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Notes de lecture 2010

Note de lecture : « Bakou, derniers jours » (Olivier Rolin)

Sur les confins ex-soviétiques de la mer Caspienne, un voyage littéraire un cran en-dessous de l’habitude de l’auteur.

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Bakou, derniers jours

Publié en 2010 dans la collection Fiction & Cie du Seuil, le dix-huitième ouvrage d’Olivier Rolin, classé dans ses « récits géographiques » aux côtés par exemple des précédents « En Russie » (1987) ou « Paysages originels » (1999),  tire prétexte d’un scénario de type « Mort à Samarcande » inversé : ayant annoncé dans un roman précédent qu’ « Olivier Rolin était mort à Bakou en 2009 », l’auteur tenait à être sur place au moment « prévu »…

C’est pour lui l’occasion de nous proposer un compte-rendu éminemment cultivé de ses pérégrinations en Azerbaïdjan et au Turkménistan « voisin » (une fois la Caspienne traversée), au cours duquel on croisera des personnages hauts en couleurs, tels l’espion britannique Teague-Jones, au début du XXème siècle, l’écrivain Milorad Pavic du fabuleux « Dictionnaire khazar », ou encore un jeune Staline (« Koba ») sensiblement différent de celui présenté par Simon Sebag Montefiore en 2008.

Exercice de style plaisant et joliment enlevé, fourmillant d’informations, mais au bout duquel on se prend à peut-être regretter des visions plus engagées, ou plus authentiques, construites à partir des mêmes prémisses : les décors post-soviétiques du « Yama Loka Terminus » (2008) de Léo Henry & Jacques Mucchielli, même purement imaginaires, sont autrement plus attachants, de même que les périples d’Anne Nivat dans « Par les monts et les plaines d’Asie Centrale » (2006) sont tout aussi pittoresques et infiniment moins superficiels, ou que la mise en scène burlesque de la décadence politique caucasienne par un Gary Shteyngart (dans « Absurdistan » en 2006) est sensiblement plus drôle que celle proposée ici par Olivier Rolin, et il y manque peut-être aussi cette capacité de globalisation profonde dont fait preuve notamment Patrick Deville, sur un autre terrain, avec tout particulièrement son « Kampuchea » de 2011.

Chaque soir, à l’heure où les hirondelles tourbillonnent dans le ciel mauve, un homme aux cheveux gris franchit la porte d’un petit hôtel de la rue Mirza Mansûr, tourne à droite dans Harb, puis à gauche dans Sabir, que surplombent de beaux balcons de bois parfois entortillés d’une vigne, pavoisés de linge. Tombé d’un minaret proche du palais des Shirvanshahs, l’appel d’un muezzin suspend dans l’air de frêles festons sonores – si discret, presque plaintif, qu’il en devient émouvant. Le Dieu qu’invoque cette voix de violoncelle n’a pas l’air terrible, on l’inviterait bien au restau, justement on dîne seul ce soir – comme tant d’autres soirs. Les feuilles des figuiers plaquent des mains vertes, tremblantes, sur le ciel. Autour de Kiçik Qala on décroche des murs les tapis aux couleurs et aux rythmes de vitrail. Le promeneur passe à présent la double porte percée dans la muraille d’Isheri Sheher, la Vieille Ville (ou plutôt, pour traduire exactement, la Ville intérieure). Les tours grêles ressemblent à des pièces d’échecs ou à des moulins à poivre (Alexandre Dumas, en 1858, remarquait que les fortifications de Bakou étaient faites pour contenir des attaques à l’arme blanche, pas pour résister à de l’artillerie). Il hésite un moment avant de franchir le flot de grosses cylindrées – luxueuses allemandes, énormes 4×4, monumentales bagnoles d’un noir lustré, dont les conducteurs jouent nerveusement de l’embrayage au pied des murailles. Bousculade de corbillards turbo-compressés pilotés par des croque-morts moustachus à lunettes Ray-Ban.

Un exercice sympathique, donc, mais trop nettement inabouti, et nettement plusieurs crans en-dessous du meilleur de l’auteur.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « Le météorologue  (Olivier Rolin) | «Charybde 27 : le Blog - 10 octobre 2015

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