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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Vie et mort de Paul Gény » (Philippe Artières)

Enquête et interrogation sur les traces d’un aïeul oublié, et de son assassin.

 

Vie et mort de Paul Gény

«N’est-ce pas au fond le rôle des écrivains que de bâtir les tombeaux des morts ? Qu’est-ce qu’écrire, disait Michel de Certeau, si ce n’est une pratique funéraire.»

Ce récit paru en 2013 dans la collection Fiction & Cie des éditions du Seuil, consacré à la vie et au meurtre du grand-oncle de l’auteur, Paul Gény, un philosophe jésuite français assassiné par un soldat d’un coup de baïonnette dans les rues de Rome le 12 octobre 1925, m’a permis de découvrir l’univers historique et littéraire singulier de Philippe Artières, éminent foucaldien, historien de l’écrit, des vies et écritures de criminels, de fous et de toutes les formes d’écritures ordinaires.

Philippe Artières se lançât dans cette aventure après avoir retrouvé dans la maison familiale des papiers, quelques lettres et articles de presse relatifs à ce drame. Arrivé à Rome comme pensionnaire de la Villa Médicis, il se replonge dans l’histoire de cet événement sur les lieux où il se produisit, et commence par prendre l’habit de son grand-oncle avec l’acquisition d’une soutane, qu’il revêt pour se promener en ville.

«Ma mère m’avait raconté l’anecdote alors que je n’étais qu’un enfant. Son grand-oncle Paul Gény, philosophe jésuite, avait été assassiné à Rome en 1925 par un fou. L’histoire avait sombré dans l’oubli. Mais en 2010, la mort de cet oncle a ressurgi. Au bénéfice d’un séjour à la Villa Médicis, je suis parti à Rome en quête de cet ancêtre au point de l’incarner.»

Après cette entrée en matière singulière d’un Philippe Artières habitué à multiplier les angles d’approche (en cherchant à incarner l’homme que fut Paul Gény en portant la soutane, en arpentant les lieux qu’il fréquentât, en déchiffrant archives et écritures ordinaires) et à les relier avec une grande finesse, le récit fait un détour sur les traces de la vie de Paul Gény, avant d’être relancé lorsque la quête de l’auteur le mène sur les traces et les archives d’un autre personnage oublié, Bambino Marchi, l’assassin de Paul Gény, interné en asile psychiatrique après le drame.

L’arrière-plan du récit est captivant, la montée du fascisme en cette année 1925 marquée par l’arrivée au pouvoir de Mussolini, et surtout les références aux travaux et à la lutte de Franco Basaglia pour la suppression des hôpitaux psychiatriques en Italie, menant à une conclusion intime et poignante, lorsque cette enquête rejoint le cœur de la vie et des préoccupations de Philippe Artières.

Nous aurons la joie de recevoir Philippe Artières chez Charybde le 16 juin prochain, pour fêter la parution de «Miettes» et de «Au fond».

Pour commander et acheter ce livre chez Charybde, c’est par ici.

Artières

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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