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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Le premier aigle » – Navajo Police 13 (Tony Hillerman)

Braconnage rituel, meurtre d’un policier et microbiologie à la frontière hopi-navajo.

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Publié en 1998, traduit en 1999 chez Rivages par Danièle et Pierre Bondil, le treizième épisode de la saga policière navajo de Tony Hillerman retrouve la région des mesas – déjà parcourue notamment dans « Le vent sombre » -, presque à la frontière des anciens territoires communs navajos et hopis, dont la majeure partie a été donnée aux hopis lors d’un arbitrage fédéral datant de 1974-1975 (arbitrage par ailleurs réputé comme ayant été avant tout l’œuvre de lobbyistes payés par les grandes sociétés minières).

Il se souvenait que Yells Back Butte était une avancée de Black Mesa. Par conséquent, il ne devait pas être trop difficile de trouver la route du hogan, puis l’arroyo, et enfin Kinsman. À ce moment-là, il avait l’intention de lui donner des instructions très explicites sur la façon de se servir de sa radio, et sur sa manière de se comporter avec les femmes. Et pendant qu’il y était, lui ordonner de réfréner son comportement anti-hopi.
Cette attitude était le résultat du rattachement à la réserve hopi des terres sur lesquelles était située l’habitation de sa famille, quand le Congrès avait procédé au découpage de la zone occupée conjointement. La grand-mère de Kinsman, qui ne parlait que le navajo, avait été relogée à Flagstaff, où pratiquement personne ne parle cette langue. Chaque fois qu’il allait la voir, il revenait plein de colère.

Comme dans « Coyote attend », Jim Chee, toujours lieutenant intérimaire, se retrouve en première ligne en arrivant sur les lieux du meurtre d’un policier tribal, prenant presque en flagrant délit le coupable présumé, un hopi qui braconne à l’occasion les aigles protégés, certaines de leurs plumes étant essentielles pour divers rituels religieux de son peuple. Allant à nouveau, hélas pour lui, à la confrontation avec Janet Pete, pourtant tout juste rentrée de Washington pour se retrouver, scénario déjà familier, avocat de la défense commis d’office, face au D.A. et au F.B.I., ce dernier bureau étant toujours aussi peu sympathique aux yeux de Tony Hillerman.

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En fait, ce véhicule ne lui était pas inconnu : les pick-up Dodge Ram du début des années quatre-vingt-dix se ressemblaient beaucoup avec l’espace derrière le siège du conducteur, mais celui-ci était équipé d’un treuil, fixé sur le pare-chocs avant, et les dommages subis par l’une des ailes avaient été recouverts d’une peinture dont la couleur ne correspondait pas exactement. C’était le camion de Joe Leaphorn.
Chee poussa un soupir. Le destin semblait le mettre une nouvelle fois en présence de son ancien supérieur, réactivant indéfiniment le complexe d’infériorité qu’il ressentait en présence du Légendaire Lieutenant.
Mais il se sentit un petit peu mieux quand il eut réfléchi. Il était impossible que le meurtre de Kinsman puisse concerner Leaphorn. Le Légendaire Lieutenant était à la retraite depuis l’année précédente. Kinsman, qui était une toute nouvelle recrue, n’avait jamais travaillé pour lui. Il n’y avait entre eux aucun lien clanique à sa connaissance. Leaphorn avait dû venir voir un ami malade. C’était forcément l’une de ces coïncidences dont l’ancien lieutenant lui avait dit, une centaine de fois peut-être, de se méfier. Chee se détendit. Il regarda une Chevrolet blanche, qui roulait trop vite, franchir le portail d’entrée du parking en chassant de l’arrière. Une voiture appartenant au parc automobile fédéral. L’avocat de la défense, enfin. Maintenant on pouvait débrancher les appareils, arrêter les machines qui avaient permis aux poumons de Kinsman de continuer à se gonfler et à son cœur de battre durant tous ces jours, depuis que le vent de la vie qui avait soufflé en lui s’en était allé, emportant la conscience qu’il avait des choses vers sa dernière grande aventure.

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C’est en croisant une enquête « privée » conduite par Joe Leaphorn (avec l’aide non négligeable de son amie anthropologue Louisa Bourebonette) et celle, « officieuse » comme à ses plus belles heures, de Jim Chee, qu’un savant imbroglio – dont l’auteur a désormais le plus souvent le secret – se fera jour, sur le fond étonnant du contrôle des populations de chiens de prairie et de la recrudescence occasionnelle des cas de peste bubonique dans le Sud-Ouest américain, alors que l’industrie pharmaceutique, entité encore jamais mise en scène par Tony Hillerman, continue à l’époque comme aujourd’hui à favoriser inconsidérément l’émergence de bactéries antibio-résistantes.

– Cathy était une femme très sérieuse. Qui ne se dispersait pas. Elle ne parlait que du travail. Elle faisait une fixation sur la peste bubonique. Elle trouvait qu’il n’était ni plus ni moins criminel de protéger les citadins des classes moyennes de ces maladies infectieuses et de laisser les vecteurs de propagation agir à leur guise ici, au fin fond de nulle part, où ils ne tuaient que le prolétariat. Cathy tenait parfois des discours marxistes à l’ancienne.

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Tony_Hillerman

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À propos de charybde2

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