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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Coyote attend » – Navajo Police 10 (Tony Hillerman)

Dixième épisode, et sans doute l’un des sommets de la saga.

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RELECTURE

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Publié en 1990, traduit en français en 1991 chez Rivages par Danièle et Pierre Bondil, le dixième volume de la saga policière navajo de Tony Hillerman, après le coup de mou (relatif) de « Dieu-qui-parle », correspond pour moi à une sorte de point d’orgue de son œuvre.

La maîtrise narrative est devenue ici impressionnante, les intrigues sont complexes et foisonnantes, sans recours indu à des dei ex machina, l’anthropologie navajo est pleinement exploitée, sans lourdeur (et les quelques répétitions pédagogiques inévitables destinées aux primo-lecteurs de la saga restent très supportables pour les aficionados – même si la note du traducteur sur le pick-up truck, au bout de dix volumes, fait toujours autant sourire).

La licence littéraire sur les tâches réelles confiées à la Police Tribale Navajo étant mise en place depuis longtemps, l’articulation entre les deux détectives, Joe Leaphorn et Jim Chee, fonctionne à plein rendement, ayant su soigneusement éviter toute relation de type parrain-filleul pour permettre une évolution complexe, dans laquelle leurs vies personnelles respectives jouent également parfaitement leur rôle.

Il connaissait beaucoup mieux le policier qui avait procédé à l’arrestation, Jim Chee. Leurs routes s’étaient croisées à plusieurs reprises lors d’autres enquêtes. Un jeune homme exceptionnellement intelligent. Astucieux. Doté de réelles qualités. Mais il avait ce qui pouvait être un défaut fatal pour un policier. C’était un individualiste qui se conformait aux règlements quand, et si, ceux-ci lui convenaient. Et en plus de cela, c’était un romantique. Il voulait même être medecine-man. Cette idée fit sourire Leaphorn. Un Shaman-Policier Tribal. Les deux professions étaient totalement incompatibles.

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À la poursuite d’un vandale semblant s’amuser depuis quelques semaines à peindre certains rochers en bordure de route dans les Chuskas, le jeune policier Delbert Nez, croyant enfin l’arrêter, tombe nez à nez avec un vieil homme ivre qui le tue au pistolet. Jim Chee, arrivant sur les lieux, ne peut qu’extraire in extremis le corps de son ami qui n’est déjà plus que cadavre, hors de sa patrouilleuse en flammes, et arrêter en revanche le suspect quelques instants plus tard. Pour le FBI, responsable des enquêtes pour homicide sur la Réserve, l’affaire semble aussi simple qu’elle est tragique. C’est pourtant sans compter sur les coïncidences troublantes qui vont faire tiquer, chacun de son côté, Leaphorn et Chee. Ce serait aussi oublier le passé riche en Histoire et en histoires de ces confins de l’Arizona, du Nouveau-Mexique, de l’Utah et du Colorado, de leur place lors de la « conquête de l’Ouest », et des avidités multiples qui rôdent encore et toujours autour des divers patrimoines de la région.

Leaphorn ne dit rien. Cela l’intéressait. Ce pistolet que Pinto avait dans la main était un Ruger, un modèle onéreux, et pas ce que l’on s’attendrait à ce que quelqu’un comme lui possède. D’un autre côté, il pouvait y avoir mille explications justifiant qu’il en fût effectivement propriétaire.
– Peut-être n’étiez-vous pas au courant pour ce pistolet, suggéra-t-il.
C’était maintenant au tour de Mme Keeyani d’être surprise.
– C’est le frère de ma mère. Il ne s’est jamais marié. Il habitait là-bas à côté de chez ma grand-mère derrière la montagne Yon Dot.
Leaphorn n’avait pas besoin d’autres explications. Si Ashie Pinto avait été propriétaire d’un revolver Ruger qui coûtait cher, ses proches l’auraient su. Il ramena son regard sur le rapport du FBI, cherchant le nom de l’agent chargé de l’enquête. Theodore Rostik. Il n’avait jamais entendu parler de lui, ce qui voulait dire qu’il s’agissait d’un nouveau venu à l’agence de Gallup… soit qu’il fût quelqu’un de frais émoulu de l’Académie du FBI, soit qu’il s’agît d’un agent plus âgé exilé car considéré comme une cause perdue. Les agents qui montaient n’étaient pas envoyés dans des endroits comme Farmington, Fargo, Gallup ou autres villes considérées comme sibériennes par la hiérarchie du Bureau. C’étaient des cantonnements réservés aux hommes neufs n’ayant pas de relations politiques au sein de l’agence, ou à ceux qui étaient en rupture de grâce… peut-être pour avoir causé une publicité négative (le péché mortel pour l’agence), ou montré les signes d’une manière originale de réfléchir. Pour Leaphorn, le fait était que Rostik pouvait être exceptionnellement stupide ou exceptionnellement intelligent, l’un comme l’autre pouvant entraîner son exil. Mais il était infiniment probable qu’il s’agissait simplement d’un bleu.

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Zimmerman Library (University of New Mexico, Albuquerque)

Tout en affinant sans arrêt (plutôt que de n’en faire que de simples leitmotivs devenant peu à peu clichés chez d’autres auteurs) les caractéristiques de l’emprise du FBI sur les réserves indiennes, et des limites qu’il y introduit – thème que la lectrice ou le lecteur trouverait aussi au centre du magnifique film de Michael Apted, « Cœur de tonnerre » (1992) – comme la nature des convoitises qui peuvent si aisément entacher le travail des chercheurs et des scientifiques s’intéressant à la région, Tony Hillerman nous offre dans « Coyote attend » l’une de ses plus vertigineuses réflexions en action sur l’harmonie navajo, la culpabilité et les choix qui s’offrent à chacun, pour le meilleur et pour le pire.

Chee s’y rendit à pied. Il était de mauvaise humeur. Janet Pete savait qu’il serait de retour à Albuquerque aujourd’hui. Il lui avait écrit un mot le lui indiquant. Alors, peut-être qu’elle ne pouvait pas couper à cette tâche de Santa Fe. D’un autre côté, peut-être qu’elle aurait pu. Chee était dans le métier depuis assez longtemps pour savoir comment s’organisent les priorités lorsqu’il y a conflit entre devoir et désir.
Il traversa l’esplanade. Les feuilles tombées des sycomores volaient autour de ses pieds. Sa main lui faisait mal. Ses doigts refusaient de répondre normalement. Il se sentait découragé. Déprimé. Abattu. En proie au doute. Il trouva la porte du bureau de Tagert ouverte. Jean Jacobs était assise, les coudes posés sur la table, le menton dans les mains, le regard fixé sur l’extérieur. Elle semblait déprimée, abattue et en proie au doute.

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À propos de charybde2

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