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Général

Les plus belles lectures de Charybde 7 en 2015

Plaisir de l’inventaire, inventaire des plaisirs.

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Si l’inventaire physique a tout de la corvée, cet inventaire-ci est ludique et une source de plaisir précieux, non pas pour ordonner le chaos des 190 lectures de cette année 2015, puisque j’ai maintenant pris l’habitude de faire une liste de tous les livres lus comme rempart à l’oubli, mais pour faire l’inventaire des jouissances du langage, se remémorer ces textes qui redistribuent la langue ou la mettent en pièces, qui ouvrent les portes du plaisir et de la liberté.

Comme mon ami et collègue Charybde 2, je n’ai pas inclus dans cette liste les quelques livres que j’ai pu lire récemment en 2015 mais qui ne seront disponibles en librairie qu’en janvier ou février 2016 (tout particulièrement ceux de Gabriel Josipovici, Emmanuel Régniez, Marie Redonnet et Lyonel Trouillot).

Comme résumé de l’année 2015 (forcément arbitraire et temporaire car le souvenir et la perception de ces lectures peut évoluer au fil des années), j’ai retenu vingt livres marquants :

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que faireJohn d’Agata et Jim Fingal, Que faire de ce corps qui tombe (Zones sensibles, 2012), le combat étourdissant sur les mots entre le journaliste et écrivain John d’Agata et Jim Fingal, le fact-checker chargé de vérifier son texte sur le suicide d’un adolescent à Las Vegas.

Philippe Annocque, Pas Liev (Quidam, 2015), dans la lignée de Kafka et de Beckett, un roman étrange, drôle et terrifiant, qui glisse de l’embarras absurde à la folie insurmontable.

Joseph Brodsky, Acqua alta (Gallimard, 1992), un long poème en prose, peinture amoureuse de Venise en hiver et méditation poétique sur le cours du temps, portée par une pensée mouvante comme les eaux de Venise.

Pablo Casacuberta, Scipion (Métailié, 2012), une tragi-comédie sur la filiation qui restitue de manière subtile et hilarante combien les perceptions humaines peuvent être tronquées et mouvantes.

Pierre Cendors, Archives du vent (Le Tripode, 2015), autour du personnage d’un cinéaste mythique, et de son énigmatique quatrième film, un thriller labyrinthique où les œuvres littéraires et cinématographiques se répondent, un livre fascinant qui conserve sa part d’ombre même après son achèvement.

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cendorsGrégoire Chamayou, Théorie du drone (La Fabrique, 2013), un essai qui explore comment le drone «chasseur-tueur» remet en cause la guerre en supprimant le combat, et les conséquences historiques, politiques, juridiques qu’implique l’utilisation de cette nouvelle forme d’arme.

Éric Chauvier, Contre Télérama (Allia, 2011), l’évocation des vies parallèles dans la zone périurbaine, un livre étonnamment subtil entre conformisme vide et fantastique inattendu.

Claro, Cannibale lecteur (Inculte, 2014), un essai littéraire foisonnant et poétique, et une formidable machine à donner des envies de lecture – lu par Charybde 2.

Brian Evenson, Baby Leg (Collection Lot 49 au Cherche-midi, 2009), un court récit épuré, comme un film d’horreur rendu ludique par empilement d’effets rituels, une boucle onirique parfaite – lu par Charybde 2.

Jérôme Ferrari, Le principe (Actes Sud, 2015), un roman vertigineux et somptueux, autour de la figure énigmatique du physicien Werner Heisenberg, inventeur du principe d’incertitude, ou comment nommer le fond des choses qui toujours se dérobent.

Frank Harris, La bombe (La dernière goutte, 1908), un roman d’une actualité explosive, sur les événements qui conduisirent à l’attentat de Haymarket Square en 1886.

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manonLaird Hunt, Neverhome (Actes Sud, 2014), le récit singulier d’une femme hantée par ses fantômes, partie sur le front en lieu et place de son mari pendant la guerre de Sécession.

Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède (Actes Sud, 2015), l’envol et la déchéance de Frances Farmer, étoile insoumise, consumée dans la lumière et le pouvoir d’Hollywood.

Christophe Manon, Extrêmes et lumineux (Verdier, 2015), en une seule phrase, l’enchaînement de scènes et d’images pour extraire du monde souterrain de la mémoire le rayonnement étincelant des souvenirs fugitifs.

Guillermo Saccomanno, Basse saison (Asphalte, 2012), le portrait ravageur d’une station balnéaire dévorée par l’ennui, la violence et la corruption. Un roman explosif et monumental.

Juan Jose Saer, L’occasion (Flammarion, 1988), une épopée argentine désenchantée, mêlant avec talent la question de l’identité d’un individu et d’un pays, un roman étourdissant à multiples facettes, autour de cette impossible vérité qui se dérobe dans les plis insondables de l‘autre, dans les tromperies de l’interprétation et dans une mémoire historique faillible.

Pierre Silvain, Julien Letrouvé colporteur (Verdier, 2007), un orphelin colporteur de livres confronté à la violence sur les chemins de Valmy : Un texte éblouissant pour dire l’amour des livres.

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CLARO_CANNIBALE-LECTEURKobayashi Takiji, Le bateau-usine (Allia, 1929), un huis-clos en mer hyperréaliste et lyrique pour dénoncer des conditions de travail inhumaines et appeler à l’insoumission.

Lyonel Trouillot, La belle amour humaine (Actes Sud, 2011), la magnifique écriture poétique de Lyonel Trouillot au service d’une radicale bienveillance.

Stéphane Vanderhaeghe, Charøgnards (Quidam, 2015), le témoignage incertain rescapé d’une humanité disparue, par un homme résistant avec pour arme ultime, le langage.

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Tous ces ouvrages sont naturellement disponibles (lorsqu’ils ne sont pas épuisés, ce qui peut arriver) à la librairie Charybde, ici.

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Excellente année 2016 à tous et belles lectures !

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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