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Lectures BD

Lecture BD : « Voyage aux îles de la Désolation » (Emmanuel Lepage)

Les Terres Australes Françaises comme jamais on ne les imagine.

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Voyages aux îles de la Désolation

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Publiée en 2011 chez Futuropolis, un an avant son « Un printemps à Tchernobyl », cette « bande dessinée d’Emmanuel Lepage, récit imagé d’un voyage » aux Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF – l’auteur note très vite à quel point les habitués de l’endroit sont friands d’acronymes), connues sous leur nom d’îles Crozet, Amsterdam, Saint-Paul et Kerguélen, qui furent jadis appelées « îles de la Désolation » (la dernière partie des TAAF, la Terre-Adélie, en Antarctique, fera l’objet de l’énorme album « La lune est blanche » en 2014)  est un ouvrage exceptionnel, à plus d’un titre.

L’enjeu principal était certainement de faire découvrir aux lectrices et aux lecteurs ces terres résolument inconnues, loin de tout ou presque, auxquelles on accède grâce aux rotations du navire « Marion Dufresne », basé à La Réunion, en charge du ravitaillement de ces îles, dont Emmanuel Lepage nous rappelle au passage, à chaque fois, les tentatives parfois pathétiques de mise en valeur économique qui eurent lieu au fil des âges d’or de l’aventure capitaliste, avant de devenir de nos jours des sanctuaires scientifiques, au sein desquels se relaient chercheuses et chercheurs de divers laboratoires spécialisés. Notons au passage que le férocement jubilatoire Heinrich Steinfest s’était amusé, dans « Le grand nez de Lili Steinbeck », à proposer une incursion vigoureusement étonnante sur l’île de Saint-Paul, justement. La découverte de ces paysages, dits « désolés », mais le plus souvent parfaitement grandioses, est en elle-même impressionnante, sous le trait de l’auteur.

La grande réussite de l’album, qui en fait sans doute un « incontournable » des bédéthèques qui se respectent, tient à trois cadeaux proposés en supplément gracieux par Emmanuel Lepage au fil des 155 planches de son récit.

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D’abord, comme il le fera aussi dans « Un printemps à Tchernobyl », et plus encore dans « La lune est blanche », il nous expose, sans fard, les heurs et malheurs du dessinateur « embarqué » dans une aventure littéraire, humaine et physique relativement hors du commun, utilisant certains détails fort prosaïques tels que le mal de mer persistant, ou bien le vent intense rendant illusoire la possibilité de dessiner en extérieur, pour bâtir une captivante réflexion sur l’art et sur le documentaire.

Ensuite, il expose par petites touches pédagogiques, mais sans excès de didactisme, les contributions de ces recherches scientifiques du bout du monde, si mal connues et trop souvent considérées comme superflues ou inutiles par une certaine bien-pensance contemporaine de l’efficacité et du retour sur investissement. La masse d’observations recueillies ici dans des conditions humainement difficiles mais scientifiquement privilégiées prend avec l’auteur tout son relief en termes de contribution à la compréhension du réchauffement climatique, de la circulation océanique, de l’astronomie de haut vol, ou encore de la mutation et de l’adaptation des espèces vivantes.

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Enfin, en confrontant son propre personnage aux difficultés d’une logistique d’approvisionnement, de rotation et de vie qui, en fonction des conditions météorologiques, peut vite devenir dantesque, Emmanuel Lepage nous fait saisir au plus près la spécificité d’une communauté humaine parvenant à réitérer sans arrêt le miracle d’une grande variété et d’une forte cohésion, que ce soit dans le confinement des bases et des villages totalement isolés, ou dans la curieuse diaspora des « anciens » et des « futurs » scientifiques, administrateurs ou techniciens affectés aux TAAF, rappelant avec force qu’il n’est d’authentique aventure, y compris de nos jours, qu’humaine.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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