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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Écrire dans une langue étrangère » (Etel Adnan)

La palette multiple des identités et des talents d’Etel Adnan.

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Née en 1925 à Beyrouth d’une mère grecque de Smyrne et d’un père beaucoup plus âgé, un homme du XIXème siècle originaire de Damas, dans une Syrie qui faisait alors partie de l’empire ottoman, Etel Adnan a grandi entre le grec, le turc (que ses parents parlaient entre eux), l’arabe (la langue maternelle de son père qu’il a tenté en vain de lui enseigner) et le français (elle a été éduquée dans l’école d’un couvent français au Liban).

Dans ce texte initialement publié en 1984 en anglais, revu et traduit par Patrice Cotensin en 2014 pour les éditions de L’Échoppe, elle évoque sa trajectoire, baignée dans un tissage de cultures et de langues dès l’origine, une multiplicité encore plus grande à partir de la seconde guerre mondiale lorsque Beyrouth devint une importante cité internationale et fut gagnée après-guerre par une activité culturelle intense, fragmentée entre des groupes linguistiques qui ne se mélangeaient pas, portant déjà en germe les tragédies ultérieures.

«Beyrouth devint un microcosme, un petit cyclone mêlant guerre et amusements. On n’y voyait pas la vraie guerre, mais les armées qui mettaient le monde en pièces.»

Etel Adnan étudie ensuite la philosophie à la Sorbonne, avant de s’envoler pour Berkeley en 1955. Fascinée par les Etats-Unis et l’apprentissage oral de la langue américaine, elle s’éloigne alors de l’écriture.

® Etel Adnan. Sans titre, 1970.

«J’écrivais peu alors car j’étais dans un état de découverte permanente : tout un monde nouveau s’ouvrait jour après jour, y compris la découverte de la Nature en tant que force, que beauté obsédante, que rêverie éveillée. Conduire une voiture sur une autoroute américaine c’était comme écrire un poème avec son propre corps.»

Aimantée tour à tour par ces lieux autour du globe en pleine effervescence, elle commence à écrire de la poésie en langue anglaise en manière de protestation contre la guerre du Vietnam. L’ancrage de sa poésie dans l’engagement politique se poursuit lorsque plus tard elle ne peut plus à écrire en français, ejectée de cette langue en pleine guerre d’Algérie.

Dans ce texte d’une trentaine de pages, Etel Adnan réussit à évoquer avec concision, poésie et profondeur sa trajectoire dans les langues qui est aussi une traversée du XXème siècle, et la multitude linguistique, culturelle et artistique qui l’habite. Étrangère partout sans jamais être exilée, cette femme qui a vécu le siècle dans un présent perpétuel avec tant d’intensité, raconte comment les lieux et les langues ont influencé de manière déterminante son écriture, et plus tard son éclosion en tant qu’artiste peintre, pour compenser en peignant l’impossibilité d’écrire dans une langue arabe, un paradis interdit qu’elle ne maîtrisait pas.

Dans un monde en pleine crispation sur des identités fermées, lire ce texte court et passionnant d’une grande artiste apparaît comme une ouverture plus que jamais nécessaire.

«Un poète est avant tout, la nature humaine à son état le plus pur.»

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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