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Notes de lecture 2013

Note de lecture bis : « Politique et crime » (Hans Magnus Enzensberger)

Il n’est point de politique sans crime. Neuf études palpitantes sur la relation qui lie politique et crime.

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«Terrain vague entre le roman feuilleton et la philosophie», c’est ainsi qu’Hans Magnus Enzensberger, lui qui excelle dans tous les genres littéraires, qualifie ces neuf essais, publiés en recueil en 1964 (huit d’entre eux ayant été publiés séparément au cours des années précédentes), traduit de l’allemand par Lily Jumel en 1967 pour les éditions Gallimard. Ce livre, stimulant comme une enquête, un essai historique, et aussi passionnant qu’un recueil de nouvelles, se donne pour ambition d’explorer cette «vieille, étroite et obscure relation» entre politique et crime.

En dehors de deux textes plus théoriques, qui illustrent le propos des sept autres, Hans Magnus Enzensberger brosse le portrait de Rafael Trujillo, dictateur champion de la cruauté et du cynisme, et de la longévité au pouvoir ; il nous raconte la réussite et la chute d’Al Capone et de la Camorra d’après-guerre, gangsters mythologiques, parodies féodales, vaincus finalement par les technocrates et le capitalisme. Il raconte encore l’affaire Wilma Montesi, enquête sur une noyée en Italie dans les années 1950, avec la conviction des italiens de la culpabilité de suspects uniquement désignés par la rumeur, car ils étaient les représentants d’une classe dirigeante totalement corrompue. Puis vient l’histoire poignante d’Edward Slovik, le seul déserteur américain fusillé au cours de la seconde Guerre Mondiale. Et enfin l’histoire et les portraits passionnants des révolutionnaires russes, des prémisses du XIXème siècle jusqu’à 1905.

À travers ce parcours, Hans Magnus Enzensberger illustre comment le criminel «banal» est élevé au rang de figure mythologique, comment la peur inoffensive du criminel ordinaire sert de tranquillisant, pour faire oublier au citoyen la violence d’état. La délinquance, les dictatures «artisanales», ou même le crime organisé font figure d’attardés du crime, en regard de l’amplitude des menaces politiques et militaires, qui elles ne sont explorées dans ces textes que par contrepoint.

«L’adaptation à tout prix, une assimilation sans frein, les pratiques les plus modernes, une habileté hautement capitaliste, voilà ce qui a contribué à la remarquable réussite des gangsters de Chicago. Mais dans la plus petite de leurs actions, dans tous les plus petits détails de leurs manières d’être et de leur façon de penser, on voit apparaître un facteur contraire : il est dû au fait qu’ils sont issus d’un passé exotique, précapitaliste, inassimilé. C’est leur modernisme qui a fait leur succès, leur antiquité qui a fait leur fascination.» (Chicago-Ballade)

On voit aussi comment le criminel concurrence l’état, remettant en question son monopole du pouvoir, et comment, dès que la criminalité s’organise, elle parodie l’état, reproduit ses structures, ses modes de fonctionnement, ou tend à se calquer sur le modèle des grandes organisations capitalistes.

Une lecture passionnante, qui considère les relations entre politique et crime avec un pas de côté.

Ce qu’en dit mon ami et collègue Charybde 2 est ici. Nébal en parle également très bien sur son blog ici.

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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