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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « August » (Christa Wolf)

Le texte ultime et apaisé de Christa Wolf, qui souligne la force intacte des émotions d’enfance.

 

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À l’été 2011, quelques mois seulement avant sa disparition, Christa Wolf écrivit ce texte court d’une simplicité lumineuse. Unique texte de l’auteur centré autour d’un homme, August, il est dédié à son mari Gerhard qui  partageât la vie de Christa Wolf pendant six décennies, et qui signe une postface touchante.

À plus de soixante cinq ans, August, conducteur d’un grand car de tourisme qui ramène un groupe de Prague jusqu’à Berlin, revisite sa vie en empruntant l’escalier de sa mémoire. Il évoque sa rencontre avec Lilo lorsque, orphelin de huit ans suite à un bombardement, il fut hébergé dans un château transformé en sanatorium à la fin de la guerre. Indifférent aux bavardages des passagers de son car, des souvenirs très vifs lui reviennent en mémoire, souvenirs de ceux qu’il côtoyât alors, et surtout le visage et les comtes de Lilo, son amour pour elle et sa jalousie, plus nets et vivaces que tout ce qu’il vécut ensuite, dans le fleuve tranquille d’une vie apaisée, aux côtés de sa femme Trude, parcourant le pays au volant de son car.

Inspiré à Christa Wolf par sa rencontre avec un petit garçon qui s’appelait August à la fin de la guerre, déjà évoqué dans «Trames d’enfance», ce récit pudique et dépouillé de seulement quarante pages ne dit que l’essentiel, sur la force des émotions de l’enfance et leur mémoire intacte malgré l’écume des années.

«August se souvient : comme à tous ces enfants qui, à la fin de la guerre, arrivaient sans parents dans cette gare du Mecklenbourg, on lui avait demandé où et quand il avait perdu sa mère. Mais bien sûr il ne le savait pas. Si le raid aérien sur le convoi de fugitifs avait eu lieu avant ou après la traversée de l’Oder. Cela non plus il ne le savait pas. Il avait dormi. Quand cet horrible fracas a commencé et que les gens ont crié, une femme inconnue, pas sa mère, l’a empoigné par le bras pour le faire descendre du train. Derrière le remblai, il s’est jeté dans la neige, où il est reste allongé jusqu’à ce que le vacarme cesse et que le chef de train crie que tous ceux qui étaient encore en vie devaient immédiatement remonter dans les wagons. August n’a plus jamais revu sa mère, ni cette femme inconnue.»

Pour acheter chez Charybde ce livre paru en 2012 et traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein pour les éditions Christian Bourgois en 2014, c’est ici.

 Christa Wolf

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

2 réflexions sur “Note de lecture : « August » (Christa Wolf)

  1. Une très belle critique qui m’a fait planer le temps de la lecture et qui (d’éprès ce que je connais de son oeuvre) correspond très bien à la plume de Christa Wolf. Bravo!

    Publié par Justine Coffin | 11 mai 2016, 19:17
  2. Merci !

    Publié par Charybde 7 | 12 mai 2016, 09:09

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