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Notes de lecture 2016

Note de lecture : « Soigner » (Patrick Autréaux)

De la folie dévorante du réel au vide nécessaire pour écrire.

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Soigner

Patrick Autréaux voulait dès l’enfance être médecin et poète, un désir de réel et d’écriture que son expérience de la maladie a transformé. Dans un cycle littéraire de quatre livres, initié avec «Dans la vallée des larmes» (2009) et conclu avec «Se survivre» (2013), il raconte ce parcours d’écriture, né d’une ambition dévorante de saisir le réel, métamorphosée par l’expérience de la maladie.

Paru en 2010 chez Gallimard, dans la collection L’un et l’autre, «Soigner» explore le chemin de cette métamorphose après la guérison, dans l’ombre de la figure tutélaire du grand-père, inspirateur et guide du médecin et de l’écrivain, dont il a conservé le nom Autréaux pour signer ses écrits.

Dès l’enfance, sa vocation première fut la médecine, non pas guidée par une ambition de réussite ou d’ascension sociale, mais par celle, insatiable, de comprendre le vivant, jusqu’à son échelle la plus minuscule. Il est finalement devenu psychiatre, à cause de son goût et de son aptitude innée pour dénouer les histoires embrouillées, un parcours dont les influences sont évoquées ici, toujours dans la subtile teinte de leur incertitude, l’effervescence inouïe des conflits entre des parents irréconciliables, et la figure atypique d’un grand-père toujours présent.

Sorti de la maladie, une expérience qu’il raconte «Dans la vallée des larmes», il reprend son travail aux urgences après sa guérison, toujours habité du désir de soigner. Mais son expérience de la maladie et le fait d’avoir côtoyé la mort ont transformé sa pratique médicale, son rapport au corps et aux malades, la frontière entre eux et lui étant devenu poreuse.

«Souvent, quand on traverse les urgences, une porte coulisse et surprend ou un brancard encombre le couloir : devant soi un inconnu dans son box ou un autre au milieu des allées et venues regardent, comme d’au-delà d’eux-mêmes, avec ce calme qui est l’œil de la violence. »

«La nuit n’est qu’une progression dans l’être, elle est fille du désir. Elle n’a rien de merveilleux ou d’effroyable, elle ne dévoile rien de caché, elle aide à mieux discerner. La nuit n’est pas l’envers du jour. Il n’y a pas d’envers, d’ailleurs, mais d’innombrables replis. Pas moyen de retourner la vie, la pensée, la conscience sur une doublure. Nous sommes des terres bordées d’un océan qui tombe. Des îles instables, calées sur du vertige.»

Au-delà d’une autofiction, «Soigner» est l’histoire d’un chemin vers l’écriture, de ses influences fortes ou incertaines, l’histoire du compagnonnage des livres, et celui-ci évite les écueils d’un récit intime, par la beauté de l’écriture et la subtilité du questionnement introspectif sur l’incertitude d’un destin.

«En matière de destin, les dalles sur lesquelles on s’appuie pour comprendre sont suspendues dans le vide. On avance en suivant les marches d’un escalier qui, n’ayant ni haut ni bas, vallonne dans un pays brumeux, et dans sa propre histoire comme un lettré errant dans les montagnes.»

Ce livre est actuellement indisponible mais vous pourrez l’acheter chez Charybde dès sa réimpression ici.

Et nous aurons la joie d’accueillir Patrick Autréaux en soirée chez Charybde le 3 février prochain, pour fêter la parution de son dernier livre «Le grand vivant».

Patrick Autréaux

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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