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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Le requiem de Terezin » (Josef Bor)

Face-à-face bouleversant entre l’art et la mort au camp de Theresienstadt.

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J’ai eu envie de vous reparler de ce récit de Josef Bor en découvrant, dans le deuxième numéro de «La moitié du fourbi», le superbe texte d’Hélène Gaudy sur Kurt Gerron, acteur et réalisateur allemand, qui joua notamment dans L’Ange bleu aux côtés de Marlene Dietrich, et qui, déporté à Theresienstadt, dut tourner un film de propagande sur les conditions de vie de ce ghetto, avant d’être assassiné à Auschwitz en Octobre 1944.

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«Quand nous reviendrons, j’écrirai une histoire, un nouvelle ou peut-être un conte, un conte de fées, répétait souvent Schächter. Je raconterai entre autres choses comment le ciel a pu se perdre en enfer et comment l’enfer est monté au ciel, comment aussi j’ai pu aussi trouver rapidement un ténor et une basse.»

Raphael Schächter

Raphael Schächter, compositeur, musicien et chef d’orchestre, déporté à Theresienstadt en 1941, réussit à assembler un chœur de cent cinquante chanteurs au prix d’un courage et d’une détermination acharnés, malgré les déportations constantes des musiciens vers Auschwitz, à faire rentrer des instruments dans le ghetto, à organiser des répétitions dans les caves, et à finalement monter le Requiem de Verdi, déployant des efforts désespérés et tragiques pour jouer, que les nazis encouragèrent ensuite pour servir leur propagande. En Octobre 1944, Raphael Schächter fut transféré à Auschwitz dans les «transports d’artistes» et n’y survécut pas.

Le tchèque Josef Bor (1906 – 1979), déporté à Theresienstadt mi-1942, à la suite d’un attentat ayant entraîné la mort du S.S. Reinhard Heydrich, s’est inspiré de cette histoire pour écrire ce roman-témoignage publié en 1963, qui raconte comment le génie a côtoyé l’enfer à Theresienstadt.

«Rien ne bougeait plus dans la grande cave, toute vie semblait avoir reflué. Le regard las du chef d’orchestre allait de l’un à l’autre, sans pouvoir se fixer sur l’une des nombreuses silhouettes immobiles devant lui. Il ne paraissait même pas voir toutes ces têtes baissées. L’âme perdue, comme machinalement, Schächter se mit à compter les places laissées vides dans les rangs de ses chanteurs ; elles seules l’attiraient, là se pressaient encore hier tant d’amis, ces musiciens disparus. Son chœur était peut-être irréparablement démantelé.»

Malgré la barbarie, bien que la troupe des artistes soit décimée par les déportations vers le camp d’extermination d’Auschwitz, Raphael Schächter et ses musiciens persistent, pour donner une représentation de cette messe des morts catholiques devant des officiers nazis, dont Eichmann, défiant leurs commanditaires et bourreaux dans la manière de jouer, tentant de représenter dans ce face-à-face à l’issue désespérée les souffrances des Juifs et faire briller une étincelle ultime de justice et de dignité humaine.

«Dans l’univers absurde et d’une brutalité, d’une barbarie inconcevables où on les avait précipités de force, chacun désirait ardemment percevoir le moindre frémissement d’un sentiment humain et profond. Il devinait surtout combien, en secret, on attendait de l’art.»

Il faut savoir écouter la musique tragique et essentielle du «Requiem de Terezin», l’un des premiers textes publiés par les éditions du Sonneur, traduit du tchèque par Zdenka et Raymond Datheil.

Pour acheter ce livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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