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Notes de lecture 2017

Note de lecture : « Parc industriel » (Patrícia Galvão)

La misère ouvrière et la lutte sociale dans les années 1930 à São Paulo. Saisissant.

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Dans le grand pénitencier social, les métiers à tisser se dressent et avancent en hurlant.
Bruna a sommeil. Elle est restée tard à un bal. Elle s’arrête et frotte avec colère ses yeux brûlants. Ouvre sa bouche cariée, baille. Ses cheveux frustes sont couverts de soie.
– Zut ! Comme ce dimanche est passé vite… Les riches peuvent dormir autant qu’ils veulent.
– Bruna ! Tu vas te faire mal. Regarde tes tresses !
C’est son compagnon à côté.
Le Chef de l’Atelier s’approche, lentement, mauvais.
– J’ai déjà dit que je ne veux pas de bavardage ici !
– Elle aurait pu se faire mal…
– Vauriens ! C’est pour ça que le travail ne rapporte pas ! Petite misérable !
Bruna se réveille. Le garçon baisse sa tête révoltée. Il faut la fermer !
Ainsi, dans tous les secteurs prolétaires, tous les jours, toutes les semaines, tous les ans !

 

C’est en 1933 que,  trente-cinq ans avant le célèbre « L’établi » de Robert Linhart, et sous le pseudonyme vite transparent alors de Mara Lobo, que Patrícia Galvão, dite Pagu, figure-clé du mouvement littéraire et intellectuel moderniste au Brésil, publie ce compte-rendu romancé, à la fois réaliste et enflammé, de son implantation en tant qu’ouvrière textile à São Paulo. Mêlant description des réalités économiques et sociales les plus sordides aux éléments d’éducation politique populaire, annotations très précises, glissées dans les conversations, sur les événements de l’époque comme sur les caractéristiques de cette société brésilienne dont la bourgeoisie a été la dernière du continent à abolir l’esclavage, en 1888 – et dont le cynisme emblématique faisait déjà la joie sombre de la lectrice ou du lecteur des « Mémoires posthumes de Brás Cubas » (1881) de Joaquim Maria Machado de Assis -, « Parc industriel » se revendique en sous-titre comme « roman prolétaire », et l’affirme avec une véhémence candide qui pourrait presque faire sourire aujourd’hui, si l’exploitation sans vergogne décrite et documentée ici n’était pas hélas une constante historique inexorable, sous ses formes diversement mutantes au fil des années.

 

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Parque-Industrial-Mara-Lobo

– On a pas le temps de connaître nos enfants !
Séance d’un syndicat régional. Des femmes, des hommes, des ouvriers de tous les âges. De toutes les couleurs. De toutes les mentalités. Conscients. Inconscients. Vendus.
Ceux qui recherchent dans l’union le seul moyen de satisfaire leurs revendications immédiates. Ceux qu’attire la bureaucratie syndicale. Les futurs hommes de la révolution. Révoltés. Anarchistes. Policiers.
Une table, une vieille nappe. Une cruche, des verres. Une cloche défectueuse. La direction.
Les policiers commencent le sabotage en interrompant les orateurs.

Avec une verve cruelle qui se soucie peu d’effets spéciaux, sur un terrain humain dense et foisonnant dans sa quête de vie plutôt que de survie (que l’on pourra utilement comparer à la reconstitution effectuée à Rio de Janeiro par le Paulo Lins de « Depuis que la samba est samba »), Patrícia Galvão dresse un tableau impitoyable et bizarrement goûteux d’une trépidation sociale fondamentale, ne cachant ni heurs ni malheurs, ni les trahisons et les palinodies des unes ou des autres, ni les occasions manquées et les luttes continuées. Montrant aussi la permanence des procès en pureté ouvrière et la méfiance toujours prête à jaillir vis-à-vis d’intellectuels et de bourgeois épousant « la cause du peuple », elle nous offre un regard historique et humain d’une acuité souvent effarante.

L’édition proposée par le Temps des Cerises en 2005 propose de surcroît un excellent prologue de Liliane Giraudon, et une postface extrêmement documentée d’Antoine Chareyre, à qui l’on doit également cette traduction haute en couleur et en justesse.

En ville, les théâtres sont pleins. Les palais dépensent en tables copieuses. Les ouvrières travaillent cinq ans pour gagner ce que coûte une robe bourgeoise. Elles doivent travailler toute leur vie pour acheter un berceau.
– Ils tirent tout ça de nous autres. Notre sueur est transformée tous les jours en champagne qu’ils jettent par les fenêtres !

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Patrícia Galvão, a Pagu - fev.1941

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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