☀︎
Notes de lecture 2017, Nouveautés

Note de lecture : « Le continuum était malade – Gont et Labette 3 » (Hervé Thiellement)

Troisième volume d’un western galactique déjanté, nettement plus mélancolique à présent.

x

continuum01

Après « Le dieu était dans la lune » (2011) et « Multiple était la lune » (2015), le troisième volume des aventures galactiques du pilote humain Gont et de son amie la fabuleuse anibulle Labette est publié, toujours chez Rivière Blanche, en juillet 2017.

L’immense anibulle creusait un trou de ver vers une lointaine étoile détectable par ses formidables yeux à facettes, y plongeait, en ressortait proche de sa cible avant d’en choisir une autre. Ce déplacement, ce vol ultraluminique était souple et sans cahots. Parfois elle se déplaçait tranquillement dans l’espace quelques heures avant de replonger. « On ne peut pas faire n’importe quoi avec le continuum ! » s’évertuait-elle à répéter. « Je ne vais quand même pas me rencontrer dans le passé ou vous faire débarquer hier. »

Hervé Thiellement continue ici à nous régaler de son savant mélange de pastiche et d’hommage à la science-fiction de l’âge d’or (ou plutôt des deux âges d’or – comme cela est évoqué dans l’entretien de l’auteur avec Christian Vila qui conclut ce troisième volume), celle qui, sans prétention scientifique réelle, au fond d’elle-même (quitte à s’en parer du vernis épiçant la narration), aimait d’abord l’aventure – souvent débridée – et plus tard, la spéculation sociale et politique, et ne dédaignait en tout cas jamais la puissance induite du rêve adolescent. Comme dans les deux tomes précédents, les joyeux calembours et le jeu parfois potache avec les sonorités et les toponymies, l’humour omniprésent aussi, s’appliquent sur la toile de fond permanente d’une bande d’amies et d’amis choisis, sans barrière entre espèces humaines, humanoïdes ou tout autres, évoluant  – ou ayant évolué dans le passé – à l’étroite limite du commerce abusif et de la piraterie, mais baignant toujours dans un hédonisme forcené, goûtant chaque fois que possible les plaisirs rendus disponibles par la vie et les circonstances, qu’ils soient des mets, des boissons, du sexe, de l’amitié et de l’amour, ou du simple frisson du remous de l’eau sur la peau nue dans une piscine à la température idéale.

Sans faire franchement la tête, l’anibulle avait peu apprécié le détachement avec lequel son équipage avait réagi face au problème de Vulcain. Elle sentait, elle anticipait, elle savait que cette nouvelle était mauvaise, comme un signe de déséquilibre, que quelque chose perturbait la belle harmonie de la danse des planètes. Elle n’arrivait pas à s’en désintéresser et le manque d’échanges à ce sujet avec ses équipiers ne lui plaisait pas. « Il s’agit pourtant d’une planète colonisée par des humanos, comme eux, qui n’embêtent personne. Au contraire même, ce voliv, largement utilisé, rend les pensants moins tristes et donc fait du bien à tout le monde ». D’où sa réponse un peu sèche au mécano.

 

Néanmoins, si l’archi-ennemi boueux en diable affronté précédemment par la joyeuse bande surgissait avant tout de la mégalomanie et de la froide rationalité sans affect et sans empathie, l’adversaire ici est d’emblée beaucoup plus immatériel, et beaucoup plus difficile à appréhender, à part peut-être pour l’exceptionnelle anibulle, qui joue de facto depuis toujours le rôle informel de chef de clan. Si la maladie du continuum spatio-temporel peut sembler provenir à l’occasion de quelques abus techniques et d’un éventuel mélange d’hybris et d’inadvertance scientifiques, il semble bien à la lecture, quand bien même les personnages n’en conviendraient pas unanimement, que sa cause profonde soit philosophique et morale : excès d’avidité et de court-termisme, qu’ils soient aveuglément capitalistes ou stupidement stakhanovistes, surconsommations effrénées, spécismes déchaînés, égoïsmes et absences flagrantes d’empathie… Appliquée à trois planètes isolées avec un beau sens du baroque tragi-comique, cette métaphore nous est  subrepticement cinglante, à une heure où le capitalisme mondialisé ne donne guère de signes tangibles de vouloir réfréner ses appétits, et où le réchauffement climatique ne semble toujours pas vraiment prioritaire pour les plus nantis des nantis.

Hervé Thiellement sera le mardi 11 juillet prochain à la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris) à partir de 18 h 00 pour une dédicace apéritive de ce « Le continuum était malade ».

x

Hervé Thiellement

Logo Achat

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :