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Notes de lecture 2017

Note de lecture : « L’incendie du théâtre de Weimar » (Jean-Yves Masson)

Rêverie historique, autour d’une nouvelle conversation avec Goethe.

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Robert Doolan, jeune citoyen britannique, séjourne à Weimar en 1825 pour apprendre la langue allemande. Il se lie d’amitié avec son professeur, Eckermann, déjà plongé dans l’œuvre de sa vie, l’enregistrement fidèle de ses Conversations avec Goethe, et se met à son tour à lui enseigner l’anglais. Johann Wolfgang Goethe (1749 – 1832) est déjà un vieil homme en cette année 1825, un peu édenté et souvent essoufflé, mais d’une force titanesque sous son apparente douceur.

«Oui, il se peut bien que le génie soit d’abord une extrême capacité d’attention, me dis-je ce jour-là en observant Goethe – d’attention à ce monde que la plupart des gens traitent comme s’il allait de soi. De cette capacité de prêter attention au réel, et donc de s’en étonner, naît la faculté de créer des relations, de mettre en rapport réciproque les choses les plus éloignées qui échappent à l’attention ordinaire, sans que ces rapports semblent arbitraires.»

Dans ce roman publié en 2014 aux éditions Verdier, récit érudit sans être intimidant, portrait magnifiquement nuancé d’un écrivain d’une énergie surhumaine, méditation sur les arts, sur les échanges entre cultures dans l’Europe du XIXème siècle et rêverie historique, Jean-Yves Masson imagine qu’Eckermann n’a pas tout dit : son narrateur, Robert Doolan, dont le nom est simplement cité à deux ou trois reprises dans les Conversations de Goethe avec Eckermann, raconte ses rencontres et conversations avec les deux hommes, et un épisode méconnu de la vie du grand écrivain.

«Les Entretiens avec Goethe, ce livre que j’admire tant (bien plus aujourd’hui que le Journal de Medwin), sont un ouvrage unique en son genre : un portrait en mouvement perpétuel, d’une vérité saisissante, ou l’on voit vivre le vieux Goethe tel que je l’ai moi aussi connu. On l’y entend parler comme s’il était encore là, devant vous, avec tout le magnétisme de sa présence.»

Après l’incendie du théâtre de Weimar, Goethe, un moment abattu par l’incendie de cette institution qu’il avait dirigée pendant de nombreuses années jusqu’en 1917, «bûcher de ses souvenirs», entreprend de dessiner des plans pour l’édification d’un nouveau théâtre, et d’organiser des représentations en plein air pour les habitants du grand-duché.

«De cette feuille aux bords brûlés semble monter de nouveau l’odeur des cendres. Avec elle, reviennent à mes oreilles le son aigrelet du tocsin, la clameur de la foule, le vacarme des ordres criés aux hommes qui luttaient contre le feu, la lueur des flammes qui montaient dans les ténèbres et firent rougeoyer les nuages jusqu’à l’aube, cette nuit-là. La nuit de l’incendie du théâtre de Weimar.
Serait-ce le réveil après un rêve ?»

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La Flûte enchantée. Mise en scène de Pet Halmen.

Le projet de Goethe, écarté du théâtre et du pouvoir, n’aboutit pas mais l’écrivain, grand admirateur de Mozart et de La Flûte enchantée dont il avait projeté d’écrire une suite, réussit à organiser une représentation privée et secrète de l’opéra à son domicile. Le roman évolue alors vers des pages superbes sur cet opéra, dans lequel le héros finit par démasquer et triompher de la Reine de la nuit, symbole de tout ce qui s’oppose aux Lumières, «nuit d’ignorance et de terreur dont toute âme est issue, qui environne l’âme dans l’enfance et dont il faut se dégager pour prendre le chemin qui conduit jusqu’au domaine où règne la Raison». L’évocation vibrante des personnages de l’opéra de Mozart, de la nécessité de bâtir pour faire triompher les arts et la raison luisent dans la ville de Weimar d’une lumière radiante d’un éclat nécessaire.

«Mon œuvre est le produit d’un être collectif, et elle porte le nom de Goethe, voilà tout. Si tout est vrai dans mes Mémoires, c’est parce que rien n’y est platement réel comme le voudraient ceux qui ne savent pas ce qu’est l’art. Il en va de mes Mémoires comme de la Comédie de Dante, où tout doit être cru sur la foi du témoignage du poète, mais où aucun détail ne reste privé de sens. Voilà ce que veut dire le titre sur lequel beaucoup se sont extasiés sans comprendre : Vérité et poésie. À votre tour d’inventer mes enfants ! C’est la poésie qui sauve la vérité. C’est là que certains de nos petits messieurs romantiques, épris d’archaïsme et d’authenticité, sont incapables de comprendre. Ils veulent devenir les empereurs des Lettres, ils se déchireront entre eux pour cela, et ils oublieront que les Lettres sont une République ! Personne ne peut prétendre la régenter

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Jean-Yves Masson. Photo ® Barbara Niggl

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « L’incendie du théâtre de Weimar » (Jean-Yves Masson)

  1. Voila qui m’a l’air passionnant. Ça donne envie d’aller revisiter ce vieux fou (sic) de Goethe .

    Publié par L'Ornitho | 2 février 2017, 00:05

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