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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Un vent de cendres » (Sandrine Collette)

La Belle et la Bête dans les vignes champenoises, décevant par rapport au précédent et au suivant de l’auteur.

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Publié en 2014 dans la collection Sueurs froides de Denoël, le deuxième roman de Sandrine Collette m’a un peu déçu. Si elle y développe le même talent dans la construction dramatique en (presque) huis clos et la même capacité à faire de la nature non pas un personnage à part entière mais un contrechant nécessaire et efficace aux noires passions humaines que dans « Des nœuds d’acier » (2012), la narration y est malgré tout plus convenue, les effets moins surprenants, et – même en tenant compte des attentes engendrées chez la lectrice ou le lecteur par un décor champenois qui se propose clairement de revisiter « La belle et la bête » – il se dégage finalement comme une bizarre maladresse de ce récit – ce que fera heureusement oublier, un an plus tard, l’excellent « Six fourmis blanches », en grandiose outdoor cette fois.

Au moment où Andreas laisse revenir le volant dans l’axe, après ce sale virage, la chose est déjà là, tapie quelque part. Mais il ne la perçoit pas. Ça plane au-dessus de lui sans un bruit, sans un signe impalpable. La faute peut-être aux champs de colza qui défilent en longues bandes jaunes floutées sur le bas-côté, et leur parfum entêtant, et Laure qui fredonne en regardant le paysage par la vitre baissée. Laure dont les cheveux s’envolent et lui reviennent sans cesse dans les yeux à cause du toit ouvrant, mais il fait si doux. Elle a levé le bras pour sentir l’air lui passer entre les doigts, Andreas roule vite, comme toujours. Elle en a les larmes aux yeux. Une poussière sans doute, elle rit toute seule. Resserre le col de sa chemise – elle est si fragile. Tu as froid, dit Andreas. – Non, je fais attention, c’est tout. Tu me connais.On s’arrête prendre un café ?Bientôt.
À l’arrière, Octave se redresse, se penche entre eux deux.
– Un café, je suis pour. On n’a pas assez dormi.
Andreas le repousse en souriant.
– Bientôt, on a dit.

Le prologue du roman, particulièrement violent, nous plonge au cœur explosé d’un accident de voiture mortel, qui tue Laure et laisse gravement handicapé son mari Andreas et largement défiguré Octave, le frère et meilleur ami. Dix ans plus tard, à l’occasion de vendanges sur le domaine dirigé par le reclus Andreas et par Octave, la troublante ressemblance de l’une des filles venues travailler là pour quelques jours avec la défunte Laure crée une tension qui menace de mettre le feu à des poudres de folie jusqu’alors oubliées.

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À l’entrée du bourg, les panneaux indiquant les différentes caves déchirent la campagne de leur éclat fluorescent. Du travail d’amateur, mais tout le monde s’en fout : l’important, c’est de trouver son employeur sans tourner trop longtemps. Partout autour les vignes courent sur les coteaux, remplissant la campagne d’ondulations régulières. Des mers vertes qui se déversent de talus en colline, grignotent jusqu’aux quelques mètres carrés qui toucheront presque la route et détruisent systématiquement les espèces étrangères : plus une culture dans ce coin de pays, et plus un arbre à l’horizon des parcelles mangées par les sarments. Mais c’est ainsi quand s’établit une filière fructueuse. Ailleurs ce seraient les céréales ; ici c’est la vigne. Des centaines d’hectares de pinot, noir et meunier, et de chardonnay qui ont éradiqué les prairies, les bois et les cultures sur ces terres marneuses. Quelques rares forêts et pâtures subsistent dans les zones non autorisées à la plantation.
Camille hoche la tête en roulant, entre dans le village, vitres ouvertes. Il fait chaud.
– Des vignes, des vignes, des vignes, murmure-t-elle.
À côté d’elle, Malo se moque.
– C’est pour ça qu’on est là, non ?

On passe ici un bon moment, certes (enfin, »bon », si j’ose dire, parce qu’il s’agit tout de même d’arpenter au pas de charge du vigneron des corridors hantés d’horreur, de folie et de mort, tout de même), mais les ressorts dramatiques y sont quelque peu relâchés. Les réminiscences de la première époque policière de Stéphanie Benson, tout spécialement de « Une chauve-souris dans le grenier » (1995) et de « Un singe sur le dos » (1996), et surtout des « Quatre fils du docteur March » (1992) de Brigitte Aubert, se font peut-être vraiment trop fortes par instants, et viennent ainsi casser une partie de l’atmosphère et désamorcer trop largement les révélations, pour lesquelles, de toute façon, trop d’indices à mon goût ont été distillés préalablement. Une lecture qui restera donc pour moi, entre les très bons premier et troisième romans de Sandrine Collette, comme fort peu indispensable.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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