comment les infos transitent. Cible les couacs, chaque défaillance, aussi petite soit-elle. » Ouais, ouais, ça il peut le faire. Poc. « Et surtout, travaille-les, fais-leur cracher le morceau – parce que 30 % de cent vingt, ça fait trente-six têtes qui sautent. Et c’est à toi de drafter lesquelles vont rentrer dans le PSE. » Poc. Cette balle-ci a d’abord tapé sur le mur latéral – le rebond minable l’a pris au dépourvu. « Tu l’as pas vue venir, celle-là ? Ha ha ! Problème de vigilance ! Anticipe ! Déduis ! Vas-y ! » POC.

Pour ce quatrième conte du soleil noir, « Audit », qui paraît fin août au Diable Vauvert, le geek mystérieux qui sert de couverture à Alex Jestaire commence par nous en dire (un tout petit peu) plus sur lui-même (« Je vis dans une tour d’une de vos banlieues d’Europe, peu importe laquelle – peut-être près de chez vous. Je ne sors jamais. Je mange des pizzas, je bois du soda, je demeure nuit et jour, devant mes écrans – télévision, internet, CCTV, webcams, smartphones… Je vous ai vus chez vous – sur les réseaux sociaux – je vous connais. Je connais tout le monde. »), mais se laisse aller désormais, volontairement, en pénétrant l’univers feutré et redoutable du consulting contemporain en stratégie et en management, à abattre doucement certaines cartes qui nous prouveront peut-être peu à peu que les bizarreries observées jusqu’ici, interférences cathodiques signifiantes de « Crash », machinations immobilières ou génétiques inscrites au coeur des soirées privées londoniennes de « Arbre » ou dégénérescences diaphanes bruxelloises à base de la bien étrange vodka de « Invisible », n’ont sans doute rien d’un hasard.

Jusqu’ici j’avoue c’était décousu – des chroniques sur des « loups solitaires » tout au plus. Mais je suis sûr que vous avez senti qu’il y en avait davantage derrière – que la petite fibre paranoïaque en vous s’est mise à titiller – et je dis tant mieux – il n’y a que grâce à elle que vous parviendrez peut-être un jour à être libres. Bien sûr je ne vous garantis pas que vous allez tout comprendre – à ce stade je suis encore loin de tout comprendre moi-même – mais bon, ça va être l’occasion de relier quelques points, quelques-uns au moins, à l’intérieur de la « big picture ». Bon alors, z’êtes calés ? OK, matez donc cet écran.

 

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Plongeant dans l’univers à la fois brillant et interlope des consultants de haut vol (ceux-ci plus discrets toutefois que ceux dont on a l’habitude de lire les noms des firmes dans les journaux économiques spécialisés), et de la nature (pas encore tout à fait exacte) de certains de leurs pouvoirs qu’il faut bien appeler spéciaux – et directement liés au soleil noir lui-même, en tant que substance à peine matérielle mais éventuellement omniprésente -, Alex Jestaire nous ouvre de nouvelles perspectives donnant sur un cœur conflictuel possible – et sur quelques mortels interdits – de cette déliquescence qui semble étreindre le monde des apparences. Avec en prime une incursion dans l’univers pour le moins combatif – voire concurrentiel -, même s’il est fortement ludique et ironique, de League of Legends.

Yves en est sûr, il y a embrouille – quelque chose d’anormal avec cet Élias. Mais il est bien le seul dans la pièce à être de cet avis. Les survivors, eux, sont à fond – ils s’éclatent, se serrent la main, se prennent dans les bras et se disent des trucs du genre : « Jamais j’aurais cru qu’on pourrait vivre un truc aussi fort ensemble. Merci (mettez le nom ici). » Yves a déjà vu cet atelier à l’œuvre avant, une fois – ici les phrases sont les mêmes, cette fois-ci en anglais, mais les mêmes. Comme une partition où tout le monde connaît déjà sa note et cherche à bien la jouer – ce qu’on appelle la pensée positive, c’est universel. À le regarder faire son speech rayonnant sur l’esprit de groupe, la fraternité, la confiance, on en viendrait facilement à se dire : c’est une machine, c’est le Philippe Caubère du consulting. C’est à se demander ce qu’il fout là, à jouer l’assistant ravi pour deux gouines maléfiques – oui, il sait qu’elles l’ont entendu, mais il assume. À sa gauche, Faustine semble feuilleter online des galeries de photos d’enfants morts, principalement des Latino-Américains.

Saluons donc comme il se doit ce quatrième volume incisif des « Contes du Soleil Noir », et la belle initiative éditoriale du Diable Vauvert, qui nous offre cette aventure de nouveaux (et signifiants) « Contes de la Crypte » geek et noirs, à raison d’un tous les deux ou trois mois pour l’instant. Nous aurons ainsi la joie d’accueillir Alex Jestaire à la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris) le jeudi 28 septembre prochain, à partir de 19 h 30.

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