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Notes de lecture 2016, Nouveautés

Note de lecture : « Au fond » (Philippe Artières)

Témoignages et archives pour aller au fond de l’histoire, et comprendre comment les hommes vivent et luttent.

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Paru en mars 2016 dans la collection Fiction & Cie des éditions du Seuil, «Au fond» entremêle plusieurs récits, une histoire intime traumatique, les deux années de la vie d’un petit garçon disparu prématurément en 1965, souvenirs douloureux racontés cinquante ans plus tard par sa mère, la vie des mineurs des Charbonnages de France et de leurs épouses, lors de la grande grève du printemps 1963 qui bien qu’elle fut victorieuse marqua le début du déclin du charbon, et enfin l’histoire de la forêt des Vosges qui ont largement fourni du bois de soutènement pour les galeries des mines.

«Les archivistes m’ont aidé dans mes recherches, m’apportant les boîtes relatives à la grève de mars 1963, mais aussi à la vie des mineurs à la même période.
Plus tôt, dans la matinée, j’ai marché sur le site au plus près de Valmont, là où vivaient mes parents. Certains bâtiments sont désormais occupés par de petites entreprises, mais la majorité du site est à l’abandon. La terre est noire ; je suis saisi, troublé même par cette noirceur, presque ensanglantée. Pour la première fois, en foulant ces terrains vagues, j’ai l’impression de parcourir un champ de bataille.»

Grève 1963

Manifestation de mineurs lorrains en mars 1963.

La forme du texte disparate et déconcertante, en écho au précédent roman de Philippe Artières, «Vie et mort de Paul Gény» (éditions du Seuil, 2013), happe pourtant immédiatement le lecteur, qui arpente avec l’auteur ces documents d’archives et souvenirs exhumés, ou les récits se côtoient en s’interpénétrant aux marges, tous liés à l’histoire familiale du narrateur, qui interroge sa mère sur l’événement traumatique de la perte d’un fils, libérant ainsi sa parole et sa mémoire, dont le père était ingénieur aux Charbonnages de France et dont les aïeuls possédaient un important domaine dans la forêt vosgienne.

«Bien que fils d’ingénieur des houillères, je n’ai jamais compris comment on procédait à l’exploitation du charbon. Lorsque j’étais gamin, les mines fermaient et les immenses cheminées des centrales nucléaires commençaient à sortir de terre. Je ne savais pas que les forets vosgiennes avaient en grande partie été plantées de conifères pour alimenter la révolution industrielle en combustibles mais aussi en bois de charpente pour percer des galeries sous terre. Ce que je croyais être une forêt sauvage participait d’une histoire industrielle et sociale.
Je me suis plongé dans cette littérature abondante, qui derrière un jargon technique raconte la vie et la mort de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants.»

Après avoir partagé ses «Rêves d’histoire», l’historien et romancier Philippe Artières nous entraîne au fond d’une histoire familiale et sociale par de multiples points d’entrée, allant fouiller et exhumer la matière d’une mémoire enfouie, intime ou collective.

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Artières

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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  1. Pingback: Note de lecture : « Miettes  (Philippe Artières) | «Charybde 27 : le Blog - 5 mai 2016

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