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Général

Les lectures les plus marquantes de Charybde 7 en 2016.

Éblouissements et coups de poing littéraires de l’année 2016.

 

 

Avant l’ouverture de la librairie Charybde, je n’achetais pas toujours (et même pas souvent) mes livres dans une librairie (indépendante). Ainsi, au moment de choisir des œuvres récemment parues, j’avais souvent la sensation de tâtonner dans une pièce noire, où seule une table de dimensions modestes avec quelques livres se trouvait sous une lampe à l’éclairage vacillant, le reste de la grande bibliothèque étant plongé dans l’ombre.

Depuis le début de l’aventure de Charybde en 2011, grâce à la curiosité et à la passion de toute la « communauté » qui gravite autour de la librairie, j’ai le sentiment d’être à la fois l’hôte et la convive chanceuse d’un festin infini. Et si mes journées restent manifestement trop courtes pour combler toutes les envies de lecture, les réelles déceptions sont devenues extrêmement rares, et les éblouissements, qu’ils soient doux ou violents, beaucoup plus fréquents.

Sur 200 livres lus en 2016, voici donc la liste de ces éblouissements, les dix-neuf livres qui m’ont le plus marqués, une liste forcément subjective et amenée à évoluer au fil du temps.

Comme en 2015, je n’ai pas inclus dans cette liste les quelques livres que j’ai pu lire récemment mais qui ne seront disponibles en librairie qu’en janvier ou février 2017, tout particulièrement ceux de Claro, d’Andrus Kivirähk, de Maryam Madjidi ou de Federico Mastrogiovanni.

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mourir_et_puis_sauter_sur_son_chevalEugenia Almeida, L’échange (Métailié, 2014), un journaliste s’obstine à enquêter sur un fait divers tragique, malgré l’interdiction de son journal et les menaces grandissantes. Un roman politique et métaphysique, hanté par l’héritage noir de la dictature argentine, glaçant et magistral.

Iain Banks, Un chant de pierre (L’œil d’or, 1997), dans un pays imaginaire de forêts et de landes dévasté par la guerre civile, le récit complexe, énigmatique et vénéneux d’un châtelain en fuite avec son épouse, rattrapé par une bande de militaires pillards en plein chaos et assigné à résidence dans son château .

David Bosc, Mourir et puis sauter sur son cheval (Verdier, 2016), la trajectoire et le journal intime d’une jeune artiste espagnole qui se jetât nue par la fenêtre de son immeuble en septembre 1945, pour évoquer le désir incandescent et le refus absolu de se conformer.

Emmanuel Bove, Mes amis (L’Arbre vengeur, 1924), un traîne-misère solitaire, affamé et terriblement naïf arpente Paris comme une ombre, tendu vers l’espoir d’une vie affective plus riche. Dépouillé et dérangeant, un roman d’une modernité impressionnante.

72dpi-couv-lesilenceJavier Cercas, Anatomie d’un instant (Actes Sud, 2009), décortiquer le coup d’état avorté du 23 février 1981 en Espagne, et le geste hypnotique et incompréhensible du président du conseil immobile et droit sur son siège pendant l’assaut, en une œuvre littéraire hybride éblouissante.

Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens (Verticales, 2016), une traversée du vingtième siècle autour de la vie de treize femmes illustres fondues en un unique «elle», icônes figées qui reprennent vie et mouvement  dans le rythme de cette épopée poétique et souterraine du siècle.

Hélène Gaudy, Une île, une forteresse (Inculte, 2016), tentative d’épuisement de l’histoire et du paysage même de la ville de Terezin, ville-ghetto, antichambre de la déportation vers les camps d’extermination pendant la seconde guerre mondiale, et surtout ville du mensonge, lieu d’une mystification nazie pour faire croire à l’existence d’un «ghetto modèle».

Barry Graham, Le livre de l’homme (Tusitala, 1995), souvenirs hyperréalistes du Glasgow des années 1980 sur les traces d’un ami écrivain disparu. Un roman nécessaire, brutal et lumineux.

Le_voyage_de_HanumanAndreï Ivanov, Le voyage de Hanumân (Le Tripode, 2010), la vie quotidienne et l’errance de deux compagnons d’infortune perdus dans un camp de réfugiés au Danemark. Un récit, vu de l’intérieur, de «l’encampement du monde» et un choc littéraire de grande magnitude.

Reinhard Jirgl, Le silence (Quidam, 2009), une histoire familiale pour dire un siècle allemand de guerres et de catastrophes, dans une langue réinventée d’une force exceptionnelle. Un roman=monumental, terrible & somptueux.

Quentin Leclerc, Saccage (L’Ogre, 2016), une puissante et singulière poétique du désastre dans un monde en décomposition.

Amos Oz, Judas (Gallimard, 2014), une réflexion admirable sur les figures du traître, sur les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, dans un magnifique roman en huis-clos au cœur de la Jérusalem divisée de 1959.

Patrick Pécherot, Une plaie ouverte (Gallimard Série Noire, 2015), une enquête à l’ombre de Rimbaud sur un crime et une folie cachés au cœur falsifié de l’histoire de la Commune. Somptueux et noir.

A_la_lumiere_de_ce_que_nous_savonsZia Haider Rahman, À la lumière de ce que nous savons (Christian Bourgois, 2014), les retrouvailles de deux anciens amis en septembre 2008 en pleine crise financière, leur origine sociale et leurs trajectoires de vie, formant un roman épique et spectaculaire qui plonge dans toutes les crises du monde contemporain.

Luke Rhinehart, L’homme-dé (L’Olivier, 1971), l’un des livres les plus jubilatoires lu en 2016 : le psychanalyste Luke Rhinehart transforme son existence en un immense jeu de hasard, le jour où il décide que chacune de ces décisions sera dorénavant prise en jetant les dés.

W. G. Sebald, Les émigrants (Actes Sud, 1992), rassembler les traces, recomposer les histoires d’individus hantés par l’exil et la disparition, et par des souvenirs traumatiques qui un jour les rattrapent inéluctablement.

Lyonel Trouillot, Kannjawou (Actes Sud, 2016), chronique et destin d’une bande d’amis à Port-au-Prince, pour dire la vie des haïtiens dépossédée de leur avenir par l’occupation internationale.

Romain Verger, Ravive (L’Ogre, 2016), neuf nouvelles diaboliques et somptueuses où le réel se dérobe sous les assauts de l’angoisse et de sourdes menaces et mute vers l’épouvante, d’une beauté singulière.

Bernard Wallet, Paysage avec palmiers (Tristram, 1984), souvenirs fragmentaires de la guerre au Liban comme des instantanés, déflagrations mentales et sensorielles éternellement présentes.

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Excellente année 2017 à tous et belles lectures !

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P.S. en forme d’aveu : cette liste aurait dû en réalité compter vingt-trois livres, et inclure À la vitesse de la lumière de Javier Cercas, ainsi que Les anneaux de Saturne, Austerlitz et Vertiges de W.G. Sebald, lus et relus en 2016.

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

7 réflexions sur “Les lectures les plus marquantes de Charybde 7 en 2016.

  1. Moi aussi « Le silence » m’a marqué, mais pas dans le même sens 🙂

    Publié par Goran | 7 janvier 2017, 11:46
  2. L’homme-dé : génial !
    Merci pour led autres conseils de lecture.

    Publié par Gaëtan | 7 janvier 2017, 22:25
  3. J’ai un peu moins lu (les livres récents) cette année
    Mais je suis en partie d’accord (en les mettant non pas par ordre alphabétique, mais de préférence)

    Zia Haider Rahman, À la lumière de ce que nous savons (Christian Bourgois, 2014), un très grand livre, que je rangerais plutôt sur des problèmes de double culture, littéraire et scientifique

    Antonio Lobo Antunes « De la Nature des Dieux » de (16, Christian Bourgois, 524 p.) traduit par Dominique Nedellec. LE livre (peut être le dernier) de ce grand auteur portugais. La conclusion de Cicéron est alors « consensus omnium populorum lex naturae putanda est » (le consensus du peuple doit être considéré comme la loi de la nature). Donc si les clowns sont d’accord, pourquoi se priver ?

    Reinhard Jirgl, Le silence (Quidam, 2009), que je relis en ce moment avec les deux précédents de chez Quidam « Les inachevés » (07, Quidam, 272 p.), « Renégat, roman du temps nerveux » (10, Quidam, 536 p.) un auteur allemand à (re)découvrir.

    Luke Rhinehart, L’homme-dé (L’Olivier, 1971), c’est vrai livre jubilatoire, c’est drôle et bien écrit

    Andreï Ivanov, Le voyage de Hanumân (Le Tripode, 2010), m’a un peu déçu, par rapport à la précédente sortie de MTL « La Maison dans laquelle » de Mariam Petrosyan traduit par Raphaëlle Pache (16, Monsieur Toussaint Louverture, 958 p.)

    Publié par jlv.livres | 8 janvier 2017, 07:51
  4. ce que c’est que (lire et) écrire trop vite
    j’ai oublié ceux qui ne sont pas (encore) dans la liste

    « The Fishermen » traduit en « Les Pécheurs » du nigérian Chizogie Obioma (16, L’Olivier, 298 p.). Roman, mi initiatique, mi tragédie antique transposée au Nigéria. De plus c’est un premier roman qui donc en préfigure d’autres.

    Traductions de « Cré na Cille » (édition originale en 49, réédité en 09, Clo Iar-Chonnachta Teo , 364 p.) de Máirtín Ó Cadhain, l’une « The Dirty Dust » (15, Yale Margellos, New Haven , 310 p.) traduit par Alan Titley, et l’autre « Graveyard Clay » (16, Yale Margellos, New Haven, 368 p.) traduit par Liam Mac Con Iomaire et Tim Robinson. Il n’est déjà pas très courant que le même éditeur publie presque simultanément le même texte sous deux traductions, ou alors l’original a des qualités exceptionnelles. souvent considérée comme étant un des ouvrages les plus importants du XX siècle (et pourtant il y a eu James Joyce, Samuel Beckett, sans oublier Flann O’Brien.
    « Cré na Cille » est un roman essentiellement constitué de dialogues, souvent savoureux, échangés dans un cimetière d’une petite ville irlandaise du Connemara.

    « Les Feuilles d’Ombre » de Desmond Hogan traduit par Serge Chauvin (16, Grasset, 224 p.) narre une histoire qui pourrait être considéré comme un roman d’initiation. On est dans l’ouest de l’Irlande, globalement après la guerre où Liam Keneally et Sean McMahon, le narrateur, grandissent. Elizabeth, la mère de Liam, « Mme Kenneally était l’épouse russe du Dr Kenneally ; une dame si belle, mûrissante, aux cheveux d’or. »
    A lire d’urgence son premier roman « Le Garçon aux Icônes » traduit par Pierre Demarty (15, Grasset, 256 p.), ainsi que le prochain (espérons) « The House of Mourning and Other Stories »

    « The Book of Portraiture » (06, FC2, 328 p.) avec un design de Robert Sedlack est un livre assez indéfinissable qui se présente sous forme de 5 chapitres de longueurs variables et de papiers plus ou moins colorés en brun très clair. Je sais, ce n’est pas cela qui fait la littérature. Le texte est imprimé avec différentes polices, en noir ou bistre. Des dessins, photos, sont intercalés, certains dessins sont de la main de Maria Tomasula. On retrouve en fait deux lignes importantes qui guident l’écriture de Steve Tomasula. Il en fait par ailleurs les bases d’une nouvelle forme du récit. Prenant en compte les aspects de la génétique et de la possible replication artificielle des gènes, replication avec possibilités d’introduire des erreurs, volontaires ou non, ce qui entrainerait l’émergence de nouvelles formes vivantes, donc une forme nouvelle d’art. Ce serait l’une des formes de cet art nouveau, combinant la génétique et l’information digitale. Ce sera bientôt traduit aux Editions HYX, les mêmes qui ont sorti « Ligatura, un opéra en plat-pays » (13, Editions HYX, 320 p.). a lire de toute urgence.

    « A Naked Singularity », de Sergio de la Pava (12, The University of Chicago Press , 690 p.) maintenant traduit en « Une Singularité Nue » histoire étonnante d’une journée ordinaire de Casi à NYCCC, le tout sur 42 pages de 11.33 à plus de 17.15, au cours de laquelle on voit défiler Mr Chut, Ben Glenn, Glenda Deeble, Robert Coomer et Terrens Laka, Rory Ludd, Ray Thomas, Darril Thorton, tous pour de petits délits (vente illégale dans le métro, petit vol, agression sexuelle). A chaque fois 1-2 pages suffisent à caractériser l’infraction, ses circonstances et sa sanction.

    Mais il y a mieux
    « Personae » (13, The University of Chicago Press , 201 p.) toujours de Sergio de la Pava. Pas encore traduit, c’est donc un (petit) livre de 201 pages de texte, divisé en 10 chapitres, qui commence par un meurtre et donc une enquête policière. Quoi de plus normal pour un roman. Là où cela se complique, c’est que ces chapitres comportent en fait 3 histoires séparées (The Ocean, Personae, Energias). Entre on a droit à deux extraits des carnets de la détective sur JS Bach, Glenn Gould et le silence anti-conspirateur (aconspiratorial silence). En plus, il y a deux oraisons funèbres, une histoire sur comment nager hors de la mer et le récit d’une mission suicide dans la jungle. Le résultat est que le lecteur sort du livre un peu comme après un cycle complet de machine à laver (propre sur soi, mais un peu fripé). Après étendage et séchage, le résultat est assez surprenant, et l’on en reprendrait bien un tour (un peu comme sur la chenille dans les foires, et maintenant à l’envers).

    Publié par jlv.livres | 8 janvier 2017, 08:41
  5. c’était effectivement (et c’est toujours) un grand livre
    surtout je pense sur les problèmes de culture

    cette année (et j’espère qu’ils serot bientot traduits)
    c’est le livre de Mairtin O’Cadhain
    et le (en fait premier) livre de Sergio de la Pava
    véritablement les chocs de 2016
    bonee année tout de même

    Publié par jlv.livres | 8 janvier 2017, 12:28
  6. Restent les inclassables, que le froid qui avait pris mon cerveau hier avait empêché de compiler.

    Le « Cendres des Hommes et des Bulletins » de Pierre Senges, avec de superbes dessins de Sergio Aquindo (16, Le Tripode, 320 p.). P oint de départ le tableau « Les Mendiants », peint en 1568. Comme le temps passe, mais les mendiants restent. Une demi-douzaine estropiée, car en fait ils ne sont que cinq, d’estropiés. Devrait-on alors dire estropiés au carré ? Après les pieds bots, les bras cassés, et autres possesseurs de deux mains gauches, la cour des miracles se peuple. Un pape, Célestin VI, élu à la place de Sylvestre IV grand favori. Tout cela parce que « quelqu’un dans la pénombre a confondu Salvatore Plombo le juste avec Silvano Piombo le niais ». La situation est similaire en France avec « Philippe, frère du prétendu roi Charles VII » usurpateur ayant « profité de la folie de son père Charles VI ». Idem en Angleterre où « Henri VI aurait dû demeurer Henri Tout Court », et laisser Jacinta Ire régner à sa place. Pas si simple d’être arboriculteur-généalogiste au service des rois. Et puis le sultan Alaeddin Ier qui « se prenait pour un tuteur au milieu des glycines » (j’ai du louper la contrepèterie) et Hans Van Der Dingen, banquier à Anvers avec « cinq ou six harengs couleur aurore boréale, en cercle autour de son chapeau ». Voilà la caravane qui passe, les chiens aboient, les pierres roulent et les ceintures sont dorées.

    Une traduction à venir, on l’espère. « The Book of Lazarus » (97, Fiction Collection Two, 496 p.) de Richard Grossmann. Pour faire suite à « Alphabet Man » traduit par Claro en « L’Homme Alphabet » (11, Lot49, Cherche Midi, 484 p.) et la troisième partie « Breeze Avenue » encore en création. (Il s’agit pas moins de plusieurs quelque 3 millions de signes, soit des dizaines de milliers de pages écrites dans plusieurs dizaines de langues (anglais, yiddish, latin, langage des signes), et incluant des photos et différents matériaux. Il devrait être initié, tout d’abord sous forme digitale avec 5000 volumes imprimés seulement.). Pour en revenir à « The Book of Lazarus » C’est une collection de textes et d’images, de longueur variables et de contexte tout aussi différents. Sans déflorer la suite, je dirai de suite que les différentes lettres ou en-tête, forment finalement un nom robert lazarus, on aurait pu s’en douter. Mais à feuilleter le livre cela n’est pas immédiatement évident. Le tout se termine par un poème en vers libre « The Crossing Guard » d’une vingtaine de pages. Il comporte aussi une suite de textes courts, quelquefois d’une ou deux pages, soit imprimés, soit simplement écrits, et de pages marquées par des aphorismes ou des courtes phrases. Ce sont les textes des « martyrs » et des « maximes ». Un long texte de 70 pages, sans ponctuation, en fait extrait de phrases, et signé Gerald, texte assez obscur ou long poème en prose. Un texte central, le long (125 pages) texte de Emma Stronghorse O’Banion
    Relire « L’Homme Alphabet » qui raconte l’histoire de Clyde Wayne Franklin, qui vient de sortir de la prison de Soledad, après un séjour en hôpital psychiatrique, il est vrai. « J’ai peu de temps, tout juste assez pour m’appliquer à écrire un livre qui prouve que je suis innocent de tous ces crimes atroces. » Sa particularité est d’être tatoué sur tout le corps par les lettres de l’alphabet, toutes sauf une. Il y a également un clown, Chuckles, pratiquement fou. « Ce clown aux grands yeux innocents est un type formidable ». Aux innocents, les mains pleines.

    « Animalinside» est un petit chef d’œuvre (10, Sylph Ed., London, 40 p.). L’ensemble est envoyé sous une enveloppe plastifiée avec leur catalogue. Le tout est en couleurs. Le texte de László Krasznahorkai est superbement accompagné de dessins de Max Neumann. En tout 10 dessins sur une demi-page, 2 pleine-page et un sur page double. Une page est même composée de trois feuillets (texte et dessin).
    « Seiobo There Below» (Seiobo járt odalent), également de László Krasznahorkai, en cours de traduction chez Cambourakis. En tout, 17 histoires, les unes situées au Japon, d’autre non, mais dans toute l’Europe et à tous les âges. Toutes ont trait à une expérience esthétique. Les histoires sont numérotées suivant une suite de Fibonacci, où chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent (1, 2, 3, 5, 8, 13, 21), indiquant que chaque histoire est en fait la somme des précédentes, produisant une sorte d’accélération des réflexions de László Krasznahorkai.
    Et puis attendre mars 17 pour le (surement fabuleux) «The Manhattan Project» (17, Sylph Ed., 96 p.), toujours de László Krasznahorkai. La suite (et la fin ?) des aventures de Moby Dick, Achab et autres animaux étranges.

    En attendant « La Baleine thébaïde » de Pierre Raufast (17, Editeur Alma, 218 p.) m’a beaucoup déçu. C’est une suite d’histoires plus ou moins emboitées. Cela se lit vite, et j’en ai peur s’oublie aussi rapidement.

    « Quoi faire » de Pablo Katchadjian (16, Le Grand Os, 104 p.), il s’agit d’un petit livre d’une centaine de pages avec 50 chapitres (?), chacun racontant une histoire irracontable où Alberto et le narrateur déambulent dans une université anglaise. Le quatrième de couverture donne un indice: « Si les contenus sont irrationnels, le système des contenus, lui, est la seule chose rationnelle ». Une chose en reste : ils ont les poches pleines de beurre froid.
    « El Aleph engordado » (Imprenta Argentina de Poesia, IAP 2009, tiré à 200 exemplaires) qui me fait déjà saliver. A quelques 4000 mots de l’original « Aleph », Pablo Katchadjian a ajouté 5600 autres. Ce qui, évidemment n’a pas plu aux héritiers de Jorge Luis Borges, d’où procès intenté par sa veuve Maria Kodama (et le soutien de nombreux auteurs hispanisants). On trouve le texte en pdf sous http://tallerdeexpresion1.sociales.uba.ar/teoricos/ et l’index Katchadjian, Pablo, El Aleph engordado.
    Je place ici la première partie de la première phrase dans les deux versions, de Borges (JLB) et de Katchadjian(PK).
    « La candente mañana de febrero en que Beatriz Viterbo murió, después de una imperiosa agonía / que no se rebajó un solo instante ni al sentimentalismo ni al miedo, noté que las carteleras de / fierro de la Plaza Constitución habían renovado no sé qué aviso de cigarrillos rubios » (JLB)
    (La brûlante matinée de février au cours de laquelle mourut Beatriz Viterbo, après une impérieuse agonie qui pas un seul instant ne se rabaissa au sentimentalisme ni à la peur, je remarquai que sur les porte-affiches en fer de la place de la Constitution on avait renouvelé je ne sais quelle annonce de cigarettes de tabac blond)
    « La candente y húmeda mañana de febrero en que Beatriz Viterbo finalmente murió, después de una imperiosa y extensa agonía que no se rebajó ni un solo instante ni al sentimentalismo ni al miedo ni tampoco al abandono y la indiferencia, noté que las horribles carteleras de fierro y plástico de Plaza Constitución, junto a la boca del subterráneo, habían renovado no se qué aviso de cigarrillos rubios mentolados » (PK)
    (Le matin chaud et humide de Février pendant lequel Beatriz Viterbo est finalement morte, après une impérieuse et longue agonie qui ne se rabaissa pas un seul instant au sentimentalisme, ni à la peur, ni non plus à la négligence et à l’indifférence, je remarquai que les horribles panneaux de fer et de plastique de Place de la Constitution, à côté de la bouche du métro, avaient été rénové je ne sais quel affiche de cigarette blonde mentholée)

    Sortie aussi de la traduction anglaise de « Zettel’s Traum » de Arno Schmidt, sous le titre de « Bottom’s Dream » traduite par John E. Woods (16, Dalkey Archive Press, 1496 p.). Livre quasi illisible, écrit sur trois colonnes, 1.6 kg, format A3, peu pratique à lire dans le métro. Arno Schmidt y explique sa décomposition des mots en « Etyms », conformément à la théorie du langage. Chacun d’entre nous possède deux langages. L’un, le langage ordinaire et usuel, consiste en des mots ordinaires « Hoch=Worte » et est du domaine du conscient. Le second est le langage du subconscient et utilise ce que Schmidt appelle des « Etyms ». ce qui fait qu’Arno Schmidt utilises une combinaison de 34 signes y compris la ponctuation tels que :, :, !, “, -, “, =. It Resultat “Moment=bitte -:. ;: !” le signe = indique une pause, suivie par la virgule et le pont d’exclamation. De même, ces derniers n’ont pas toujours la même signification (“ ! … ! … ! …!…”) ou “!.!.!.!.”. On trouve donc des “-. -. -. -. / « ? » : « – ; . . . ! ». / -. -. -. -. / : : “ or “So tell me : how is she related t’ you – xactly ? ».

    Je voudrais revenir aussi sur Opicinus de Canistris « Dialectique du Monstre ». J’ai découvert cet ouvrage de Sylvain Piron (15, Editions Zones Sensibles, 208 p.) par la critique (et la carte en couleur) du Monde (18 décembre 2015), ce qui m’a fait aussitôt le rechercher et le lire.
    Voir le très beau site http://dialectiquedumonstre.net/).
    J’ai relu le livre de Sylvain Piron, et je dois dire que j’ai été à la fois frustré et déçu, (mais ravi tout de même). Frustré car je n’ai pas du tout été pleinement convaincu de l’approche psy prônée par l’auteur et la postface. Déçu, car le coté fantastique des dessins est gommé (alors que c’est leur originalité qui a tout de suite motivé cet achat et lecture, d’après la photo du Monde. Ravi cependant par le bel objet littéraire produit par l’éditeur Zones Sensibles.
    Il y a dans ces dessins une dimension ésotérique évidente. On ne voit pas pourquoi un scribe, personnage officiel de la Pénitencerie Pontificale, aurait pu passer une partie de sa vie à dessiner et à produire des parchemins (chose rare et chère à l’époque) sans qu’il y ait une partie de message à transmettre, et ce avec la bénédiction (c’est le cas de le dire) des autorités religieuses. Qu’un obscur moinillon dans un couvent perdu puisse donner libre cours à ses divagations, passe encore, mais que cela soit couvert par le Pape lui-même (même en tant qu’antipape) est plus surprenant.

    A signaler aussi, dans un tout autre genre « Le Temps Sacré des Cavernes» (16, Corti Biophilia, 384 p.) de Gwenn Rigal. Une très bonne synthèse des diverses théories émises au sujet des grottes ornées (Lascaux, Chauvet, etc…). et puis c’est un soutien aux Editions Corti

    Voilà c’était un rajout aux (excellentes) critiques de Madame 7 et de Monsieur 2 (c’est une tradition à Charybde & Scylla, un peu comme chez les Capet, ou tous s’appelaient Louis, mais que l’on sériait par leur numéro.)

    Publié par jlv.livres | 9 janvier 2017, 02:28

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