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Notes de lecture 2012

Note de lecture bis : « Le livre de Jon » (Eleni Sikelianos)

Saisir en un texte fragmenté, tragique et tendre, le portrait d’un père quasiment inconnu.

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Le livre de Jon

«Ces histoires ne seront pas cousues pour former une couverture sans la moindre couture, susceptibles de recouvrir les traces de cette famille. Dans ce récit, toutes les failles sont visibles, elles saillent telles des cicatrices, elles cèdent aux coutures ou n’ont tout simplement jamais été rapiécées. »

Paru en 2004, et traduit en français par Claro pour les éditions Actes Sud (2012), «Le livre de Jon» rassemble, sous toutes les formes que la mémoire et l’imagination veulent bien livrer, les souvenirs de Jon, le père d’Eleni Sikelianos. Un père absent, accro à l’héroïne et à l’alcool, et retrouvé finalement mort en 2000 dans la chambre d’un motel d’Albuquerque après des années d’autodestruction. Un père dont l’addiction à la musique, aux livres, aux arbres et aux animaux est ainsi évoquée par touches, dans les méandres de sa vie éparpillée.

jon_holding_eleni«Dans le bras de mon père se trouve cette substance sucrée et le thé et l’amour d’une cuillère, une ficelle, un garrot. Dans son bras se trouve le triangle des Bermudes. Dans le bras spirituel de mon père dans la nuit est la nuit il s’inquiète du sort des scolytes des ormes qui meurent de faim. Dans le bras spirituel de mon père il y a une photo de moi quand j’étais bébé j’ai un crâne mou, il l’embrasse. Au milieu du bras spirituel de mon père il y a maintenant de petites rafales de neige, à peine visibles maintenant, et des petites gouttes de sang sur les touches de piano. »

Lettre à Jon, notes en vue d’un film, histoires entendues, inventaires des maigres souvenirs, rêves, bribes, etc., Eleni Sikelianos en appelle à toutes les formes pour rendre compte de la vie disloquée de Jon, de sa place dans la famille et de ses talents multiples. Elle emprunte les routes multiples de la mémoire, révélant dans leur enchevêtrement les trous de sa propre identité du fait de ce manque de père. Pour épuiser la colère de l’absence de Jon, ne plus avoir à rêver d’une autre enfance, elle assemble avec tendresse les morceaux épars de l’histoire de son père pour sa propre reconstruction.

«Ça a été dur pour lui de renoncer à la jeunesse ; dur de renoncer à l’idée qu’il pouvait tout faire ; un homme qui aurait à jamais 20 ou 30 ans dans sa tête ; pas équipé psychologiquement pour l’âge d’homme.»

Ce qu’en dit mon ami et collègue Charybde 2 sur ce blog est ici. Ce qu’en dit Frédéric Fiolof sur La Marche aux pages est ici.

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eleni2

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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