☀︎
Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Le dedans des choses » (Patrick Autréaux)

«Un kaléidoscope où on se prend à guetter quelque chose de moins manifeste que le fil des images.»

x

Le dedans des choses

Paru en 2012 aux éditions Gallimard, le troisième livre de Patrick Autréaux, est comme une fantaisie, l’exploration d’une boîte à trésors intérieure, une collection de souvenirs et de moments intimes ou essentiels pour la construction d’un parcours de vie et d’écriture.

«Supposons que vous soyez enfermé une nuit dans une grotte, la crypte d’une église, les réserves d’un musée ou que vous soyez acculé à une de ces impasses existentielles quand on ne contrôle rien ; supposons que ce soit un jeu de dupes et que ce qui était un jeu devienne une souricière : déballer sa boite à trésors est alors bien utile. Non pour en faire l’inventaire comme autrefois, quand on vérifiait que tout était là ou qu’on cherchait une place pour le nouveau venu, caillou graine insecte mousse ou lichen, mais pour se tenir à ce qu’on croit posséder, et de très près, afin que tout ne se mette pas à se disloquer en même temps, que la vague qui monte en soi et autour de soi ne détruise pas ça aussi.»

blaschka_06

© Leopold Blaschka

«Le dedans des choses» forme un kaléidoscope qui ne raconte pas vraiment d’histoire, tissant les morceaux de son enfance, souvenirs des étés en Provence avec des parents toujours en conflit, de Théo le petit voisin qui ne croyait pas à l’existence de Dieu, de la magie des sorties sur le bateau du père et plus tard des objets que fabriquait Leopold Blaschka, maître verrier de Bohême qui sculptait dans le verre un bestiaire marin insaisissable.

«Suspendu entre les étincelles d’eau, les pieds arasant les crêtes blanches, les courtes rides, les vagues plus amples, je me détachais pour surplomber l’avant, qui avalait la mer. Je fendais l’eau et quelque chose de plus cosmique.
Je suis devenu poète sur ce bateau. Mes trouées n’entrevoyaient pas de monde féérique. Juste des sensations turquoise et émeraude, d’un minéral qui aurait été liquide, et la présence d’une matière sur le point de s’animer.»

Avec ces morceaux d’enfance viennent se tisser des images plus tardives, nées de l’ivresse de la connaissance et de la découverte du réel pendant les années d’études de médecine, également évoquée dans «Soigner», de la prise de conscience du lien entre recherche scientifique et création poétique, grâce au discours de Stockholm de Saint John Perse, de cette interrogation similaire qu’ils tiennent sur un même abîme, pour reprendre les mots du poète, de la frénésie de lire et du compagnonnage fidèle de la littérature, et enfin de la première appréhension, d’abord inconsciente, du vide comme condition nécessaire pour écrire, qui résonne intimement avec son dernier texte paru «Le grand vivant».

«Au fond on attend des livres, en plus de devenir des amis, de susciter en vous le désir, de secouer le joug des habitudes et des ronrons tièdes.»

Une introspection érudite et poétique sous forme de fantaisie buissonnière dont on suit les méandres avec beaucoup de plaisir.

Gérard Guégan en parle très justement dans Sud Ouest ici.

Pour acheter ce livre chez Charybde, c’est par là.

Enfin, nous aurons la joie d’accueillir Patrick Autréaux en soirée chez Charybde le 3 février prochain, pour fêter la parution de son dernier livre «Le grand vivant».

Patrick Autréaux

 

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :