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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Le parapluie rouge » (Anna de Sandre)

Cinq nouvelles pour tenter de sauver la couleur face au gris qui attaque sans cesse.

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Publié en avril 2014 chez In8, ce recueil de cinq nouvelles de Anna de Sandre, son premier après trois recueils de poésie, invente avec une noire et douce ferveur des moments magiques au cœur de l’hiver, pour des vies sur lesquelles souffle un rude blizzard social, des oasis instables et vulnérables dans la tourmente d’un quotidien, des instants fugaces de repos dans les tourmentes familiales, offrant à ses personnages une pause, une brève échappée, un œil de cyclone au sein duquel oublier quelques minutes que dehors, le vent souffle, et qu’il souffle fort.

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Le regard préoccupé de Clara Guillaume ajoutait un filtre troublant à la découpe des rues et des habitations de la ville où elle avait rendez-vous.
V. somnolait sous des congères fraîches et un épais vernis de glace, et pourtant les maisons les plus anciennes ne sentaient plus le vieux mur mais puaient, l’urine des chiens était plus âcre encore, et des relents de vin, de bière et de sangria s’accrochaient et collaient un peu partout, circulaient et caressaient même les corps comme des tissus humides et écœurants. (« Un festin en hiver »)

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Qu’il s’agisse pour une SDF de préparer puis de dévorer une impressionnante quantité de kefta dont elle tient le secret exclusif (« Un festin en hiver »), pour une jeune femme de se découvrir une véritable amie, paradoxalement rieuse, dans le morne désespoir d’une boîte de nuit (« À la nuit, loin du Montana »), pour un employé d’échapper au fatal engluement de l’esclavage salarial (« L’heure dite »), pour une dame mûre de se créer une vie oscillant avec une grâce légèrement psychopathe entre l’indignité et la liberté (« Et le jeudi non plus »), ou encore pour une routarde tireuse de cartes de refaire – presque au sens propre – le monde dans un café (« Le parapluie rouge »), les personnages d’Anna de Sandre vivent sur une corde raide, au point de rencontre exact de la dureté permanente qui les écraserait si volontiers, et de la tendresse fugace qui leur ouvre la survie, la vie et le monde.

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Avigdor Arikha - The Red Umbrella

Avigdor Arikha, « Le parapluie rouge ».

Quand j’ai imaginé mon futur chez moi en sortant de la prison bourgeoise de ma mère, il m’a d’abord fallu renoncer à l’idée de vivre dans un arbre. Incompatible avec un trivial besoin de sécurité et de confort.
J’étais pourtant le Huck de Tom Sawyer, le compagnon de Robin des Bois, la mère adoptive de Tarzan, le…, le…
Bref, j’ai déserté mon rêve arboricole.
J’ai rêvé ensuite d’un potager sauvage, d’un verger abandonné et d’un poulailler spontané de poules fugitives, qui m’éviteraient ainsi la fréquentation d’une ville. Mes besoins auraient été simples pour me passer de la corvée de la cuisine, que j’aurais voulue comme chez ces Aragonais isolés à flanc de montagne, avec une cheminée centrale pour la cuisson et le chauffage. La chambre vite meublée d’un vieux drap embossé de feuilles, et des plans pour produire de l’électricité avec une roue à aubes. Les coins d’hygiène, et un salon bien sûr, avec un bureau et des étagères pour mon papier et mes livres. Enfin, une serrure et une clef. Une fois tout ceci achevé, j’aurais mis la clef dans mon sac et pris la route comme les héros de Kerouac, Bouvier ou London. (« L’heure dite »)

Résonnant de plus d’une manière avec les rudes héroïnes du beau « Attendre avant de crever » (2011) de Karine Médrano, malmenées par le destin mais bien vivantes, ou avec les magnifiques et sombres gaillards du subtil « À pleines dents la poussière » de Stéphane Le Carre, « Le parapluie rouge » élabore un cocktail plus tonique et explosif qu’il n’y semble au premier abord, pour tenir encore un peu à distance le gris qui menace, partout, et maintenir un peu de couleur salvatrice au sein des existences toujours au bord d’être broyées.

Ce qu’en dit Marianne Desroziers dans le Pandémonium Littéraire est ici, ce qu’en dit Marie-Josée Desvignes dans la Cause Littéraire est .

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Anna de Sandre

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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