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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « I.G.H. » (J. G. Ballard)

La dernière partie, étrangement prophétique, de « La trilogie de béton ».

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«Plus tard, installé sur son balcon pour manger le chien, le Dr Robert Laing réfléchit aux événements insolites qui s’étaient déroulés à l’intérieur de la gigantesque tour d’habitation au cours des trois derniers mois. Maintenant que les choses avaient repris leur cours normal, il constatait avec surprise l’absence d’un début manifeste, d’un seuil précis au-delà duquel leurs existences avaient pénétré dans une dimension nettement plus inquiétante.»

Dans la continuité de «Crash !» et de «L’île de béton», ce court roman de James Graham Ballard (1930-2009) publié en 1975, troisième partie de la «trilogie de béton» traduite de l’anglais par Robert Louit en 1976 pour les éditions Calmann-Lévy, explore la sauvagerie qui peut germer et se répandre dans une société de loisirs aseptisée, où l’homme n’a d’autre choix pour briser l’ennui que de renouer avec le chaos primitif, l’animalité et la solitude.

L’IGH, immeuble de grande hauteur, dominant et isolé dans une banlieue de Londres en pleine recomposition, est le héros de béton mais qui semble de chair, de ce récit glaçant, de cette allégorie visionnaire.

Cet immeuble fonctionnel et luxueux de 40 étages, doté d’équipements multiples (piscines, école, centre commercial…), a été conçu pour permettre à ses occupants de vivre en autarcie totale, dans un grand confort et en toute sécurité. Juste au moment où les mille appartements de l’immeuble finissent de se remplir, mesquineries et jalousies commencent à éclore, semblant initialement être les conséquences inhérentes à toute vie humaine en communauté. Panne d’électricité, cadavre de lévrier retrouvé dans la piscine ; une menace diffuse mais palpable dégénère rapidement en hostilités ouvertes de plus en plus virulentes.

Dans cette entité gigantesque de béton, qui semble se détacher du monde extérieur, une façade de train-train quotidien, puis pendant la nuit les fêtes, le sexe et l’ivresse se juxtaposent avec les violences croissantes, l’abandon des règles sociales, et la sauvagerie. Les habitants de ce microcosme s’organisent en clans par étages, répliquant dans la tour lutte des classes et guerres primitives de territoire ; ils abandonnent leur confort, surtout préoccupés de ne pas trahir à l’extérieur la situation dans la tour.

Peinture saisissante d’un glissement vers le chaos et la barbarie d’un monde moderne se rêvant sans risque et toujours sous contrôle mais d’un ennui mortel, «I.G.H.», qui fut adapté au cinéma par Ben Wheatley en 2016, reste une lecture hallucinante, toujours contemporaine.

«Un nouveau type social allait naître dans la tour, une personnalité nouvelle, plus détachée, peu accessible à l’émotion, imperméable aux pressions psychologiques de la vie parcellaire, n’éprouvant pas un grand besoin d’intimité : une machine d’une espèce perfectionnée qui tournerait fort bien dans cette atmosphère neutre. L’habitant satisfait de ne rien faire sinon rester assis dans un appartement trop coûteux, regarder la télévision avec le son baissé et attendre que le voisin fasse un faux pas»

«Même aux étages supérieurs, personne ne semblait frappé du contraste entre les noceurs bien habillés et le délabrement de l’édifice. Des hommes en smoking bien coupé longeaient les couloirs jonchés de détritus, passaient devant les vide-ordures bouches et les ascenseurs saccagés. Les élégantes soulevaient leurs robes longues pour enjamber les tessons de bouteilles. Les senteurs de coûteuses lotions d’après-rasage se mêlaient à l’arôme des ordures ménagères.»

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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