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Notes de lecture 2016, Nouveautés

Note de lecture : « Predominance of the Great – Non-Haikus » (Seb Doubinsky)

Toute la douceur éclectique et acérée de l’esprit poétique du Zaporogue en 35 pièces ténues et éclatantes.

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LECTURE EN VERSION ORIGINALE ANGLAISE

Predominance of the Great

Publié en 2016 aux cosmopolites et passionnantes éditions du Zaporogue, ce bref recueil poétique de Seb Doubinsky, que je connaissais jusqu’ici avant tout pour sa prose acérée, propose en quelques pages une éclatante illustration de ce que peut être, encore et toujours, la quête poétique, extraction de fulgurance à partir du langage, enchâssement inlassable d’équivocités dans l’univocité apparente,

frozen roofs, yellow trees
the children walk to school
preceded by their tiny ghosts

Comme le rappelait Roland Barthes longuement dans sa belle « Préparation du roman » (et loin de moi l’idée de dire que la poésie a cette préparation pour rôle principal, même si nombre de « romanciers » seraient parfois bien inspirés d’y consacrer sans doute davantage d’attention), la quête de cette fulgurance reste un chemin perpétuellement difficile et étroit, et la forme courte ou très courte (même si Seb Doubinsky prend soin de préciser dès le sous-titre du recueil qu’il ne s’agit pas, dans cette « Prédominance du Grand », paradoxale, de haïkus – les contraintes de rythme et de métrique ayant été remplacées par d’autres) en est souvent le laboratoire le plus intense et le plus cruel. La réussite de ces trente-cinq pièces, écrites directement en anglais, l’auteur s’exprimant parfaitement en anglais comme en français depuis de nombreuses années) n’en est que plus éclatante.

loved by the gods
despised by imbeciles
the poet works, unaware

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Zen and the Art of Poetry Maintenance

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On trouvera aussi dans l’autre récent recueil de l’auteur, « Zen and the Art of Poetry Maintenance », un témoignage saisissant de cette capacité manifeste à inscrire le grand dans le (tout) petit, le politique dans l’intime, le combattant dans le doux. Il n’est pas si fréquent d’observer ce pouvoir de condensation chez un auteur à la prose aussi élaborée et savamment foisonnante que celui de « La trilogie babylonienne » (2009), de « Quién Es ? » (2010) ou, déjà, de « Fragments d’une révolution » (1998), même si la lectrice ou le lecteur pouvait en avoir un bel aperçu, depuis l’angle opposé, dans des nouvelles concises et durement poétiques telles que « Peau d’orange » ou « La solitude du baiseur de fond » / « La bataille de Koursk ».

night falls on the children
nobody gets hurt
night falls softly

(…)

the scream that bounces back at you
from the side of the mountain
is not yours anymore
it is the mountain’s and it tells you
it is accepting your gift

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746581

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Il y a un petit miracle permanent dans cette navigation au plus près entre des codages serrés, dans cette possibilité démontrée à presque chacune des 35 pièces d’inscrire de multiples horizons poétiques et potentiellement politiques (même dans un jeu avec l’écho des montagnes, même dans ce que dissimulent des pensées les yeux, même dans la nuit qui tombe, même dans un brouillard nocturne, même dans la sérénité inattentionnée du poète, même dans une fleur trois fois délicate, même dans un rire silencieux, même dans le jaune des vieilles photographies, même dans une langue bleue, même dans le feulement d’un tigre) en quelques mots comme jetés, ténus, fragiles mais jamais solitaires, au cœur de la page : l’esprit de la revue animée par l’auteur depuis plusieurs années, Le Zaporogue, éclectique et acéré, irrigue ainsi chacune de ces douceurs à la calme beauté ambiguë, n’ignorant jamais le sens des mots que bien des machines à broyer contemporaines s’efforcent de voler, là où ravir donne des armes paradoxales.

behind my eyelids
lies a dark country
full of ghosts

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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