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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « L’invention du désir » (Carole Zalberg & Frédéric Poincelet)

Le désir adultère assumé, sublimé, porté en beauté et en poésie.

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L'invention du désir

Publié en 2010 aux éditions du Chemin de Fer, avec de somptueuses et troublantes illustrations de Frédéric Poincelet, ce texte de Carole Zalberg , écrit avant ses magnifiques « À défaut d’Amérique » (2012) et « Feu pour feu » (2014), propose une ode flamboyante au désir et à la subtile sérénité de l’acceptation de la double vie amoureuse.

Ce sont elles qui ont décidé. Nos mains.
Nous étions dans ce taxi qui nous emportait vers nos vies respectives. Rien ne s’était passé. Tout avait pourtant été dit par nos yeux. Quelques mots aussi qui avaient entrouvert une porte. Mais nous étions encore chacun encerclé par notre propre histoire, le corps et le cœur en quarantaine de tout ce qui n’appartenait pas à celle-ci. Voilà, nous étions toi et moi dans deux sphères clairement limitées. Par instant elles se frôlaient et là naissaient une transparence, une fluidité – comme une béance dans notre enceinte et par laquelle nous étions happés.
Nous roulions donc, encore lointains, avec au ventre des envies de collision, d’une fusion même maladroite et comptée. Or nos vies, tout près, nous attendaient et rien encore ne se passait.
Ta main, alors, sans douceur, s’est posée sur la mienne. Qui l’a aussitôt saisie, pétrie. J’étais en colère. Tu avais pénétré ma sphère et je ne pouvais faire autrement que t’y vouloir. Je te refusais mon regard en vain : je sentais nos mains en bataille achever de nous mélanger.
Cette guerre éclair nous laisserait tous deux vainqueurs et vaincus. Secrètement occupés.

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Dans ce texte court, Carole Zalberg se tire avec très grand talent de cette éternelle difficulté qu’est l’approche du désir, de sa rugosité charnelle comme de sa douceur fugace, sans jamais verser dans la mièvrerie ni dans le cliché ou l’automatisme. Pour dire cette passion socialement interdite et ici paisiblement assumée, sans s’attarder justement sur la toile qui enserre les amants, où guettent culpabilité et vaudeville, elle trouve une écriture d’une rare justesse, d’une poésie à la fois très physique et très légère, d’une beauté diaphane terriblement présente et vive, oscillant subrepticement entre réalité et rêve, que renforce à plaisir le dessin acéré de Frédéric Poincelet.

Plus encore qu’un voyage, ce serait un morceau d’autre vie, une exception à la règle des jours.
Bien sûr, il faudrait le prévoir, le préparer, le placer quelque part dans nos existences prises. Il faudrait accepter l’idée d’être pratique, de lâcher un peu les hauteurs pour la terre ; oui, il s’agirait de fouler un sol extrêmement concret le temps d’y semer ce qui deviendrait la date, l’occasion, la parenthèse gonflée d’essentiel.
Nous aurions à parler d’agenda, de contraintes, de toutes ces obligations qui nous lient ailleurs et que nous ne souhaitons pas rompre. Parler cru, nous qui aimons dire doux.
Mais cette audace d’être triviaux nous l’aurions comme nous aurions toutes les autres forces : pour ce moment jusque-là refusé où nous pourrions être longtemps un. Plus une femme et un homme ensemble. Une créature double et brûlante. Une molécule gorgée d’atomes avides.
Dans cette parenthèse, tu le sens, nous serions une palpitation.

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Carole Zalberg

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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