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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Le fasciste et le président » (Gérard Bon)

Le chemin de croix haut en couleur d’un vieillissant journaliste d’extrême-droite, en plein cynisme françafricain.

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Avec ce roman de Gérard Bon publié en 2011 chez L’Écailler, j’ai été confronté à l’un de ces relativement classiques dilemmes de lecteur-chroniqueur : comment rendre compte honnêtement d’un texte qui, loin d’être mauvais (l’écriture en est même d’une redoutable et facétieuse élégance), m’apparaît hélas simplement superflu, proposant un parcours qui existe déjà – en mieux – ailleurs. Loin d’une vaine quête d’originalité à tout prix (qui n’est pas, sans doute, le propos principal de la littérature que j’aime – quoique…), le roman regroupe cependant un ensemble de thématiques exprimées souvent avec plus de puissance dans d’autres ouvrages.

C’est son ultime voyage présidentiel, comme le dernier tour de piste d’un vieux cheval de manège.
À bientôt soixante ans, il est conscient d’avoir passé l’âge de courir d’Asie en Afrique et d’Afrique en Amérique du Sud dans le sillage de chefs d’État qu’il a toujours exécrés. Mais ce qu’il ne supporte pas, c’est d’avoir été mis au rancart sans préavis et sans motif valable, comme une chemise sale !
Il se sent, vous savez, comme ces vieux chimpanzés pouilleux et acariâtres que l’on chasse à coups de dents.
« Il faut partir, Michel, cela fait trop longtemps que tu es là. », lui a expliqué son rédacteur en chef. Tu parles ! Comme s’il ne coulait pas de source que l’ordre venait d’en haut, de la présidence !
Tout le monde a remarqué que le chef de l’État le battait froid. Pas un bonjour, pas un regard et, surtout, le refus obstiné de répondre à ses questions, que ce soit en petit comité ou lors des conférences de presse.
Veut-il lui faire payer son fichu caractère ? Sa réputation de journaliste politiquement incorrect ? Ou obéit-il à d’autres motivations plus secrètes, plus personnelles ?
Toujours est-il que, dans moins de deux mois, Michel Brouwer se retrouvera au mieux chômeur, au pire retraité avec une pension réduite à la portion congrue. Et encore ! Si l’État n’a pas implosé d’ici là et, avec lui, le versement des retraites.

L’histoire pourrait être poignante et captivante, celle d’un journaliste proche de la retraite, blanchi sous le harnais du service des voyages présidentiels français, accompagné d’une solide réputation de réactionnaire ayant jadis fait sans doute davantage que flirter avec l’extrême-droite (les confidences du héros-narrateur nous affranchiront à un moment sur ce point), affligé désormais d’une légère hypocondrie qui lui fait deviner un cancer de la prostate, témoignage d’une certaine autre tradition familiale, dans les indices à tordre le cas échéant, mâle solitaire vieillissant rêvant de se voir beau dans les yeux des jeunes femmes, embarqué dans un voyage de presse en Afrique par un président de roman à clefs (peu discrètes) qui fut président du FMI et qui traîne une solide réputation de libertin déchaîné.

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Brouwer l’a toujours dit : bien qu’elle soit plus discrète qu’en Sicile ou au Mexique, la corruption est une spécialité française, et la classe politique un nid de vipères. S’il exagère ? Allons donc ! Ne traite-t-on pas depuis des décennies le pays des droits de l’homme de république bananière ?

Las, Olivier Martinelli (« L’ombre des années sereines »), ou bien entendu Mehdi Charef (« Le harki de Meriem »), sont nettement plus profonds et plus efficaces lorsqu’il s’agit de transcrire le traumatisme et la rage de la fin de l’Algérie Française, Thierry Marignac (« Fasciste ») et Jérôme Leroy (« Le Bloc ») sont de bien plus enthousiasmants et fins décrypteurs des mouvances et des filiations de l’extrême-droite française, Ahmadou Kourouma (« En attendant le vote des bêtes sauvages »), Alain Mabanckou (« Black bazar »), In Koli Jean Bofane (« Congo Inc. – Le testament de Bismarck »), Ken Bugul (« Aller et retour »), ou encore Kossi Efoui (« Solo d’un revenant ») sont de bien plus puissants pourfendeurs de la Françafrique, et même le sulfureux et indigeste Marc-Edouard Nabe (« L’enculé ») est plus drôle lorsqu’il s’agit de s’en prendre à une certaine aura de DSK au moment de l’affaire du Sofitel. « Le fasciste et le président » vient ainsi, de facto, après – comme une lecture d’appoint, pas du tout inintéressante, au contraire, mais assez peu vitale, et une fois que l’on aura parcouru ces textes globalement plus forts.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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