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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Mexico noir » (Collectif)

Douze nouvelles au cœur d’une des mégalopoles les plus noires, Mexico.

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mexico noir

Dans la série des « Villes noires » des éditions Asphalte, collection dans laquelle on peut trouver notamment «Haïti noir» qui retourne sans hésitations les terres les plus noires d’Haïti et «Marseille noir» pour les amoureux de la Corniche Kennedy, entre autres, ce recueil paru en 2011, traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton, fait entrer le lecteur de plain-pied dans la noirceur de ce monstre urbain qu’est Mexico, dès l’introduction précieuse de Paco Ignacio Taibo II : désespoir engendré par la misère économique, criminalité, trafic de drogue et violences en tous genres, et une corruption de la police qui est sans égal, bienvenue dans les ténèbres de Mexico DF.

«J’ai souvent dit que les statistiques révélaient une ville surprenante, une capitale dans laquelle on compte plus de ciné-clubs qu’à Paris, plus d’avortements qu’à Londres et plus d’universités qu’à New-York. Une ville où la nuit est devenue dangereuse, sauvage. Le royaume de quelques rares élus. Où la violence qui règne vous accule, vous enferme dans l’autisme. Une sauvagerie qui vous retient chez vous, planté devant la télé, qui crée un cercle vicieux où règne la solitude et où on ne peut s’en remettre qu’à soi-même. Voilà la situation, pour la majorité des cas.» (Paco Ignacio Taibo II).

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La première nouvelle du recueil, «J’suis personne» d’Eduardo Antonio Parra, justifierait à elle seule l’achat de l’anthologie, la marche dans les rues derrière son caddie et le monologue intérieur en boucle d’un clochard psychotique, qui a assisté à une scène, au mauvais endroit au mauvais moment, et qui pressent dans le brouillard de ses pensées abîmées par la rue et l’alcool, que les conséquences vont être terribles pour lui.

© Pablo Ortiz Monasterio

© Pablo Ortiz Monasterio

Dans «Le comique qui ne souriait jamais», F.G. Haghenbeck orchestre brillamment, dans la lignée de Marlowe, une histoire de privé embauché à la fin des années soixante par une star de cinéma pour faire cesser un chantage, un classique transposé dans la noirceur tortueuse de Mexico DF : Un très beau condensé en quelques pages de violence, d’humour corrosif et de mélancolie sur fond de la grande histoire mexicaine, qui donne envie de lire davantage cet auteur.

«Je me trouvais face à l’acteur le plus célèbre du Mexique. Il n’était pas plus grand que moi. Ce n’est pas peu dire car à Los Angeles on me prenait pour le huitième nain de Blanche Neige. Il portait une veste en daim couleur lie de vin qui crissait, une chemise blanche à manches courtes col Mao et des lunettes de soleil de la taille d’un pare-brise. Il avançait lentement. Délicatement. À mesure qu’il s’approchait de moi, j’ai estimé qu’il devait avoir la cinquantaine mais qu’une récente opération de chirurgie esthétique lui faisait paraître dix ans de moins. Il portait encore quelques bandages. Sur son visage tiré, il y avait comme une légère patine qui rappelait la couleur de l’argent : celle des dollars gringos.» (F.G. Haghenbeck, Le Comique qui ne souriait jamais)

Plusieurs autres nouvelles se haussent au-dessus du lot, et en particulier «Le brasier des judas» d’Eugenio Aguirre, un récit qui s’ouvre sur des crimes atroces, annonciateurs d’une chute brutale, et «Derrière la porte» d’Oscar de Borbolla qui illustre de façon simple et puissante le propos de Paco Ignacio Taibo II en introduction, l’impuissance des citoyens face aux crimes et l’impunité.

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Ce qu’en dit Hard Cover sur son blog est ici.

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Paco Ignacio Taibo II. Photo : © Paula Islas

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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