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Notes de lecture 2017

Note de lecture : « Le dieu était dans la lune – Gont et Labette 1 » (Hervé Thiellement)

Le début des aventures spatiales farceuses et endiablées d’un humain et de son amie… indescriptible.

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Gontran Rieu, un grand gaillard aux long cheveux châtains, commençait à s’inquiéter. Cette saleté de moteur venait encore de s’arrêter et son astronef dérivait sur sa lancée entre Lunun et Lunedeu, les deux petites lunes de Cible 7. Heureusement, sauf météorite impromptue, il n’y avait pas de risque de collision. Rien d’autre que son astronef dans le coin.
Heureusement et malheureusement, parce qu’avec un peu plus de trafic, quelqu’un aurait pu entendre son appel à l’aide.
« T’es sûr que tu ne captes vraiment rien dans le secteur ? » demanda-t-il pour la énième fois à son camgek, sans espoir de réponse, juste pour parler.
Créon, le Camégekko mâle qui s’accrochait à son oreille gauche, son père le lui avait offert pour ses quinze éons. Ces bestioles télépathes à la morphologie de lézard se branchent sur le cerveau de leurs propriétaires, et leur permettent de communiquer d’esprit à esprit, traduisant les pensées de l’un en langage pour l’autre.
Sur Triton, l’astéroïde privé où ses parents l’avaient envoyé en pension éducative, avoir un camgek était une obligation. La plupart des autres élèves n’étaient pas humanos, rares étaient ceux qui pouvaient émettre sur des fréquences audibles à Gontran. Tous avaient un camgek pour communiquer avec leurs petits camarades à tentacules, à pseudopodes, à antennes ou à fanons.

Dès les premières lignes du premier volume des aventures spatiales de Gont et Labette, publié en 2011 chez Rivière Blanche, le ton est donné, résolument. Entre hommage et pastiche, Hervé Thiellement mobilise par vaisseaux entiers, avec une joie rapidement communicative, l’ensemble des éléments accumulés par la science-fiction (version space opera) du dit « âge d’or » (1930-1950), celle qui continue à nourrir bon an mal an des générations entières d’adolescents (quel que soit leur âge réel affiché au compteur), à partir des folles chevauchées supra-luminiques imaginées par E.E. « Doc » Smith, Edmond Hamilton, Catherine L. Moore, Leigh Brackett, A.E. Van Vogt ou Isaac Asimov (plusieurs d’entre eux sont mentionnés et remerciés en introduction), par exemple. C’est aussi l’ensemble de cet imaginaire qui propulse les grands westerns spatiaux itinérants et largement archétypaux que sont, en BD, les épisodes successifs de « Valérian » (et Laureline, bien entendu) construits par Christin et Mézières (mais plutôt les premiers albums, avant le côté sombre et mélancolique introduit à partir de « Métro Châtelet direction Cassiopée » en 1980), ou, au cinéma, ceux de la saga « Star Wars » de George Lucas (tout particulièrement de l’épisode désormais numéroté 4) : des univers en folie, dirait sans doute Fredric Brown, dans lesquels toutes sortes d’extra-terrestres, de savants déplumés et d’aventuriers gouailleurs se côtoient dans des laboratoires improbables ou des tavernes soigneusement enfumées, avec un détour libertin et libéré du côté de « Barbarella », faut-il le préciser (et l’on songera donc inévitablement au Léo Henry de « Rouge gueule de bois » et du « Casse du continuum »).

 

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Florissante 2 était une très jolie planète où régnait, entre les deux tropiques, un climat tempéré doux : la chaleur de l’été n’atteignait jamais la canicule alors qu’il ne gelait que rarement en hiver. Couverte de forêts pleines d’animaux sauvages et domestiqués, de champs de légumes, d’arbres fruitiers et de jardins fleuris toute l’année, son économie reposait pour l’essentiel sur la production minière. Les gigantesques filons de florissantium du continent austral assuraient la richesse et le développement technologique. Ce minerai, unique dans la galaxie connue, entrait comme composant principal de l’alliage avec lequel on construisait l’enveloppe des vaisseaux spatiaux. De gigantesques usines de fabrication, situées en périphérie lointaine des principales villes, tournaient nuit et jour grâce à des robots qui n’avaient même pas exigé de repos hebdomadaire. Ce n’étaient pas des IA, une telle idée ne pouvait pas leur venir.
Les immenses bénéfices du commerce de coques d’astronefs assuraient l’opulence de tous. Ces heureux bénéficiaires représentaient un étrange mélange d’humanos à peau marron, d’origine exogène lointaine, Cible 4 vraisemblablement, attirés par la qualité exceptionnelle de la vie sur Florissante 2, et de Flûtiauds, des mammifères intelligents indigènes faussement qualifiés de tripodes (en fait ils avaient deux jambes et une épaisse queue musclée). Les hybrides entre les deux espèces, quoique possibles, restaient exceptionnels et stériles. Les deux peuples, qui avaient donc conservé leurs différences, s’estimaient réciproquement en s’engueulant occasionnellement, en galactique. Le reste du temps, ils l’occupaient à apprendre, à chercher, à inventer.
Comme sur les autres planètes de classe A, il y avait de nombreuses universités où les meilleurs professeurs de la galaxie postulaient pour obtenir une chaire et les généreux salaires qui allaient avec.

 

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Entre les déluges d’humour pince-sans-rire et d’humour franchement et joliment potache, les innombrables allusions et la jubilation permanente dans l’invention de noms, de sonorités et de calembours (les célèbres moukraines à la glaviouse du Zeitoun d’ « Objectif Nul » ne sont parfois pas très loin), cette science-fiction parodique et débridée pourrait chez d’autres auteurs engendrer une certaine lassitude à la lecture : ce n’est pas du tout le cas chez Hervé Thiellement, chaleureusement recommandé par l’amie Catherine Dufour – qui sait bien quelles sont plutôt mes habituelles tasses de thé en la matière -, tant son art bien particulier de distiller dans l’allégresse nos mythes d’éternels adolescents ne l’empêche aucunement de compléter la recette par de judicieux soupçons libertaires et joyeusement pirates, d’autant plus savoureux qu’ils semblent se glisser habilement dans tous les interstices laissés libres par l’aventure et la farce cataclysmique, et les vagabonds des limbes rassemblés dans cette première aventure autour de Gont et de son amie surpuissante Labette (dont je vous laisserai découvrir toutes les imposantes caractéristiques) ont ainsi tout pour nous plaire et nous distraire, sous le signe de la « sf de papa » qu’évoque l’auteur dans sa dédicace à son fils Pacôme.

Ce sont donc le professeur, la changeling et leurs camgeks qui voyagèrent avec Belbul de Gandahar à Émeraude, histoire de bien analyser les modifications de motorisation à effectuer sur ce véhicule rebaptisé Rêve Rond Minus. Il manquait à Kronstadt des éléments et du câblage pour finir son bricolage. Il savait où les prélever sur le vaisseau de Gont. Une pause s’imposait donc avant de repartir sauver la galaxie d’un dieu dément.

Hervé Thiellement sera le mardi 11 juillet prochain à la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris) à partir de 18 h 00 pour une dédicace apéritive du troisième volume des aventures de Gont et Labette, « Le continuum était malade », qui paraît ces jours-ci chez Rivière Blanche.

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Hervé Thiellement

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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