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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Milo » (David Bosc)

Revenir sur les lieux dévastés de l’enfance, et tenter de renouer avec le monde.

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Milo David Bosc

Milo est revenu dans le village de son enfance, se soumettant à un bannissement aux visées obscures, sans doute pour fuir un monde trop mauvais et trop séducteur, pour tenter de se relever d’un gouffre dépressif, dans le désert de cette maison de famille à l’abandon, sans électricité ni eau courante depuis plusieurs années.

«Pas d’eau et dehors ce ciel blanc sans soleil, la lumière égale, peu encline à flatter les couleurs. Milo est pris d’une angoisse indicible. Etre seul ce matin-là dans cette maison-là, il sent que ce n’est pas possible. Que les murs, le platane, les choses encore-là et les choses disparues vont lui fondre dessus et l’étouffer. Ses cauchemars, la famille, les images tendres et les images immondes. Le chien noir auquel on n’échappe pas, le bassin sans rime ni raison qui attend de toute éternité ses petites morts pour les bercer lentement. Il se jette soudain dehors. Comme d’une maison qui s’affaisse.»

En cette année 1990 marquée par les émeutes de Vaulx-en-Velin et la seconde guerre du Golfe, ce village des Bouches-du-Rhône proche de la décharge d’Entressens suinte la misère sociale, le racisme et le poids des exploiteurs ordinaires, et l’ennui résigné des adolescents s’y expose sur la place du village, sans même anticiper la quasi-certitude d’un avenir douloureux.

«Jusqu’à nouvel ordre, je suis mort, tout le monde est mort, tout est cassé.»

Seul et sans ressources, avec ses cauchemars poisseux et sanglants pour uniques compagnons fidèles, Milo a rompu avec tout et cette maison délabrée, fantôme de celle qu’il a connu enfant, semble parachever cette cassure. A partir d’un isolement et d’un délabrement extrême, il va lutter et tenter de renouer un lien avec le monde, en se frottant au monde matériel, en récupérant des matériaux à la décharge, en observant les clients du café et les rituels adolescents, en oscillations perpétuelles sur la frontière fragile qui le sépare de la folie.

«Avant d’amorcer son chemin, Milo va reprendre quelques routes très anciennes en étoile autour de son naufrage. L’une, par exemple, mène aux bêtes, aux bergeries, aux chenils ; une autre mène aux paysages de l’enfance, remonte le souvenir, jusqu’à ces lieux dont on veut croire qu’ils gardent un peu de temps enfui, comme les pierres gardent, au soir, un peu de la chaleur du jour ; une autre mène aux lieux des heures lourdes, qui toutes exigeaient leur contrepoids de fer, de farine, de terre ou de ciment, les usines, les fabriques, les lieux du travail ; une autre enfin mène aux gens, au bistro, à la chaleur des voûtes.»

Construit en va-et-vient entre les monologues intérieurs de Milo et la fresque de cette époque désenchantée, la langue poétique de ce deuxième roman de David Bosc, paru en 2009 aux éditions Allia, avec lequel son dernier récit «Mourir et puis sauter sur son cheval» résonne singulièrement, est un prodige de beauté sauvage entremêlant violence et douceur, pour ébaucher le parcours de ce naufragé, qui progresse à tâtons vers un nouveau rivage.

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 Bosc

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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