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Notes de lecture 2016, Nouveautés

♥︎ Charybde 1 : « La cage » (Kerry Howley)

Percutant. Fascinant. Humain, profondément humain.

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Que vous assistiez à un combat entre de véritables légendes vivantes du MMA ou entre des teigneux à moitié saouls nés au milieu des champs de maïs, il y a toujours un octogone, toujours une clôture, toujours un couloir d’accès réservé aux combattants. Il y a de la musique quand ils font leur entrée. Il y a des fans baraqués et des présentateurs bedonnants, des chariots remplis de bières fraîches et des projecteurs laser qui éclairent la cage du sol au plafond. Et, toujours, des filles de ring.

C’est en voyant Sean combattre dans une cage octogonale dans une salle de Des Moines, Iowa, que Kit connait sa première expérience extatique. Elle est étudiante en philosophie, elle vient de s’échapper d’un séminaire barbant sur la phénoménologie. Elle devient immédiatement accroc à la sensation qu’elle vient d’éprouver en voyant deux combattants de freefight ou MMA (mixte martial arts) se tabasser jusqu’au forfait. Elle décide d’en faire son objet d’études. Pendant deux ans, elle va jouer les spacetakers pour Sean et Erik, un rôle entre oreille amicale et présence attentive.

Erik et Sean n’ont rien en commun sinon le fait qu’ils pourraient, peut-être, devenir des légendes. Et le fait que Kit les ait choisis, en espérant une occasion de retrouver et d’analyser cette extase qu’elle a éprouvée, quand le combat devient ballet, quand la viande qui cogne contre la viande devient autre chose, quand elle-même échappe à son propre corps. Le premier est sur le point de prendre son envol, le second est sur la pente descendante, l’un est souple et dansant, l’autre encaisse de façon surnaturelle, l’un s’affame et s’assoiffe de façon spectaculaire, l’autre dépasse toujours le poids autorisé sur les pesées, l’un brûle les ponts autour de lui, l’autre cherche à rétablir une attache avec le monde ordinaire… Et, à leurs côtés, l’étudiante passe de la fascination à l’obsession.

Jobs pourris, respect variable, renommée fugace. Les combattants vivent dans un monde en vase clos, où seule est admise la réalité brute et simple. Os brisés, chair éclatée, nez cassé, ligaments déchirés, commotion cérébrale. La cage est aussi celle du corps, dont les combattants secouent les barreaux mais sans pouvoir s’en échapper totalement.

La Cage, c’est deux tranches de vie nues jusqu’à l’os, épaisses et humaines, et le regard touchant et de plus en plus halluciné d’une jeune étudiante qui s’enfonce à la recherche d’une expérience unique. Et qui embrasse tout un monde à bras le corps.

Kerry HOWLEY, La Cage (Thrown, 2014), trad. Sophie Renaut, éditions Vies Parallèles, août 2016.

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