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Notes de lecture 2012

♥︎ Charybde 1 : « À nos pères » (Tarik Noui)

Autour, la foule pâle et tremblante comme malade, et la maladie qui l’anime a un nom. Fascination. A deux noms. Douleur et fascination. A trois noms. Sang, douleur et fascination.

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Lucius est vieux. Retraité. Seul. Quand il étreint Mona, son amante alzheimer, il tient la mort dans ses bras. À cet âge, le médecin devient une relation trouble, entre dealer et unique ami… Et puis Frank Lahire lui montre un truc, dans le sous-sol d’une boîte de nuit, et lui propose d’en faire partie, lui aussi. Des combats de vieux, sous le regard d’une foule jeune, avide et fascinée.

Un Fight club gériatrique, faisant la part belle à des combats mous et des corps dégénérescents. Où les lunettes sont scotchées à même le crâne, où l’oubli d’un dentier au moment du combat peut se révéler fatal… Et les corps jeunes des filles viennent se coller à celui du vainqueur.

À côté des combats il y a aussi le quotidien, la vieillesse, le corps qui lâche et les sentiments qui fanent. Il y a le business des paris, il y a ces vieux qui acceptent d’entrer dans l’arène ; il y a les enterrements, le médecin, la faiblesse. Comme dans un Rafael derniers jours, le lecteur accompagne un personnage dans son choix de se soumettre à la souffrance et à l’humiliation.

A mi chemin entre la flamboyance d’un Palahniuk et la simplicité de McDonald, le style oscille entre poésie et barbarie. Le rejet permanent des dialogues en fin de chapitre produit un décalage son/image particulièrement réussi : le sens arrive toujours en second, après l’image et (souvent) la douleur. Des chapitres très courts, des phrases hachées de points, produisant ce rythme assez étrange d’une poitrine asthmatique.

La foule autour d’un cercle de violence. Deux vieillards en caleçons maculés finissent de se faire du mal. Les coups sont secs. C’est étonnant même comme rien ne ressemble à ce qu’on peut imaginer. C’est la première chose que remarquent les nouveaux arrivants. Le bruit de la viande qui claque contre la viande. Il n’y a pas de hurlement de la chair. C’est de la poésie, ça. C’est du cinéma. Des bruitages de films. Mais ce n’est pas la réalité d’un combat. Autour, la foule pâle et tremblante comme malade, et la maladie qui l’anime a un nom. Fascination. A deux noms. Douleur et fascination. A trois noms. Sang, douleur et fascination.L’un des vieillards a des lunettes qu’il fait tenir sur son nez avec du scotch de déménageur. Le scotch lui entoure la tête. Il est ridicule. Il est fini. La foule se moque de lui. Le binoclard pleure. L’autre vieux sur lui. Lui tient la tête et il cogne comme il peut. Un peu partout.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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  1. Pingback: Note de lecture : « Le chant du monstre – 4  (Revue) | «Charybde 27 : le Blog - 19 octobre 2015

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