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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « À petites foulées » (Javier Cercas)

Cauchemar éveillé.

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En sortant un dimanche matin pour faire son jogging, Mario Rota, professeur de linguistique d’origine italienne à l’université d’Urbana, se tord la cheville. Lorsqu’il rejoint son appartement en boitant, il fait la connaissance de son nouveau voisin, M. Berkowickz, et apprend que cet homme va dorénavant être son collègue puisqu’ils vont travailler dans le même département à l’université.

À partir de cet incident mineur provoqué par un simple faux pas, et de l’arrivée de cet encombrant voisin, son existence se dérègle et part à vau-l’eau. Face à un Berkowickz érudit et sûr de lui, qui semble être son double inversé, Mario Rota commence à être assailli par les doutes, la culpabilité et par le sentiment de son imposture. Et pourtant Mario, qui entretient apparemment un rapport compliqué avec la réalité, encaisse sans broncher les coups durs successifs, professionnels et personnels, semblant se déplacer dans une atmosphère brumeuse, dont l’ambigüité entre rêve ou cauchemar évoque celle des nouvelles de Roberto Bolaño.

Plongé dans cette ambiance somnambulique en lisière du fantastique, il a l’impression que plusieurs événements anodins se reproduisent en boucle, comme ces conseils répétés de faire soigner sa cheville, par tous ceux qui soulignent que «parfois les choses les plus bêtes nous compliquent la vie

À la suite de son déclassement professionnel, il doit partager son nouveau bureau avec le professeur Olalde, un espagnol laid et taciturne considéré comme un rebut de l’université mais qui, en dépit de l’avis général, semble être le seul qui énonce des points de vue tranchés et sans arrière-pensées, sur le milieu universitaire ou la littérature.

«- Un tas de médiocres : ils trouvent du mérite à lire ce que personne n’a voulu lire et, quand ils parlent, ils se pavanent comme des dindons et se croient autorisés à avoir une opinion sur tout parce qu’ils savent distinguer un manuscrit du XIIIe siècle d’un du XIVe. Ce que je n’arrive pas à saisir, c’est pourquoi, dans ce pays, on s’applique à les isoler dans ces camps de concentration paradisiaques que sont les universités, à des centaines de kilomètres de toute terre habitée, au bout du monde, comme qui dirait. J’imagine qu’avant cela devait avoir du sens : le danger d’infecter la société avec des idées corrosives et tout et tout, vous voyez ce que je veux dire. Mais maintenant, dites-moi, comment diable vont-ils infecter la société s’ils n’ont pas une idée dans la tête, pas une seule. Ils ont des données, des dates et des statistiques, mais quant à avoir des idées, zéro.»

Ce court roman de Javier Cercas publié en 1989, traduit en 2004 par Elisabeth Beyer et Aleksander Grujičič pour les éditions Actes Sud, forme une critique d’un milieu universitaire peuplé de professeurs vaniteux et dogmatiques, un milieu ayant abdiqué toute ambition intellectuelle et dorénavant soumis aux luttes de pouvoir perfides et aux contraintes économiques, auquel fait écho (entre autres) le récent «noyau blanc» de Christoph Hein, et souligne comment une existence peut basculer dans un gouffre à partir d’une faille insignifiante, ou pas.

Javier Cercas sera l’invité de la librairie Charybde le 18 novembre prochain en soirée, pour fêter les parutions de son roman «Le mobile» et de son recueil de conférences «Le point aveugle» (Actes Sud, novembre 2016).

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

3 réflexions sur “Note de lecture : « À petites foulées » (Javier Cercas)

  1. J’ai noté les nouveautés de novembre. Un auteur que j’aime beaucoup

    Publié par jostein59 | 31 octobre 2016, 07:45

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « À la vitesse de la lumière  (Javier Cercas) | «Charybde 27 : le Blog - 2 novembre 2016

  2. Pingback: Note de lecture bis : « Le point aveugle  (Javier Cercas) | «Charybde 27 : le Blog - 22 novembre 2016

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