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Je me souviens

Je me souviens de : « Morphologie du conte » (Vladimir Propp)

Sans doute le plus célèbre ouvrage du formalisme russe, et un enjeu important pour le structuralisme.

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Ce n’est que très tardivement (vers 1994-1995, à l’époque où je me constituais ou reconstituais, en pur autodidacte, une petite bibliothèque de théorie littéraire, dans les versions lycéennes et classes préparatoires de laquelle je ne l’avais, peut-être curieusement, pas fait figurer) que j’ai découvert ce texte-clé du formalisme russe, datant de 1928, mais largement révisé et corrigé lors de sa deuxième édition en 1969, un an avant le décès de son auteur, édition qui fut celle utilisée pour la traduction française de Marguerite Derrida, Tzvetan Todorov et Claude Kahn au Seuil en 1970. Figurant depuis des années au programme formel ou informel de toutes les études de lettres modernes en France, aux États-Unis ou en Australie, par exemple, enjeu de sérieuses querelles structuralistes (dont beaucoup furent basées sur des malentendus, semble-t-il) dans les années 1970, le travail de Vladimir Propp, professeur de lettres à Leningrad, sur le folklore et le chant épique russe demeure encore aujourd’hui fort impressionnant par la richesse du corpus brassé et analysé pour formuler ses théories formalistes – tout particulièrement la compilation méthodique des recueils de contes populaires d’Afanassiev (qui n’étaient pas disponibles en traduction française au moment de la publication de l’essai de Propp, engendrant là encore, nous dit-on, certaines confusions critiques dans notre pays).

Le mot de morphologie signifie l’étude des formes. En botanique, la morphologie comprend l’étude des parties constitutives d’une plante, de leur rapport les unes aux autres et à l’ensemble ; autrement dit l’étude de la structure d’une plante.
Personne n’a pensé à la possibilité de la notion et du terme de morphologie du conte. Dans le domaine du conte populaire, folklorique, l’étude des formes et l’établissement des lois qui régissent la structure est pourtant possible, avec autant de précision que la morphologie des formations organiques.
Si cette affirmation ne peut s’appliquer au conte dans son ensemble, dans toute l’extension du terme, elle le peut en tout cas lorsqu’il s’agit de ce qu’on appelle les contes merveilleux, les contes « au sens propre du mot ». C’est à eux seuls qu’est consacré le présent ouvrage.

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Vladimir Propp commence par définir son corpus de contes, traitant aussi bien, rapidement, des questions de collecte du matériau brut et raffiné que des problématiques d’inclusion ou d’exclusion, puis entreprend sa tâche principale, le recensement et la catégorisation des motifs, des fonctions et des structures que présente chaque conte, en les regroupant au fur et à mesure que les textes sont réduits à leur essence orientée dans cette perspective, listant les fonctions des personnages avant d’étudier les assimilations et la double signification morphologique de certaines fonctions, les éléments auxiliaires notables, la répartition des fonctions entre les personnages, les manières d’inclure de nouveaux personnages, les attributs des personnages, pour finir par appréhender le conte comme une totalité et, déjà, de facto, un système au sens fort du terme.

Les 140 pages (et 25 pages d’annexes) de l’essai de narratologie proprement dit sont complétés dans l’édition Seuil (et dans la réédition Points de 2015) par un article essentiel de l’auteur, intitulé « Les transformations des contes merveilleux », publié la même année que le texte principal, et par l’essai critique et historique d’Evguéni Mélétinski, « L’étude structurale et typologique du conte », paru en russe comme postface à la deuxième édition du texte de Vladimir Propp, et s’attachant à retracer tant la genèse de l’ouvrage de 1928 que sa réception et son influence en Union Soviétique, en France, aux États-Unis ou en Australie.

Il est passionnant d’observer la manière dont Jean-Jacques Vincensini a su intégrer et rajeunir l’approche de Vladimir Propp, en lui adjoignant d’autres méthodologies complémentaires et concurrentes, pour écrire, sur un autre corpus, son remarquable « Pensée mythique et narrations médiévales » en 1996.

Il est également captivant de voir la « Morphologie du conte » pleinement partie prenante du travail fictionnel de Philippe Annocque dans son « Élise et Lise » (2017).

Les règles du jeu de la rubrique « Je me souviens » sur ce blog sont ici.

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Vladimir Propp en 1928

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À propos de charybde2

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Discussion

4 réflexions sur “Je me souviens de : « Morphologie du conte » (Vladimir Propp)

  1. bonne nouvelle
    le prochain livre de Lazlo Krasznahorkaï « The Manhattan Project » qui est en principe la fin des aventures d’Achab et de Moby Dick, non pas à la façon Senges, sortira bientot Estimated arrival date: June 02 2017 – June 03 2017

    Publié par jlv.livres | 13 février 2017, 17:40
  2. Pour en revenir à László Krasznahorkai, dont l’annonce de la sortie de « The Manhattan Project » vient d’être repoussée de mars à fin juin. Une bombe littéraire ? Plutôt une bombinette, car 96 pages seulement (et il y a 48 photos de Ornan Roten, chez Sylph Editions à qui on doit les deux superbes livres-objet « AnimaIinside » et « The Bill ». Mais ce sera comme indiqué la suite de « Moby Dick » de Melville, où plutôt ce que Melville a apporté à Krasznahorkai. Sûrement pas comme celle de Pierre Senges « Achab, Séquelles » qui est en cours de traduction en anglais (Ahab (Aftermath)).
    Avis aux traducteurs (Cambourakis ? , Vagabonde ??)

    Ceci dit on cherche une traduction en français de « The Last Wolf » toujours de László Krasznahorkai. Ce n’est pas très long, 79 pages. Et les lecteurs se contenteraient de la première phrase. Ce qui ne fait que 78000 signes en tout. Il est vrai qu’il n’y a qu’une phrase, ce qui supprime des caractères de ponctuation.

    Ce n’est tout de même pas la mer à boire, beaucoup moins que de traduire un seul volume de « La Bibliothèque de Babel » de JL Borges (1.31 millions de caractères, dont 25 codants) ou pire encore, un livre de « Die Universalbibliothek » (La Bibliothèque Universelle), de Kurd Laßwitz, qui code sur 100 caractères.

    Publié par jlv.livres | 14 février 2017, 00:47

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « Élise et Lise  (Philippe Annocque) | «Charybde 27 : le Blog - 14 février 2017

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