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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « À propos de courage » (Tim O’Brien)

Le poids et les ruines intérieures de la guerre.

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Faulkner aurait dit que nous disposons tous d’un territoire pas plus grand qu’un timbre-poste, mais que ce qui importe n’est pas sa superficie, mais la profondeur à laquelle on le creuse, une phrase qui résonne avec ce livre et avec l’ensemble de l’œuvre de Tim O’Brien.

 

«À propos de courage», paru en 1990 et en 2011 en français par les éditions Gallmeister (traduction de Jean-Yves Prate), raconte en vingt-deux chapitres l’expérience de la guerre du Vietnam, un récit d’une force inoubliable sur le maelstrom que la guerre inflige aux soldats, les combats, traumatismes et champs de mines intérieurs qu’elle laisse dans son sillage, en écho au «Compagnie K» de William March sur la première guerre mondiale.

Dans le premier chapitre, «Les choses qu’ils emportaient», («The things they carried», magnifique titre original du livre), les soldats emportent des milliers de choses – des porte-bonheurs, des lettres, des pêches au sirop au boîte, du fil dentaire, une fronde, une hache de guerre, des casques en acier, des grenades, des mines, des armes -, mais ils portent aussi la puissance de leurs armes, ils portent les maladies, les virus du Vietnam, ils portent le pays lui-même, sa terre et ses ambigüités ; ils portent l’intangible, le chagrin, la terreur, l’amour, la nostalgie et leur réputation. Cet inventaire déchirant de ce qui pèse sur les épaules et les âmes des soldats tisse un lien inextricable entre les objets et événements de la guerre, et l’expérience intime et les conflits intérieurs du soldat, entre réalité et perception, entre faits et mémoire.

L’horreur de la guerre et son ambigüité, l’ennui et la monotonie, la peur, la culpabilité, la mort des illusions sur soi-même, la mort tout court, et puis certains moments de beauté, de calme, l’envie de déserter, de s’envoler loin de la zone des combats et enfin, quand la guerre s’arrête, le manque profond de ne plus faire partie de cette communauté de combattants, la douleur de ce ressenti qui ne peut être partagé et qui parfois est fatal : Sans grandiloquence et sans effets, Tim O’Brien exorcise, vingt ans après la guerre, les ruines intérieures de cette expérience indissoluble.

 

courage«Cette histoire me réveille.
Dans les montagnes, ce jour-là, je vis Lemon se tourner de côté. Il rit et dit quelque chose à Rat Kiley. Puis il esquissa un demis-pas bizarre, sortant de l’ombre et se retrouvant en plein soleil, et le chargeur piégé de 105 explosa et l’envoya dans un arbre. Il y avait des morceaux suspendus partout, alors Dave Jensen et moi-même reçûmes l’ordre de tout nettoyer et de récupérer les morceaux. Je me souviens de l’os blanc de l’un de ses bras. Je me souviens des morceaux de peau et de quelque chose de jaune et de mouillé qui devait être les intestins. Le carnage était horrible, et je le porte en moi. Mais ce qui me réveille, vingt ans plus tard, c’est Dave Jensen en train de chanter Lemon Tree tandis que nous ramassions les morceaux.»

L’auteur crée des histoires qui soignent, qui maintiennent les morts en vie et permettent de continuer à vivre, après cette expérience humaine ultime, et il montre aussi, par ses commentaires intégrés aux récits, comment il entremêle rêves, fiction et mémoire pour réussir à raconter la guerre. La vérité est toujours relative, fluctuante, c’est la grande leçon d’humilité de Tim O’Brien.

«Si, à la fin d’une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c’est que vous êtes la victime d’un très vieux et très horrible mensonge. La rectitude n’existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.»

Ce qu’en dit Hard Cover sur son blog est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est . Ce livre est maintenant disponible en collection Totem chez Gallmeister sous le titre traduit de l’anglais « Les choses qu’ils emportaient » ici.

courage

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

5 réflexions sur “Note de lecture : « À propos de courage » (Tim O’Brien)

  1. tres grand bouquin sur la guerre au vietnam (cote americain) et cet aspect de solidarite de groupe qui soude tous les acteurs de ces raids.
    a lire
    a cote la compagnie K (egalement citeee) fait un peu mievre (des anecdotes de la guerre de 14 vues par differents membres d’une meme compagnie US)

    Publié par jean louis | 14 septembre 2015, 08:13

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