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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Hello and Goodbye » (Athol Fugard)

Le terrible huis clos d’un frère et d’une sœur Afrikaners au cœur de l’apartheid.

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Hello and Goodbye

Publiée et créée en 1965, adaptée en français en 1987 par Pierre Laville aux éditions Théâtrales / Edilig, la sixième pièce de l’auteur sud-africain anglophone Athol Fugard appartient à sa souple « Trilogie familiale », avec « The Blood Knot » (1961) et « Boesman and Lena » (1969). Blanc, ancien employé d’une cour de justice réservée aux Noirs, l’auteur est membre officiel du Mouvement Anti-Apartheid depuis 1962, et est, à l’époque de la création de « Hello and Goodbye », l’animateur de la troupe des « Serpent Players », un groupe d’acteurs de couleur jouant dans l’ex-fosse aux serpents d’un zoo désaffecté, sous la surveillance constante de la police.

Alors que Johnnie, seul à la maison, veille son père malade et handicapé, Afrikaner pauvre, dormant dans la chambre voisine durant toute la pièce, sa grande sœur Hester, qui avait quitté le domicile familial quinze ans plus tôt, frappe soudainement à la porte. « Hello and Goodbye » est le récit cocasse et terrible, primesautier et dramatique, de ces retrouvailles, et de l’émergence de secrets voilés alors qu’Hester veut récupérer le magot de l’assurance-accident que son père aurait caché dans la maison, et que Johnnie accepte du bout des lèvres de l’aider, pour se débarrasser d’elle.

Hester : Alors la ferme, et tu écoutes. (Pause.) Je parle de mon retour. Je me suis crevée à me souvenir. je n’aurais pas dû. Résultat : j’ai peur.
Johnnie : De quoi ?
Hester : Pas une peur ordinaire. Ce n’est peut-être pas le mot. Ne va pas croire que j’ai peur de vous. Si je suis revenue c’est seulement parce que je suis complètement fauchée. Seulement à Kommodagga, il y a eu en gare un arrêt qui n’en finissait pas – les souvenirs sont revenus et ça m’a mis dans un état… (Elle cherche les mots.) Disons que j’avais les nerfs. Ça me tapait sur les nerfs d’une façon… Attendre, dans cette chaleur, en sueur. Moi je ne sais pas attendre. En plus, c’était un omnibus. Il s’arrêtait partout. Et fallait voir la vieille sorcière qu’il y avait dans mon compartiment. Je les déteste quand elles sont comme ça – grasses, dans des habits noirs comme dit la Bible parce que quelqu’un est mort, et ça m’appelait Ma Sœur. J’y ai eu droit depuis Newport sans interruption, avec le royaume de Dieu qu’on a à portée de la main, pas de poisson le vendredi, et toutes ces conneries. Et mes souvenirs revenaient. Pas besoin de me forcer. Non. A l’idée de revoir tout ça. Me dire que rien n’avait changé. Tu comprends ? Revenir et tout retrouver pareil. Ça ne me faisait pas peur de tout retrouver changé, en moi je me disais : pourvu que ça ait changé. Pourvu que tout soit différent, que je ne reconnaisse rien, que je me sente perdue, et que je doive demander mon chemin. Je m’en fichais. Mais l’idée que tout serait pareil en arrivant m’a rendue malade ! Mal à l’estomac ! J’avais pris une tarte aux fruits avec du thé l’après-midi. À vomir !

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Jaimelyn Gray et Aaron Lawson, dans la mise en scène de Luda Lopatina Solomon (Bluebird, Chicago, 2015)

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Saisissant huis clos, qui doit pourtant infiniment plus à Bertolt Brecht qu’à Jean-Paul Sartre, dans son rythme et dans sa manière de construire un crescendo, presque imperceptible de prime abord mais rapidement indéniable, ou d’orchestrer le sentiment d’un drame inéluctable qui n’a pourtant rien de tragique – au sens classique du terme – en soi, « Hello and Goodbye » marque le moment où le répertoire d’Athol Fugard va doucement s’infléchir, passant d’une étude au scalpel des dynamiques familiales sous contrainte sociale à une vision de plus en plus directement politique des rapports humains, et de plus en plus férocement anti-apartheid (jusqu’au moment où il ne pourra plus créer ses pièces qu’à l’étranger, au Royaume-Uni ou aux États-Unis).

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Myriam Boyer et Jacques Bonnafé, dans la mise en scène de Pierre Laville (Théâtre Mouffetard, Paris, 1987)

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Hester : Il te parle de moi ?
Johnnie : Non.
Hester : Mais il se souvient de moi.
Johnnie : Je ne sais pas.
Hester : Alors comment tu sais qu’il me déteste toujours ?
Johnnie : Parce qu’il ne parle jamais de toi.
Hester : Il pense peut-être à moi quand même ?
Johnnie : Quand tu es partie, il a dit : « On ne parlera plus d’elle, jamais. » Tu n’avais pas la nature d’une vraie Afrikaner, tu dois avoir du sang anglais, du côté de maman. C’est pour ça qu’il t’a haïe. Il ne rêve pas de toi. De ton époque, il n’a gardé que des cauchemars sur son travail.

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Athol Fugard

Athol Fugard en 1993. Photographie ® Sue Adler.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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