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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Tango de Satan » (László Krasznahorkai)

Glaçante et épique dissolution de liens sociaux dans la pluie et la boue hongroises.

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Publié en 1985, traduit en français en 2000 dans la collection Du monde entier de Gallimard par Joëlle Dufeuilly, le premier roman du Hongrois László Krasznahorkai me faisait de l’œil depuis longtemps et avec insistance, tant du fait de l’enthousiasme de ma collègue et amie Charybde 7 à propos de son « Guerre & guerre » (1999) qu’en vue de pouvoir apprécier prochainement le film éponyme de Béla Tarr dont il fut à l’origine du scénario en 1994, film célèbre ne serait-ce qu’au minimum par sa durée (7 h 30) et par sa technique (ses 150 plans-séquences montés en douze sections).

Un matin, à la fin du mois d’octobre, peu avant que les premières gouttes des longues et impitoyables pluies d’automne commencent à tomber sur le sol craquelé, à l’ouest de l’exploitation (et qu’une mer de boue putride rende les chemins vicinaux impraticables et la ville inaccessible jusqu’aux premières gelées), Futaki fut réveillé par le son des cloches. A environ quatre kilomètres au sud-ouest, près du hameau d’Hochmeiss, se trouvait bien une chapelle isolée, mais il n’y avait pas de cloche et le clocher lui-même s’était effondré pendant la guerre, quant à la ville, elle était trop éloignée pour que ses bruits s’égarent jusqu’ici. D’autre part, ce carillon, cette volée de voix triomphales ne semblaient pas éloignés, au contraire, c’était comme si le vent les avait détournés (« Quelque part près du moulin… ») pour les déposer ici.

Dans cette campagne hongroise pluvieuse et boueuse, tout est allé à vau-l’eau depuis la fermeture de la ferme collective qui représentait l’essentiel de l’activité ici, avant la chute du communisme. Ceux qui ont pu partir, qui avaient un peu de bien de côté, l’ont fait. Seuls sont restés les plus indigents, et quelques originaux décatis, ex-médecin au confort possible du fait d’un lointain héritage, ex-instituteur ne sachant que faire d’autre, aubergiste qui a acheté ici un lieu plus problématique qu’il n’y semblait d’abord, et qui doit désormais gérer sa mauvaise affaire, éleveurs journaliers et conducteurs de troupeaux se louant encore dans d’autres fermes en espérant amasser le petit pécule qui leur permettrait, dans leurs rêves incertains, de s’enfuir vers de nouveaux horizons. La vie s’écoule, morne, composée du carcan des regards échangés, des suspicions et des surveillances, des anciennes dénonciations peut-être, ou encore des secrets honteux qui restent le seul véritable partage de ces villageois. Le seul personnage qui semblait pouvoir donner un peu d’élan au village moribond, un technicien futé et charismatique, Irimiás, a disparu, mort dit-on, avec son acolyte habituel, Petrina, quelques années plus tôt, éteignant tout espoir de changement ou de simple ressource – comme on le dirait d’un avion en vrille – sur cette terre désormais livrée à la désolation.

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Ils avaient – ils le savent tous deux – commis une erreur ce matin lorsqu’ils avaient – en exigeant une explication immédiate – forcé la porte indiquée et ne s’étaient même pas arrêtés dans le premier bureau, non seulement ils n’avaient pas reçu d’explication, mais le « chef », éberlué, ne leur avait pas adressé la parole, s’était contenté de s’adresser aux employés de l’autre pièce (« Allez voir ce que c’est ! »), mais ils étaient déjà ressortis. Comment avaient-ils pu être aussi stupides ? Quelle bêtise ils avaient commise ! Ils n’avaient cessé d’accumuler les erreurs comme si ces trois jours avaient été trop courts pour qu’ils puissent se délivrer du mauvais sort qui pesait sur eux. Car depuis qu’ils pouvaient à nouveau respirer l’air libre et pur, déambuler dans les rues poussiéreuses, dans les jardins publics déserts, se ressourcer dans les reflets mordorés de la végétation entrant en automne, puiser des forces dans les regards brumeux des hommes et des femmes qu’ils croisaient, ceux de ces hommes à la tête baissée ou de ces tristes gamins adossés au mur, depuis lors, une malchance inconnue les poursuivait comme une ombre, une malchance sans forme précise qui surgissait ici dans la lueur d’un regard posé sur eux, se manifestait là à travers un geste, menaçante, inéluctable.

Lorsque les villageois découvrent un matin que Irimiás et Petrina ne sont pas morts, mais que les voilà de retour (la lectrice ou le lecteur en sauront davantage que les villageois sur la nature de ce retour, je vous laisse la joie éventuellement saumâtre de le découvrir, assez rapidement dans le roman), et que simultanément, une fillette, la simple d’esprit du village, meurt mystérieusement, un vent d’espoir et de folie se met à souffler sur la boue environnante, transformant les habitants en autre chose, ou en eux-mêmes, pour le meilleur et pour le pire.

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Si le décor et les circonvolutions de cette potentielle marche à l’abîme peuvent naturellement évoquer certains des aspects les plus sombres de l’oeuvre de Franz Kafka, rendre un écho comme assourdi de l’anthropologie de l’immobilisme d’un Klaus Hoffer (« Chez les Bieresch », 1979), voire résonner avec l’onirisme de l’effondrement d’un Mircea Cǎrtǎrescu (« Orbitor », 1996 ; « L’Œil en feu » , 2002 ; « L’aile tatouée », 2007), c’est sans doute avant tout dans la construction délétère et puissante d’une atmosphère grise de pluie et de boue, d’orage qui gronde et de sons incongrus aux connotations rapidement fantastiques, dans une mise en scène résolument physique et corporelle de la mesquinerie, de la petitesse, de la ruine et, plus que tout, du sentiment d’abandon, que László Krasznahorkai excelle, proposant ainsi, comme en une très noire convocation des « Saisons » (1965) de Maurice Pons, un singulier tango dont on se demandera, jusqu’au bout, quelle part éventuelle un Satan, de pacotille ou de métaphore glaçante, pourrait y prendre. Un grand livre, étouffant et sublime.

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Kerekes émit un ronflement terrible, ils se turent. Avec un étonnement mêlé d’inquiétude ils contemplaient cette masse inerte et tranquille, ce crâne couvert d’ecchymoses, ces souliers boueux dont les contours se dessinaient dans l’ombre du « billard », un peu comme on admire un fauve endormi, sous la double protection des barreaux et du sommeil. Halics rechercha et finit par trouver la complicité (d’un instant ? d’une minute ?) de l’aubergiste, cette chaleureuse fraternité, le plaisir des retrouvailles partagées par l’hyène prisonnière de sa cage et le vautour qui tournoie librement au-dessus d’elle, lorsque les exclus voient les portes s’ouvrir devant eux. Un énorme craquement les fit tressaillir comme si le ciel venait de se déchirer. Aussitôt l’auberge s’illumina, l’odeur du tonnerre s’insinua furtivement. « C’est pas tombé loin… », s’apprêtait à dire Halics, mais au même moment des coups furent violemment frappés à la porte.

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Ce qu’en dit Theo Thait, en anglais, dans The Guardian, est ici. Ce qu’en dit Jacob Silverman, toujours en anglais, dans le New York Times, est ici. Ce qu’en dit magnifiquement, enfin et en anglais également, Adam Thirlwell dans The New York Review of Books, est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

5 réflexions sur “Note de lecture : « Tango de Satan » (László Krasznahorkai)

  1. László Krasznahorkai, auteur hongrois, né à Gyula (Hongrie, frontière avec la Roumanie), le 05/01/54. Il effectue ses études à la faculté de Szeged, puis de Budapest, puis retourne en faculté d’art pour obtenir en 83 un diplôme en littérature et en hongrois. Il publie ses premiers textes dans un journal en 77, année où il devient documentaliste pour Gondolat, une maison d’édition, à qui est associée la librairie Gondolat Könyvesház à Budapest. Il vit habituellement dans un village près de Budapest. En ce moment, il bénéficie de la bourse du Man Booker International Prize auprès du Cullman Center à la New York Public Library pour écrire.

    Plusieurs romans dont sept traduits en français par Joëlle Dufeuilly :
    Tango de Satan (Sátántangó), roman, Gallimard, 00
    La mélancolie de la résistance (Az ellenállás melankóliája), roman, Gallimard, 06
    Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par les chemins, à l’est par un cours d’eau (Északról hegy, Délről tó, Nyugatról utak, Keletről folyó), roman, Cambourakis, 10
    Thésée universel (A Théseus-általános), récit, Vagabonde, 11
    Guerre & Guerre (Háború és háború), roman, Cambourakis, 13
    La Venue d’Isaïe (Megjött Ézsaiás), récit, Cambourakis, 13
    Sous le coup de la grâce, nouvelles, Vagabonde, 15

    Non traduits (ou en cours)
    Seiobo There Below (Seiobo járt odalent), roman, New Directions, New York, 08.
    Animalinside (Állatvanbent), nouvelles, Sylph Ed., London, 10.
    The Bill (Palma Vecchio-nak, Velencébe) poème en prose, Sylph Ed., London, 10.
    Destruction and Sorrow Beneath the Heavens (jan 16, Seagull books, 320 p.)

    Adaptations
    Satantango (Sátántangó) réalisé par Bela Tarr, 94.
    Les Harmonies Werckmeister (Werckmeister harmóniák), adapté de La mélancolie de la résistance, réalisé par Béla Tarr, 00
    Le Cheval de Turin, réalisé par Béla Tarr, 11

    En cours de rédaction Melville After the Death of Moby Dick

    Prix Kossuth 04
    Man Booker International Prize 15

    Tango de Satan (Sátántangó) Gallimard, 00, 290 p.
    Première publication en Hongrie en 85, donc encore sous influence soviétique déclinante.
    La vie (étrange) d’une petite dizaine de personnes dans un hameau reculé de Hongrie, plaine balayée par le vent et la pluie, où il ne se passe plus rien. Le premier chapitre débute avec le réveil de Fatuki par les cloches, sauf qu’il n’y a plus de cloches dans la chapelle voisine, elle-même au clocher effondré. Par ailleurs sa compagne, Mme Schmidt, elle aussi sort d’un cauchemar.

    « Un matin, à la fin du mois d’octobre, peu avant que les premières gouttes des longues et impitoyables pluies d’automne commencent à tomber sur le sol craquelé, à l’ouest de l’exploitation (et qu’une mer de boue putride rende les chemins vicinaux impraticables et la ville inaccessible jusqu’aux premières gelées), Futaki fut réveillé par le son des cloches. »

    Tout cela parce que deux individus, Irimias et Petrina, tous deux morts depuis 18 mois, sont annoncés comme étant de retour dans la région. Qui sont-ils, prophètes ou diables ? A signaler que ce nom d’Irimias est celui d’un chatreur de porcelets qui a beaucoup marqué l’auteur (LK) étant jeune (cf ses interviews). Irimiás est le centre du roman, émergeant de l’océan de boue et de pluie qui sépare le hameau de la ville. Il devient par la suite le messie, figure salvatrice: lui seul, pensent-ils, pourra redonner sens à leurs vies qui leur échappent.

    « Irimias [ ] c’est un vrai sorcier. Même avec de la bouse de vache il pourrait bâtir des châteaux »

    Irimisa est cependant un messie avec des relents sataniques, au passé trouble et aux intentions tout aussi peu claires. A présent il est écartelé entre le pouvoir qu’il exerce sur les habitants et une obséquiosité envers le pouvoir en place (cf le chapitre 2). La plupart des habitants du hameau ont déjà quitté les lieux. Ne restent qu’un médecin privé du droit d’exercer, un aubergiste qui se bat avec les toiles d’araignées, et quelques couples qui avancent des plans pour s’en aller mais sans savoir où s’installer. Reste aussi un directeur d’école qui n‘a plus d’élèves (sur les quatre, deux se prostituent et les deux autres courent les champs). En fait, tous ces gens souhaitent quitter le hameau. On est à la fin du système collectiviste, mais ce retour inopiné des deux compères va bouleverser tous leurs plans (si jamais il y en eut).

    Ce thème du messie, qui apporterait l’espoir d’une vie nouvelle et bien sur meilleure, apparaît sous plusieurs formes dans le livre. Elle ne débouche cependant sur rien d’autre qu’une absence totale de rédemption. Le thème est général dans l’univers désillusionné de LK.
    Y voir une critique des années passées et du système collectiviste, cela me parait assez étrange d’un point de vue date (le roman est sorti en 85). Le second chapitre, qui décrit l’arrivée et l’examen des deux compères par les autorités locales fait effectivement référence à ces turpitudes. Mais cela ne suffit pas à en faire une critique du régime.

    Reste le style, que l’on retrouve par la suite dans les autres livres de LK. Des phrases souvent longues, hachées de monologues intérieurs (c’est encore plus vrai dans « Guerre & Guerre »)

    La mélancolie de la résistance (Az ellenállás melankóliája), roman, Gallimard, 06, 394 pp.
    Le roman est construit sur un mode musical avec des mouvements.

    Tout débute dans l’atmosphère étouffante, la moiteur, les cris et les odeurs d’un wagon surchauffé dans un train traversant à grand-peine la plaine hongroise. Mme Pflaum rentre chez elle après un court séjour à la campagne. C’est autour d’elle que le roman est construit. Tout le monde dans le train sombre « dans la douce torpeur de la résignation ». Et cependant Mme Pflaum est angoissée, poursuivie par les tentatives lubriques d’un voisin, qui la poursuit jusque dans les toilettes. Singulière méprise car la pauvre Mme Pflaum, dont le soutien-gorge s’est dégrafé, est traitée d’aguicheuse par l’homme lubrique. Quand Mme Pflaum atteint enfin la ville, celle-ci est plongée dans l’obscurité « elle avait l’impression de déambuler dans un cauchemar ». Enfin (presque) au calme chez elle, elle se débat toujours, mais cette menace n’est jamais nommée. Elle croit apercevoir des ombres qui la suivent, qui se battent et qui l’effrayent.
    Elle croise aussi un tracteur pétaradant qui traine une remorque annonçant
    « LA PLUS GRANDE
    BALLAINE JEANTE
    DU MONDE »
    Ce qui n’est pas pour la réconforter« On se demandait si la fin du monde n’était pas imminente ». En fait l’arrivée de ce cirque va déclencher le trouble dans le village et provoquer une explosion de violence. Ni son intérieur très conformiste, à la limite petit-bourgeois, ni les opérettes retransmises à la télévision ne peuvent la protéger du désordre ambiant.
    Son ennemie, Mme Eszter, l’appelle à l’aide pour mener campagne contre la destruction,
    A cet instant, le roman bascule dans une seconde partie « les Harmonies Werckmeister » pour devenir quasi apocalyptique.
    Trois personnages dominent les deux tiers restants du livre. Janos Valuska est l’idiot du village, promu en prophète simplet. Il donne en spectacle le mouvement des planètes que sont le Soleil, la Terre et la Lune. Ces planètes, figurées par des alcooliques notoires vont interpréter les éclipses, spectacle qui permet de prolonger l’ouverture du bar. Intervient aussi György Ezster, un musicologue excentrique obsédé par les fameuses harmonies Werckmeister. Ce dernier, Andreas Werckmeister est un compositeur et organiste allemand (1645-1706), ami de Dietrich Buxtehude, qui a mis au point un système de division non régulière de l’octave (tempéraments inégaux). Enfin, sa femme, dont il est séparé, l’ambitieuse et manipulatrice Madame Ezster, encourage les émeutes pour mieux récupérer le pouvoir une fois le calme revenu. Intervient également la fameuse baleine, qui semble fournir à chacun l’image et la laideur du monde, répandant une ambiance de peur dans la ville. L’exposition de cette baleine sur la place publique entraîne une vague de paranoïa, d’émeutes et de violence. Ce moment critique libère les larmes et entame la mystérieuse décomposition du monde.
    Mais le cétacé n’est qu’un leurre, un « cheval de Troie » derrière lequel se cache « Le Prince » voire « Le Prince des Ténèbres » étrange personnage à qui on attribue des pouvoirs néfastes et qui organiserait le chaos général et la destruction de la ville. Ce prince serait secondé par « une armée d’ombres » qui déferlerait dans les rues semant la terreur et l’anarchie derrière elle.
    « Le cours des habitudes était aléatoire, un indomptable chaos avait bouleversé les mécanismes quotidiens, l’avenir était insidieux, le passé révolu, le fonctionnement de la vie courante imprévisible ».
    Les violences générées par cette armée d’ombres vont être rapidement matées par une Madame Eszter qui accède très rapidement à de hautes responsabilités. Elle accède aussi au lit du colonel et à celui de son nouvel amant, le patron des forces armées dépêchées dans la ville pour y rétablir l’ordre.
    « Mme Eszter, qui deux semaines plus tôt avait été, de façon scandaleuse, reléguée à l’arrière-plan, était devenue le maître absolu de la situation (…) Naturellement, les alouettes ne lui étaient pas tombées toutes rôties dans le bec, elle avait pris tous les risques ».
    Au final, dans un troisième et court chapitre « Sermo Super Sepulchrum », Janos Valuska ne sera plus écouté. Monsieur Eszter finira enfermé dans un asile où il apprendra à planter des clous.La pauvre Madame Pflaum sera finalement violée et mourra, enterrée sous la responsabilité de son ennemie Madame Eszter. On retrouve la balance entre le Mal et le Néant.

    Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par les chemins, à l’est par un cours d’eau (Északról hegy, Délről tó, Nyugatról utak, Keletről folyó), roman, Cambourakis, 10, 192 pp.
    Superbe texte qui rompt avec la prose habituelle de LK. En forme de conte, qui décrit le petit fils du prince Genji, en quête d’un jardin secret incarnation suprême de la beauté.

    « il fut complètement fasciné par le centième [dessin], le « jardin caché », il regarda le dessin, lut la description, et l’ensemble, dessin et description, prit instantanément corps dans son imagination ». «Un tout petit jardin […] enchanté », « l’incarnation suprême du concept de jardin. »

    49 courts chapitres (le chapitre I est absent), qui retracent le chemin d’un personnage en visite dans la région de Kyoto, depuis son arrivée à son départ le soir de la gare. C’est le fils du prince que l’on retrouve dans « Le Dit du Genji », texte fondamental japonais, écrit par Murasaki Shikibu et datant du XIe siècle. La ville que le personnage traverse est vide, hormis un chien battu qui va aller mourir au pied d’un gingko et de trois ivrognes (écho à la recherche de la beauté éternelle du Japon). Des temples sont pillés, dont le Pavillon d’Or, avec des bibliothèques renversées. La cellule du moine supérieur est dans un désordre aussi inquiétant qu’indescriptible. Le personnage repart le soir sans avoir découvert le jardin secret.
    Texte finalement en quête d’un certain esthétisme.
    Le titre énigmatique en soi, ne reprend en fait que les prescriptions de construction des monastères « être protéger au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau ». De même la numérotation des chapitres, qui commence au II fait référence au temple « impossible de savoir comment on y entrait, on y était, voilà tout ». La fin du texte est similaire « jusqu’à ce que le train quitte la station […], avant de regagner Kyôto, […] où un drame venait d’arriver ».
    On retrouve les thèmes de l’étrange et de l’indéfini qui courent dans toute l’œuvre de LK.
    Thésée universel (A Théseus-általános), récit, Vagabonde, 11, 95 pp.
    Fiction en trois mouvements dans laquelle un orateur expose des vues surprenantes sur la condition humaine, le tout devant un mystérieux public. La conférence est retransmise sur trois écrans depuis une salle invisible pour le public ou depuis un espace entouré de paravents. « J’ignore qui vous êtes » entame du premier discours. C’est un Thésée contemporain qui prononce trois discours d’adieu sur les thèmes de la tristesse, de la révolte, et de la possession. Il cherche à découvrir les points communs qui relient les «vagabonds de l’existence» et les approches scientifiques essayant de «désenchanter» les conquêtes de l’esprit humain.

    Le premier discours est consacré à la tristesse « la tristesse était à l’ordre du jour », même s’il évoque directement La Mélancolie de la résistance, notamment son plus fameux épisode : les conséquences de l’arrivée, dans une petite ville, d’une immense remorque convoyant le cadavre d’une baleine, a une portée universelle, véritablement métaphysique. « ils savaient déjà, par la rumeur, qu’à l’intérieur de la gigantesque remorque, désormais installée sur la place du marché, se trouvait la plus grande baleine géante du monde ». D’où il devrait s’ensuivre une série de choses bizarres et terrifiantes pour la population. « il existe un livre qui raconte explicitement qu’à partir de cet instant tout se transforma en enfer sur terre, dans cette petite vile, au sens le plus strict du terme ».
    Le deuxième discours est consacré à la révolte, « cette fois la révolte était à l’ordre du jour », mais uniquement dans le cas où, nous dit l’auteur, tous les parias du monde uniraient leur force pour venir à bout des forces de l’ordre. « le bien n’atteint jamais le mal puisqu’il n’existe entre eux aucune forme d’espoir ».
    Dans son troisième discours, le conférencier admet la défaite universelle du « noble » face au « vulgaire ». « Mes besoins élémentaires [ ] ayant refait surface, réclament ce qui suit. 1. L’ensemble des documents et objets ayant trait à mon enfance. 2. Deux cent vingt mille mètres de fil. 3. Un revolver » [ ] « Vous n’avez qu’à considérer qu’il s’agit de mes dernières volontés. Pourquoi ces trois choses là ? [ ] les réponses relèvent strictement de ma vie privée. ». Le tout se termine par des considérations sur « le râle d’Okinawa », oiseau spécifique à l’archipel, et de son inaptitude au vol.

    La Venue d’Isaïe (Megjött Ézsaiás), récit, Cambourakis, 13, 32 pp.
    Présentée sous la forme d’une lettre envoyée par LK à son lecteur francophone, l’ouvrage s’accompagne de la consigne suivante marquée sur la couverture: « Cher lecteur solitaire, fatigué, sensible, je t’invite à glisser cette lettre dans l’encoche du livre que tu trouveras en librairie le 23 octobre 2013. Tu sais pourquoi. LZ». A vrai dire, même après moult re-lecture de ce prologue, on ne comprenait pas vraiment ce que l’on devait savoir ou pouvait comprendre.
    L’explication (si toutefois….) est venue à la date fixée avec la parution, toujours chez Cambourakis, de « Guerre & Guerre). Si l’explication reste obscure, la réunion des deux en fait un superbe objet littéraire qui dépasse le simple livre. (A noter que « Animalinside » (Sylph Editions, The American University of Paris, London, 10, non encore traduit) est également un superbe objet, puisque mèlant le texte de LK et les dessins de Max Neumann.

    En fait ce petit opuscule (une trentaine de pages) présente un Korim désorienté « Mon cher Ange, cela fait longtemps que je te cherche », et pourquoi « Ils ont corrompu le monde »
    On saura aussi pourquoi Korim a une main trouée « il allait se tirer cinq balles dans la peau. Il y aurait cinq balles en tout ».

    Guerre & Guerre (Háború és háború, War & War), roman, Cambourakis, 13, 368 pp.
    Le roman débute par la photo de couverture : la bibliothèque de Sarajevo détruite par les flammes. Le titre ensuite, pour intriguer le lecteur: « Guerre et Guerre ». Puis une phrase en exergue «Le paradis est triste ».

    Huit chapitres retracent le chemin de György Korim, 44 ans, archiviste dans un « Centre des Archives » plus que non défini, le lecteur va faire connaissance avec György Korim, historien travaillant dans un centre d’archives à environ 200 kilomètres de Budapest. L’archiviste a conçu un «Grand Projet», mais il faudra de la patience au lecteur pour en découvrir la nature. Ce projet doit le mener vers un hypothétique «Chemin de Sortie» et pour cela, il lui faut à tout prix éditer un texte retrouvé d’un (in)certain Wlassich, puisque c’est dans les archives classées à ce nom que Korim a fait son étrange découverte ?

    « il venait de découvrir que quelqu’un avait construit le centre du monde, le point central du monde, la ville la plus importante, la plus sensible, la plus grande du monde, en la remplissant de tours de Babel ».

    Korim n’aura pas de cesse avant d’achever cette mission, quelques 280 pages plus loin. Le roman débute par l’attaque de Korim par une bande de sept jeunes. Il leur raconte son histoire dans la rue et les affole tellement que les autres en oublient de le molester. L’archiviste comprend de moins en moins la complexité du monde, de plus en plus opaque à ses yeux. Il abandonne ce qui lui tenait lieu de vie. Il vend ses biens, sa maison et part tout d’abord pour la capitale d’où il espère gagner les Etats-Unis. Il part ensuite pour New York «le centre du monde » afin de remplir sa mission : faire connaître au monde le dit manuscrit. Il s’installe à New York centre vital du monde chez un traducteur hongrois et Maria sa fiancée porto-ricaine. A la fin, il projette de disparaître, sans doute en se suicidant, mais on n’en sait pas beaucoup plus.
    Le manuscrit parle de quatre voyageurs (Kasser, Bengazza, Kalke et Toot), dans des situations et des époques différentes. On les retrouve en Crète, puis à Cologne, à Venise, ou le long du mur d’Hadrien en Ecosse. Ils passent du Moyen-Age à la Renaissance, en passant par les temps modernes. Leurs aventures vont être confiées à l’éternité provisoire des ordinateurs mais avant Korim raconte leurs déboires à sa logeuse porto-ricaine entre deux promenades dans New York. D’ailleurs il ne comprend presque plus rien au manuscrit qui lui a été confié par le destin. «Une seule et même phrase, une phrase monstrueuse et infernale qui engloutissait tout, elle commençait avec quelque chose, puis arrivait une deuxième, une troisième chose, et puis la phrase revenait sur la première, et ainsi de suite». On est bien mal partis. «La seule chose qu’il était en mesure de révéler […] était, pour dire les choses un peu crûment, qu’il parlait d’une terre que les anges avaient désertée».
    Korim découvre aussi une tour de Babel, peinte par Brueghel, d »où il tire le sens de sa longue quête: « il venait de découvrir que quelqu’un avait construit le centre du monde, le point central du monde, la ville la plus importante, la plus sensible, la plus grande du monde, en la remplissant de tours de Babel. ».
    Korim quitte alors New York pour la Suisse. Il se rend à Schaffhausen, dont le musée détient des œuvres de Mario Merz, les fameux igloos de l’«Arte Povera». (Mario Mertz a introduit la figure symbolique de la spirale qui fut successivement associée à celle de la table). Le parcours du héros s’achève par l’apposition d’une plaque qui résumera son existence en une seule phrase (« la fin se trouve réellement ».
    En 1999, une plaque commérant Gyorgi Korim, personnage principal du roman, fut posée à Schaffhausen, où, comme il est écrit dans le roman, « la fin se trouve réellement » : « J’ai choisi, écrit l’auteur sur le site des éditions Cambourakis, d’en situer le dénouement dans la réalité ».
    La tour de Babel, considérée comme le «triomphe de la grandeur sans Dieu», «le chemin sans Dieu» conduisant «à un être merveilleux, brillant, éblouissant, capable de tout sauf d’une seule chose, de dominer sa propre création», puisque «ce qui est trop grand est trop grand pour nous» (p. 253,souligné par LK). C’est un «chemin de la sortie » illusoire qu’il faut chercher hors du livre, comme Korim l’a compris, peut-être en se tirant une balle dans la main, (c’est l’explication de « La venue d’Isaïe » rappelée dans « Guerre et Guerre » très discrètement, ou bien par le biais d’un bateau dont les mouvements sur l’eau mimeraient une écriture géante et invisible, ou bien se suicidant dans le musée suisse où il a découvert un igloo de Mario Merz dans lequel il a peut-être cru pouvoir mettre à l’abri des forces.
    De fait « La Venue d’Isaïe » et « Guerre et Guerre » forment un tout, lequel forme en plus un emboitement multiple. La lettre annonce le roman, et le manuscrit que Korim trouve sublime et essaye de sauver, sauve en réalité le roman lui-même. C’est en fait un sauvetage au même titre que celui de la mémoire que LK essaye de faire passer, comme étant l’histoire du monde.

    Sous le coup de la grâce, nouvelles, Vagabonde, 15, 190 pp.
    Série de nouvelles, généralement courtes, sus titrées « nouvelles de mort ». qui de plus se répondent l’une à l’autre (cf « Herman le Garde Chasse » et « la Fin du Métier » ou bien qui peuvent être amalgamées pour en faire autre chose (cf le Dernier Bateau » et « Dans la main du Barbier », dans ce cas des court-métrages pour Béla Tarr).

    « Le Dernier bateau » date de 90. Cette courte nouvelle est énigmatique, et on ne sait pas si elle traite d’un exode de population dû à la guerre ou bien de rescapés d’un cataclysme jamais nommé. Les fugitifs sont décrit comme étant «pareils aux rats qui, en raison de leurs exceptionnelles capacités de survie, étaient peu à peu devenus pour nous une sorte d’animal sacré et, à ce titre, l’objet exclusif de notre attention».

    Dans « Herman le Garde Chasse », Herman ne peut être classé du côté du bien ou du mal, mais il est le serviteur d’une souffrance universelle. Celle-ci est provoquée, puis dirigée tout d’abord contre les animaux puis contre les humains, en fait leurs bourreaux. Il sera abattu, d’ailleurs, comme une espèce solitaire, unique en son genre, de Christ noir, labile, incapable «à soi seul de tenir à bout de bras le monde sur le point de s’écrouler»

    Dans la dernière nouvelle, « La fin du métier (deuxième variante) », le personnage du garde-chasse est repris. Il est devenu fou aux yeux des hommes, considéré au travers du regard d’une petite société aux goûts douteux.

    « Dans la main du barbier » nous présente une fois encore la brutale « devant l’ampleur du coup à asséner [il convient] d’évaluer la force de frappe requise pour ne pas devoir s’y reprendre à deux fois ». Cette force le vieux père Bela Csonka,en fait la triste expérience (son magot aussi). Dans l’esprit d’un des personnages vivant «en ces ténèbres de plomb dont il sentait l’emprise écrasante», de cette force qui écrase tout sur son passage. «Loin de se dire que seules sa faiblesse et son indolence l’avaient entraîné vers ce point nodal de son existence ou, qui sait, le terrible tourment de découvrir – peut-être à cause de son inquiétude accrue – que tout ce que la vie a de sain et de beau se brisait, se broyait constamment au creux de ses mains, il soupçonna plutôt l’existence d’un Dieu hostile ou indifférent qui se contentait de donner forme à ce qu’a d’inexorable et d’irrémédiable le monde tel qu’il s’engendre lui-même, de sorte qu’il ne s’effraya pas de suffoquer tôt ou tard sous le poids de la culpabilité, des remords ou de la douleur virulente de l’épouvante, voire, à force de geindre, lamentable, de se sentir si coupable, car ce qu’il avait fait ne pouvait se défaire – sans parler de l’échec annoncé de toute résistance, puisque nul ne peut vaincre l’incompréhensible».

    Dans « Rozi la piégeuse », plusieurs récits s’entremêlent, comme dans une course de relais, tous aimantés par la mère Rozi, sans cependant que l’on puisse les superposer. Les situations souvent reflètent la lutte entre des réalités invisibles et une mystérieuse «bienveillance supérieure seule encore capable d’insuffler du sens à notre monde indolent dont, sinon, il ne subsisterait plus bientôt que des braises sur le point de s’éteindre».

    « Chaleur » constitue le cadre d’une histoire où le (faux) héros Zbiegniew n’est qu’une représentation qui cache et abrite l’homme moderne. Ce dernier reste stressé par des «sereines lueurs du foyer» et des «ténèbres sans fond».

    « Fuir Bogdanovich » reprend des thèmes chers à LK. Des personnages essayent d’éviter des forces cachées ou un danger jamais nommé. Ces délires reviennent périodiquement dans la conscience du personnage. «un monde à la destruction, au sapement et à la déliquescence duquel [.] je n’avais moi-même jamais cessé de prendre part…». Ils sont tôt ou tard jour sujet à des forces qui les dépassent, (cf Mme Pflaum dans la « Mélancolie de la Résistance ») comme si le plus médiocre «ne pouvait que laisser transparaître et subir dans sa chair cette funeste clarté aurorale imbue du bleu des remords, cette lumière des tréfonds de l’enfer dont la quête nous hante tous depuis la nuit des temps ».

    Enfin, dans « Le sélectionneur de fréquences », l’histoire devient très noire, et perd la faible note d’humour désespéré des autres textes.

    Animalinside
    Petit chef d’œuvre de livre de 42 pages des Sylph Editions, The American University of Paris, London, 10. L’ensemble m’a été envoyé sous une enveloppe plastifiée avec leur catalogue. Le tout est en couleurs. Le texte de LK est superbement accompagné de dessins de Max Neumann. En tout 10 dessins sur une demi page, 2 pleine page et un sur page double. Une page est même composée de trois feuillets (texte et dessin). Max Neumann est un artiste allemand, né en 49 à Sarrebruck. Il a illustré de nombreuses œuvres d’auteurs et d’artistes tels que Cees Nooteboom, Joachim Sartorius, Alfred Brendel et bien sur LK. Les illustrations de « Animalinside » comportent un chien (ou un loup), généralement noir en silhouette, dans des situations diverses, en rapport avec le texte de LK. Ce texte est à l’origine de l’image, qui à son tour va enrichir le texte. On retrouve les longues phrases de LK, sur l’enfermement, la puissance ou la force, et le rapport au maître (voire au petit maître). Sur la fameuse page triple, en fait deux pages de texte faisant face à un dessin pleine page, on voit l’animal (chien ou loup), avec ses deux frères hurlant aux étoiles. Pour présenter le tout, une courte préface de Colm Tóibín. Bref un très bel objet littéraire.

    The Bill
    Toujours aux éditions Sylph, de Londres, (il existe également une édition par The University of Chicago Press). Un poème en prose, dans un petit livre de 32 pages et 12 images en couleurs de dames blondes essentiellement de la Renaissance italienne, surtout de Palma Vecchio (1480-1528). Ce peintre, (aussi connu sous le nom de Jacopo Negretti), élève du Titien, peint tout d’abord des vierges et scènes religieuses. Très vite il passe à des dames, souvent blondes, le fameux blond vénitien, dont les habits diminuent de taille, tout d’abord vues de dos. Ces dames dévêtues évoluent de portraits, disons classiques, à une sensualité de plus en plus marquée. En fait ce petit opuscule consiste en une longue phrase de 11 pages, une sorte de poème en prose. Il est précédé d’une élégante préface par Ornan Rotem, son traducteur qui remplace le poète et ami George Szirtes. C’est également un très bel objet littéraire.

    Seiobo There Below (Seiobo járt odalent), New Directions, New York, 08, en cours de traduction, (16, Cambourakis, p.). En tout 17 histoires, les unes situées au Japon, d’autre non, mais dans toute l’Europe et à tous les âges. Toutes ont trait à une expérience esthétique. Les histoires sont numérotées suivant une suite de Fibonacci, où chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent (1, 2, 3, 5, 8, 13, 21), indiquant que chaque histoire est en fait la somme des précédentes, produisant une sorte d’accélération des réflexions de LK.

    La première histoire fait référence à une grue sur la rivière Kamo à Kyoto. On suit alors la reine Vashti, qui refuse de paraître face à son mari ivre dans un temple d’où une statue de Bouddah doit être enlevée pour être restaurée à Tokyo. Il y a aussi la déesse Seiobo (la déesse de l’Ouest) qui descend des cieux pour inspirer un acteur de No. C’est elle qui donne son nom au titre. L’acteur de théatre No ne croit pas que « ceux qui parlent d’une prochaine catastrophe avec un air si menaçant ont raison » car « tout arrive en un seul instant et une seule place ». « Il n’y a a donc pas de place pour l’espoir ou un miracle ». On ne peut être plus optimiste.

    On aura ainsi tout une séquence sur la préparation des pigments de peinture à la Renaissance florentine en compagnie du peintre Perugino ou de Filippino Lippi « il savait peindre une Madone bien avant de savoir ce qu’était une Madone, mais ce n’était pas en cela qu’il montrait tout son extraordinaire talent, mais en presque tout le reste, tant il était capable de lire ou d’écrire, de maitriser la sculpture, d’utiliser les outils de son atelier et de mélanger les pigments à la perfection ». Il y a un samourai suicidaire, un employé plus que stressé, un robot sexy. Une autre séquence montre un hongrois sans abri errant à Barcelone dans un appartement décoré par Gaudi. De toutes évidences, cette personne est alors dépassée intellectuellement et spirituellement par une exposition d’icones russes

    Destruction and Sorrow beneath the Heavens, c’est son dernier titre traduit aux USA par sa traductrice favorite Ottilie Mulzet. Il s’agit d’un long reportage par un voyageur (Stein, qui est en fait LK) à travers la Chine du début des années 2000, qui décrit les ravages de l’industrialisation tant du point de vue de la pollution, visuelle et industrielle, que du déplacement des populations et des effets sur la société chinoise. Que reste t’il de l’Empire du Milieu et de la culture ancienne. Existe t’il quelqu’un de l’Ouest qui puisse comprendre la Chine à lois du présent et du passé ? Un des problèmes qui se pose alors est celui de l’accélération du temps. La première visite en Chine de LK date de 1990. A l‘époque déjà le changement était manifeste. Maintenant la Chine en est à concevoir des jours d’alerte à la pollution au niveau rouge. Les discussions que LK a pu avoir avec toute sorte d’intellectuels (ou de simple personnages) laisse de plus supposer que mêmes les chinois ne sont pas (ou plus) capables de voir le changement et ses conséquences.
    Le livre démarre sur une description quasi apocalyptique de la station de bus, la Southwestern Regional Bus Station à Nanjing. Il est sept heures du matin, il fait froid et souffle un air glacé. Stein et un compagnon de voyage essayent de se rendre à l’une des quatre montagnes sacrées du bouddhisme, soit à Jiuhuashan globalement à 200 km au sud est de Nanjing (4 heures de bus). Le premier chapitre se termine un peu après la première heure de voyage….
    Ce long reportage vire ensuite à la description des pollutions diverses et destructions multiples qui ont lieu au nom de l’expansion triomphante et du capitalisme rampant. Le tout aux dépends de la population, des paysages et de la culture. On est bien loin du Peyrefitte de « Quand la Chine s’éveillera » qui devrait inexorablement s’imposer au reste du monde. (En fait la prédiction serait attribuée à Napoléon Ier à Sainte Hélène). Il semblerait que le rêve soit devenu un cauchemar.

    Publié par jlv.livres | 21 mai 2016, 15:21
  2. Gros dossier sur László Krasznahorkai, je le reconnais.
    mais je persiste à croire que son impact sur la littérature a été pour l’instant fort sous-estimé en France.
    certes ce n’est pas un auteur d’abord facile, mais « Guerre et Guerre » est quelque chose de très fort.
    a coté « Tango de Satan » ou « la mélancolie de la résistance » restent du cinéma écrit (ce qui est aussi très bien).

    Publié par jlv.livres | 21 mai 2016, 15:36

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « La mélancolie de la résistance  (László Krasznahorkai) | «Charybde 27 : le Blog - 16 juillet 2016

  2. Pingback: Note de lecture : « Chroniques orsiniennes  (Ursula K. Le Guin) | «Charybde 27 : le Blog - 16 octobre 2016

  3. Pingback: Les lectures les plus marquantes de Charybde 2 en 2016. | Charybde 27 : le Blog - 10 janvier 2017

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