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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Les mamiwatas » (Marc Trillard)

L’envoûtement sexuel comme métaphore du rapport Nord-Sud contemporain, au Cameroun.

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Paru en 2011 chez Actes Sud, ce roman de Marc Trillard met en scène un Français expatrié, directeur d’une agence locale de l’Alliance Française, au Cameroun, agence en perdition au cœur de la région Sud-Ouest, qui concentre les minorités anglophones du pays. Il va vivre une rencontre amoureuse et surtout sexuelle intense, au long cours, l’entraînant au bord d’une spirale de déchéance et, potentiellement, de destruction.

Une bonne partie de la matière du livre a déjà été lue ailleurs (scènes d’émeutes africaines, rapports de séduction / prédation entre expatriés et locaux, corruption omniprésente,…), et j’ai donc du mal à m’en extasier. En revanche, le degré de violence sous-jacent des rapports inter-raciaux dans ce contexte a rarement été dépeint avec autant de dureté rageuse et parfois comme dépitée. L’intervention de la légende des « mamiwatas », génies des eaux se matérialisant pour ensorceler sexuellement les humains, ne peut pas faire oublier la perversion quasi fondamentale qu’engendre la disparité radicale de revenu et de patrimoine…

Pour ce qui est de mes sœurs ici je peux vous en parler. La moralité de mes sœurs. Vous savez, c’est un truc qu’elles ne peuvent pas se payer, hors de prix à jamais. En tout cas, l’immense majorité. Dans ce pays, la moralité, il faut un sacré caractère. Parce que le Cameroun a les dents, Monsieur. Vous connaissez ? Savez le sens ? (…) Le Camer a les dents, le Camer souffre, le Camer boit la tasse. Et tout le monde avec lui, les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux. Et comme personne n’aime souffrir trop longtemps chacun va chercher le moyen. Et c’est là que la moralité commence à boîter. Vous me suivez. Nous autres les hommes c’est le poing ou le couteau, faire la poche, faire la maison du pauvre bougre de frère. Ou c’est l’arnaque, à tout bout de champ, une seconde nature (…). Et puis surtout, loin devant, le gombo. La motivation. Vous avez déjà casqué la motivation, monsieur, n’est-ce pas ? (…) Alors maintenant, en termes de moralité, ma sœur, la femme camerounaise. Qu’est-ce qu’elle a, pour se battre ? Elle va se défendre avec quoi ? Avec ce que tout le monde veut s’offrir, moi le premier, et peut-être vous avant moi. Le merveilleux petit ensemble mobilier qu’elle porte sur elle. (…) Et on explique pourquoi il a poussé toutes ces dents dans la bouche de ce pays, mais vous le savez déjà, monsieur. J’ai connu l’époque où le professeur (…) n’avait pas besoin de vendre les notes qu’il distribuait sur les copies de ses élèves. Petite paie, mais ça allait encore. Puis crac, du jour au lendemain, le salaire coupé en deux. (…) La dévaluation. (…) Une purge. Ça venait de chez vous, du nord, pour remettre de l’ordre chez nous, là où il apparaissait que ça manquait. Ça passait bien au-dessus de nos têtes et je ne peux pas vous dire ce qu’on y a gagné, de la purge. Mais je peux vous dire ce qu’on y a perdu. Le comportement.

Une lecture intéressante donc, même comme un contrepoint parfois difficile à avaler, qui fera résonner des sons hélas bien tristes mais réels chez les amoureux de l’Afrique et les autres.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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