☀︎
Général, Information Charybde

De l’or pour l’été 2017

Quinze titres intemporels à chérir cet été

x

28443

Charybde 7 vous a proposé tout récemment une magnifique liste pour rire ou sourire cet été, ici. En voici une autre, un peu différente, sans thème particulier, mais née de la soirée « Tous libraires d’un soir » qui a eu lieu il y a quelques jours à la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris) à l’occasion du Pari(s) des Libraires 2017. Quinze titres publiés de 1929 à 2015, qui tous apportent un petit quelque chose de spécial à la littérature et au plaisir de lire, tout simplement. Je vous les propose par ordre chronologique de leur publication. La note de lecture détaillée peut être obtenue en cliquant sur chaque titre (ce qui vous permettra ensuite également de le commander, le cas échéant).

1929 : Andreï Platonov, Tchevengour
La guerre civile russe de 1918-1921 comme vous ne n’avez jamais lue : fantasmagorique et à hauteur d’homme, politique en diable, onirique et bizarrement enjouée. Un roman maudit qui nourrit depuis lors les écrivains en général et le post-exotisme en particulier.

1946-1959 : Mervyn Peake, Gormenghast
Dans un imaginaire gothique, flamboyant et tourmenté, une galerie de personnages inoubliables tissent chacun à leur manière le destin du gigantesque et labyrinthique château de Gormenghast. Chocs et entrechocs, immobilités et accélérations pour l’un des plus bizarres et réjouissants romans d’apprentissage jamais écrits.

1967 : Juan Benet, Tu reviendras à Région
Dans le cadre tourmenté de la guerre civile de 1936, le redoutable « Faulkner espagnol » invente une géographie entière et une chronologie acérée, dont les plis et les replis nous offrent l’un des plus puissants mélanges de réalisme et d’onirisme que je connaisse.

1974 : William Kotzwinkle, Fan Man
Le post-hippie new-yorkais totalement déjanté Horse Badorties, ses soliloques insensés, ses activités débordantes et son ventilateur inséparable, ne se racontent pas, ils se découvrent et se savourent, légèrement hébétés ou franchement hallucinés.

 

 

39596

 

1980 : Russell Hoban, Enig Marcheur
Le théâtre de marionnettes satirique pour réinventer, après la catastrophe ayant ramené un comté du Kent à l’âge du fer, la civilisation et le langage. Et une traduction époustouflante de Nicolas Richard depuis le parlénigm (riddleyspeak) d’origine.

1981 : Alasdair Gray, Lanark
Un univers fantastique miraculeusement enchâssé dans les interstices du roman d’apprentissage d’un enfant écossais de la deuxième guerre mondiale, et une puissante réflexion métaphorique autour de la tragédie de l’incapacité à aimer, par un styliste extraordinaire qui est aussi l’une des influences majeures de Iain Banks.

1990 : Éric Chevillard, Palafox
Une tentative de définition et de capture (n’envisageons pas une seconde la tentative d’épuisement) de l’animal (peut-être) Palafox, surgi un beau midi d’un œuf à la coque mal cuit à la table familiale. Pour moi, le plus drôle et le plus échevelé de tous les textes d’Éric Chevillard, pourtant particulièrement peu avare en la matière.

 

2009 : Nick Barlay, La femme d’un homme qui
Menée d’une manière bien particulière, et très significativement entièrement à la deuxième personne, l’enquête folle d’une femme à propos de la mort de son mari dans des circonstances réputées honteuses. Un roman halluciné des complots quotidiens.

2010 : Pierre Bergounioux, Le récit absent / Le baiser de sorcière
D’une précision stylistique hors normes, un texte redoutable conçu tête-bêche en moins de 150 pages : d’un côté (« Le récit absent »), une fabuleuse tentative d’histoire de la signification du communisme soviétique, de l’autre (« Le baiser de sorcière »), la défense et illustration du propos à travers l’itinéraire d’un char lourd soviétique en 1944-45, venu mourir sous les coups d’un Panzerfaust à Berlin, le tout constituant une formidable réflexion sur le sens même du récit de guerre.

x

53808

2011 : Pablo Katchadjian, Merci
Déguisé en récit historique d’esclavage et d’émancipation aux Antilles, un enchâssement extraordinaire, somptueusement rusé, pour explorer les mirages réciproques des dialectiques maître-esclave.

2011 : Arkady Knight, Killing Keira Knightley
En lui rendant son titre d’origine injustement omis par un juridisme éditorial quelque peu frileux à l’époque, poursuivant le lien entre la réalité et la fiction à travers les différentes incarnations de l’actrice britannique à l’écran, un thriller sauvage cherchant à élucider dans les limbes l’influence de ce que l’on voit sur ce que l’on est.

2013 : Andréas Becker, Nébuleuses
Par la grâce d’un magicien des mots, d’origine allemande, capable de forger ex nihilo, directement en français, le langage précis que réclame un personnage ou une situation, le récit hébété et poignant d’une folie qui ne devient jamais désespérée, bien au contraire.

2014 : Antoine Brea, Roman dormant
Comment transformer un authentique traité d’interprétation des rêves conçu par un grand lettré musulman au VIIIe siècle de l’ère chrétienne en un absurde et poétique – et en tout cas fort étonnant- yi king barbelé pour les infortunes et les fortunes contemporaines.

2014 : Anne-Sylvie Salzman, Dernières nouvelles d’Œsthrénie
Réinventer entièrement une contrée imaginaire des Balkans pour la propulser dans quatre tranches d’histoire, de fable ou de reportage, acérées, décapantes et poétiques, et dire ainsi doucement des composantes essentielles de notre contemporain.

2015 : Fabien Clouette, Quelques rides
Saisir un petit port de pêche et son industrie navale artisanale et décatie, en plein réaménagement touristique et économique, pour en faire la matrice chabrolienne d’un drame à facettes dans lequel les personnalités et les points de vue s’enchevêtrent subtilement.

 

La librairie Charybde reste ouverte tout le mois de juillet, proposant plusieurs soirées autour d’auteurs ou simplement pour le plaisir de prendre un verre au milieu des livres (les dates sont indiquées sur le site de la librairie, ici), mais je vous souhaite néanmoins d’ores et déjà un bel été de lectures.

 

 

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

2 réflexions sur “De l’or pour l’été 2017

  1. Un régal que la liste pour cet été, avec des titres, dont quelques uns datent déjà. Mais que de bons textes, dont j’ai quelquefois déjà du dire du bien.
    Au hasard.

    Juan Benet. Et ses différents « Region ». Une magnifique construction qui commence effectivement avec les Editions de Minuit. Il y a même eu une carte en feuilles séparées pour que le lecteur ne se perde pas. Surtout il y eut récemment « Les Lances Rouillées » (2011, Passage du Nord Ouest, 704 p.). Pourquoi ce titre ? Rien que pour sa couverture. C’est « Verdun » de Félix Valotton. Superbe. Je ne connaissais pas les Valotton en couleur. Ceci dit le texte vaut largement la couverture.

    William Kotzwinkle « Fat Man », le NYC des années 60. C’était encore l’époque des drogues douces. A lire chez le même éditeur son « Docteur Rat » (2015, Cambourakis, 282 p.) dans lequel un animal de laboratoire sème une zizanie sans nom dans ce petit monde. Drôle et grinçant.

    Russell Hoban « Enig Marcheur » Hélas. Tiré de « Ridley Walker ». Superbe couverture (décidément) sous triple jaquette. Une rouge avec les chiens et une autre noire avec le cerf et le cercle qui entoure le tout. La troisième en rhodoïd pour protéger le tout. Le livre est traduit du « riddleyspeak (Anterre)», en référence au titre anglais «Riddley Walker». Pour ceux qui auraient loupé leurs cours de linguistique, c’est une langue anglaise postapocalyptique dans laquelle l’orthographe, la grammaire et le sens des mots ont comme il se doit fortement soufferts du dit apocalypse. C’est superbement traduit en « parlénigm » par Nicolas Richard. Ceci dit, il faut vous accrocher pour lire (et revenir en arrière pour traduire). Cela m’a un peu déçu, le mot est faible. Une pensée émue pour le prote qui a fait la relecture des épreuves.

    Fabien Clouette « Quelques rides » J’avais bien aimé cet espèce de polar qui n’en était pas un. Drôle de lieu que ce Capvai. Par la suite, « Le Bal des Ardents » (2016, Editions de l’Ogre, 208 p.) est sorti en même temps que d’autres textes tout aussi intéressants. Bel exemple de maison d’édition innovante avec cet étonnant « Cordélia la guerre » de Marie Cosnay (2015, Editions de l’Ogre, 368 p.), ou le Roi Lear chez les migrants. Dommage que l’on ne la lise plus dans « Le Matricule des Anges ».

    Pablo Katchadjian, « Merci » Tout commence par un esclave enfermé dans une cage en bois. La métaphore hégelienne du Maitre et de l’Esclave. … Des drôles de relations, dont un manuel des «Positions sexuelles particulières à pratiquer entre hommes». J’en avais déjà parlé sur ce site. A vrai dire je préfère de cet auteur le « Quoi Faire » (2016, Le Grand Os, 104 p.), histoires d’Alberto et du narrateur. Un indice : ils ont les poches pleines de beurre froid. Mais de lui je préfère encore « El Aleph engordado » (2009, Imprenta Argentina de Poesia, IAP) dans lequel il a rajouté ses mots à « El Aleph » de Borges. Ce qui n’a pas plus à Maria Kodama, la veuve.

    Au chapitre des autres titres…. Je suis atterré par les commentaires (inexistants) aux superbes critiques de Charybde (Madame 7 et Monsieur 2). A croire que la lecture des inepties échangées sur smartphones ont pris le pas sur le livre. Même constatation sur d’autres sites (Le Clavier Cannibale ou Scylla par exemple). Même sur Babelio, on dirait lire « la 4 de cubierta engordada ».

    Publié par jlv.livres | 4 juillet 2017, 02:20
  2. Et pour les mois qui viennent, jusque fin septembre (on ne rigole plus)

    – La ténébreuse Paul Celan, Ingeborg Bachmann (c’est fait en partie), Max Frisch et les autres

    – Peter Weiss « L’esthétique de la résistance » (2017, Librairie C. Klincksieck et Cie, 896 p.)

    – Alexander Kluge « Chronique des Sentiments « 2012, POL, 1134 p.)

    – Frédéric Sounac « Agnus Dei » (2009, Dela Editions, 624 p.)

    Publié par jlv.livres | 4 juillet 2017, 06:42

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :