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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Sylvia » (Antoine Wauters)

Recourir à la poésie pour que rien ne s’éteigne.

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Sylvia

Antoine Wauters évoque ici, avec une mémoire forcément parcellaire – en écho à ce vers en exergue de Sylvia Plath «I am lame in the memory» –, la fin de vie et la disparition de ses deux grands-pères Charles et Armand, le corps et la mémoire qui s’effritent avec la vieillesse et la maladie, et redeviennent légers comme une plume et puis cendres, une vie de fin qui ramène l’homme à ses balbutiements, et ceux qui restent au temps qui est compté et à la nécessité de vivre.

Maintenant que vous êtes nus, feu au feu, en la cendre la cendre, tu me viens par grâce, Sylvia. Arquée comme petite. Et tout ce que tu parviens à saisir de moi, en moi, ou à toucher entre les points jamais comblés du corps, et que tu entends et qui s’écrit ou même s’essouffle, considère-le comme la plus mince parcelle encore, mon bruissement, la poussière.

Sylvia Plath

Sylvia Plath

Avec l’évocation de ces disparitions, des traces qu’il reste des deux hommes dans leurs maisons, dans leurs vêtements, et dans la mémoire comme des dépôts de fumée, l’auteur est atteint par la résonance des vers de Sylvia Plath, en particulier ceux d’ »Ariel« , de « La traversée » et d’ »Arbres d’hiver« , émaillant sa poésie de leur éclat noir si profond.

«La douleur qui me réveille n’est pas la mienne.», dis-tu. Et t’entendre le dire m’apaise, en ce treizième jour de deuil. Et peu à peu je le dépose, le cœur, ou métal saccadé et strié, bleu aux pointes de tristesse qu’il tient entre les veines. À l’utopie d’avoir des veines. De déposer quelqu’un, ou soi, chez soi, au fond d’une maison vide, les os qui craquent dans le métal, le fauteuil ou la chaise vide du cœur. À l’utopie d’en avoir un, Sylvia.

Superposition des textes qui se répondent en tryptique, oscillation entre la vie qui part et celle qui arrive, la disparition quasi simultanée des deux grands-pères et la naissance attendue, méditation poétique sur le temps qui passe : je veux encore entendre et lire la voix d’Antoine Wauters.

Corps que tu veux simplement quitter, d’où tu veux simplement sortir, comme d’un sablier triste dans lequel depuis toujours tu étoufferais. Sortir lentement, par la soif et la faim, kilo après kilo et grain de sable après grain de sable, jusqu’à retrouver la parfaite transparence. Ou corps que tu veux lisse, lavé, vieille masse que tu veux voir absoute de ses excès – de colère et de rage – et de ses manques aussi – de tendresse et d’amour.

Antoine Wauters était l’invité de Charybde en mai 2014 pour la parution de «Nos mères». Nous avions aussi évoqué «Sylvia» et «Césarine de Nuit», et on peut le réécouter ici.

Ce qu’en dit Claro sur Le Clavier Cannibale est ici.

Pour acheter chez Charybde ce livre paru en 2014 au Cheyne éditeur (collection Grands fonds), c’est par là.

Wauters

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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