☀︎
Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Le voyage d’Octavio » (Miguel Bonnefoy)

Le voyage picaresque d’un paysan analphabète pour s’approprier la langue et l’histoire du Venezuela.

x

À Saint-Paul de Limon, un village aux alentours de Caracas transformé en bidonville au cours de la première moitié du XXème siècle, Don Octavio mène une vie solitaire et minuscule, emmuré dans son analphabétisme, donnant un coup de main, mais sans prendre part aux vols, à une confrérie de cambrioleurs qui ont transformé l’église locale désaffectée et délabrée en caverne aux trésors, qui abrite les objets de valeurs dérobés avec discernement aux notables locaux.

«Personne n’apprend à dire qu’il ne sait ni lire ni écrire. Cela ne s’apprend pas. Cela se tient dans une profondeur qui n’a pas de structure, pas de jour. C’est une religion qui n’exige pas d’aveu.
Cependant, Don Octavio avait toujours gardé ce secret, creusé dans son poing, feignant une invalidité qui lui épargnait la honte. Il n’échangeait avec les êtres que des mots simples, taillés par l’usage et la nécessité.»

Sa rencontre fortuite avec une femme nommée Venezuela, son apprentissage tardif de la lecture et son implication non volontaire dans l’activité des cambrioleurs vont le lancer sur les routes du pays, et faire peu à peu advenir son destin.

«Quand il parvint à lire une phrase entière sans hésiter, et qu’il ressentit l’émotion brutale de la comprendre, il fut envahi par le désir violent de renommer le monde depuis ses débuts.»

Parcours épique aux rebondissements multiples, dans laquelle le destin d’un homme anonyme transfiguré symbolise celui de tout un peuple, «Le voyage d’Octavio», premier roman de Miguel Bonnefoy paru en janvier 2015 aux éditions Rivages, célèbre la beauté du Venezuela et le pouvoir magique du langage pour posséder le monde, en une fable simple d’un enchantement sombre qui mêle l’histoire de ce pays, la légende chrétienne et l’irrationnel.

«Les femmes le voulaient pour fils, les filles pour époux. À El Dique, on lui offrit la colline en héritage. Octavio continuait son chemin. Dans sa marche, il avait pour le monde un dévouement presque poétique. Certains parlaient d’un géant né d’un torrent, d’autres d’un esclave arraché à la liberté. Quand on lui demandait, il répondait qu’il venait de la terre.»

Miguel Bonnefoy était l’invité de la librairie Charybde en février 2015 et on peut le réentendre ici.

Ce qu’en dit Emmanuelle Caminade sur son blog L’Or des livres est ici.

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Le voyage d’Octavio » (Miguel Bonnefoy)

  1. Nouvelles du Caine Prize 2017

    La shortlist de ce 18ème Caine Prize, pour auteurs africains, comprenait 6 noms comme il se doit.

    o Bushra al Fadil (Sudan) Read ‘God’s Children are Little Broken Things’
    o Lesley Nneka Arimah (Nigeria) Read ‘Who Will Greet You At Home’
    o Chikodili Emelumadu (Nigeria) Read ‘Bush Baby’
    o Arinze Ifeakandu (Nigeria) Read ‘God’s Children are Little Broken Things’
    o Magogodi oaMphela Makhene (South Africa) Read ‘The Virus’
    Et le vainqueur est Bushra al Fadil du Soudan. Bravo pour lui.

    Cependant, avec un peu de retard, j’ai beaucoup apprécié les nouvelles de Lesley Nneka Arimah du Nigeria, et je voulais partager.
    Ces auteurs se retrouveront (peut être) sur les présentoirs, une fois traduits. Sans doute par Zulma sous forme de collectif de la même façon que l’on a découvert le superbe « Snapshot » avec NoViolet Bulawayo (Zimbabwe) (2014, Zulma, 224 p.), suite de « Il nous faut de nouveaux noms » (2014, Gallimard, 288 p.). Une nouvelle compilation était annoncée par Zulma, pas encore vue. Vue la population galopante du continent, ce seront certainement des auteurs importants à découvrir prochainement.

    Lesley Nneka Arimah a déjà publié « What It Means When A Man Falls from the Sky» (2017, Riverhead Books, 240 p.), un ensemble de 12 nouvelles, publiées séparément dans « The New Yorker» (octobre 2016), « Harper’s» (mars 2016) et « Per Contra » (printemps 2015) et une autre déjà sélectionnée pour la shortlist l’année dernière.
    Tout d’abord un titre surprenant (ce que signifie lorsqu’un homme tombe du ciel). On peut tout imaginer : la venue d’un nouveau (super)messie, un avionneur parti jouer dehors, une bouteille de soda réincarnée.

    Dans « What It Means When A Man Falls from the Sky», Nneoma ne se souvient pas de tout. Où a-t-elle rangé ses papiers, pourquoi a-t-elle déménagé, qui a-t-elle laissé derrière elle.
    Le tout se passe dans un futur lointain, après 2090 au moins, bien après les changements climatiques qui ont produit une crise des réfugiés. L’Angleterre a été submergé par les flots et ses habitants sont venus au Biafra, fonder la « Biafra-Britannia Alliance », en fait « try to take over everything and don’t contribute anything » (essayer de tout contrôler et ne rien faire ». A vrai dire les Français ont fait de même au Sénégal, de même que les Américains au Mexique. Nneoma fait partie des Mathématiciens, 57 au total, à cause d’une démonstration de la Formule de Furcal, un jour enseignée à l’école primaire. Cette formule, inventée par le chilien Francisco Furcal explique tout l’univers. Les Mathématiciens peuvent calculer et modifier l’équation personnelle des gens. Et les plus courageux essayent de défier la gravité, les rendant aptes au vol. Cela remplace la religion
    Pendant qu’elle explique le fonctionnement de la formule, on lui pose des questions « Comment faire tomber les gens amoureux ? » ou « Comment se rendre invisible ? » Et soudain la voila en face d’une sénégalaise, une réfugiée, tout comme les algériens ou burkinabés. Elle y est rarement confrontée. Et pourtant elle doit s’occuper du travail de deuil des gens car elle est « grief worker ». Il reste que les gens sont tatoués au poignet, indiquant leur origine et leur classe. Un employé de magasin est de troisième classe alors qu’un avocat est de première classe. Tout n’est donc pas si simple.

    Dans « Winfalls » un couple mère-fille parcoure un chemin cahotique à travers un monde hostile. Elles tombent intentionnellement comme si c’était de la faute de quelqu’un d’autre, puis survivent au risque de blessures personnelles et à la sympathie des étrangers.
    Le texte commence avec une violence inouïe qui rappelle la jeunesse de la fille : « la première fois que tu es tombée, vous étiez six. Avant, tu étais trop jeune pour tomber et on devait te jeter, te pousser, pour faire croire que c’était vrai. Tu as vécu ainsi des années ces chutes ». Après une de ces chutes, la mère dit à sa fille « Je suis fière de toi ».

    « Glory », c’est en fait le nom christianisé de Glorybetogod Ngozi Akunyili, fille igbo, allant à l’école et à l’église. Tout va bien dans la meilleure des familles, sauf pour le grand-père qui pense que « cette fille a quelque chose de pourri en elle ». Elle reconnait « Je suis née sous une mauvaise étoile et mon sort m’a rattrapé. Je suis désolée maman et papa de n’avoir pas terminé mes études de droit et de n’être pas devenue la personne que vous attendiez. Mais c’est aussi de votre faute pour avoir mis trop de pression sur moi ». Tout cela était juste, et faux, la difficulté de vivre, en fait.

    « Who Will Greet You at Home » (Qui vous accueillera à la maison) est l’histoire d’Ogeshi. C’est aussi une histoire de femmes, sans homme. La jeune femme qui, pour avoir un enfant, doit en confectionner un à partir de ce qu’elle veut ou peut, ce qui conditionnera son caractère. Le bébé une fois fabriqué doit alors être béni par la mère de la femme, pour ensuite venir à la vie, éventuellement sous forme d’un bébé de chair.

    « What is a volcano ? » l’auteur évoque un domaine mythique avec des dieux qui se disputent.la nouvelle rend compte des luttes entre parents et enfants, avec des scénarios surréalistes dans lesquels les poupées prennent vie et les morts hantent les vivants.

    « Light ». « Quand Enebeli Okwara a lancé sa fille dans le monde, il ne savait pas ce que le monde faisait aux filles ». La mère est absente, aux Etats Unis, le père et la fille ont survécu à son absence, mais à que prix.

    Dans « Wild » une mère dit à Ada, sa fille quelque peu rebelle « ils m’ont dit de te battre ». « Ils m’ont dit que parce que tu as été élevée sans père, tu tournerais mal si je ne te battais pas ». Et de fait Chinyere, la fille d’Ugo, tante d’Ada, n’est pas mieux et tombe enceinte avec un homme marié.

    « Second Chances » Une mère morte sort d’un portrait photographique juste pour quelques heures, le temps d’assister à nouveau à son agonie.

    « Redemption » le regard curieux et jaloux d’une fille sur une amie de son père

    « War Stories » une mère bat sa fille car elle se comporte mal à l’école. « Elle m’a frappée, chose qu’elle n’avait pas faite depuis des années. C’était gênant, comme courir à reculons ».

    « Buchi’ Girls » Buchi se prépare à laisser sa fille assumer l’identité d’une autre fille, mort pour échapper à la vie de serviteurs dans la maison de parents proches.

    Publié par jlv.livres | 8 août 2017, 18:58

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :