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Notes de lecture 2015, Nouveautés

Note de lecture : « Les Nuits de laitue » (Vanessa Barbara)

Méditation étonnamment légère sur la perte d’un être cher, et intrigue policière inattendue.

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Les Nuits de laitue

Excentriques voisins d’un quartier pourtant très banal, les personnages des «Nuits de laitue», semblent toujours en mouvement, y compris Otto, le personnage central insomniaque et antisocial, accablé depuis le décès imprévisible de son épouse Ada.

«Lorsque Ada est morte, le linge n’avait même pas eu le temps de sécher.»

Otto passe désormais l’essentiel de ses journées dans un fauteuil de sa maison jaune, à se souvenir de leurs cinquante ans de vie commune.

«Otto avait rencontré Ada en 1955 lors d’un bal à l’internat de jeunes filles. […] Elle avait l’air de penser à quelque chose d’amusant, même si son attitude traduisait une certaine froideur, et, lorsqu’elle braqua son regard sur Otto, il crut sa fin toute proche. Non seulement parce qu’elle était aussi belle que, disons, l’annonce de l’Apocalypse (le soleil en train d’exploser, le ciel violacé et les flammes de l’enfer), mais aussi parce qu’elle allait certainement le dénoncer aux vigiles de la fête. Cette fille avait un regard un brin pervers, tout le contraire des autres qui se rassemblaient en petits groupes pour cancaner. Elle dévisagea ce pauvre Otto puis, tout à coup se leva.»

Capa Noites de alface.inddFormant une merveilleuse galerie de portraits, ces personnages pourtant banals semblent tous affublés de manies curieuses, tel Aníbal le facteur dilettante, qui distribue les courriers à tort et à travers, Nico l’assistant pharmacien passionné des notices de médicaments et de leurs effrayants effets secondaires potentiels, Iolanda la mystique qui épouse toutes les croyances ou encore Teresa et ses trois chiens fous furieux.

«Nico avait une passion pour les notices de médicaments. En théorie, toutes les maladies du monde pouvaient s’abattre sur un patient avalant un malheureux comprimé pour en finir avec un bête rhume de cerveau, et le nombre de combinaisons possibles était infini. «Les plus fascinants, c’est ceux qui peuvent provoquer des états paradoxaux, comme somnolence et insomnie, accroissement et diminution de la libido, et, évidemment, les antidépresseurs entraînant des dépressions. Un antigrippal qui donne le hoquet», détaillait-il, accoudé au comptoir de la pharmacie.»

Hiroo Onoda

L’unique M. Taniguchi, «centenaire taciturne, sobre et consciencieux», malheureusement atteint de la maladie d’Alzheimer est le «clou» de cette galerie de portraits, personnage inspiré à l’auteur par Hiroo Onoda, ce soldat japonais qui ne crût jamais à la fin de la seconde Guerre Mondiale, et se battit jusqu’en 1974 dans une île des Philippines, avant de finalement renoncer sur ordre de son commandant, et d’émigrer pour finir ses jours au Brésil.

Tout en se remémorant de manière erratique des fragments heureux de sa vie conjugale, avec une Ada virevoltante et indispensable, Otto lutte pour faire face aux situations les plus élémentaires depuis sa disparition, et, sortant de sa coquille, recueille des indices épars de la vie de ses voisins, qui lui parvenaient jusque-là par le filtre de sa femme. Ces bribes de conversation entendues dans la rue ou à travers les cloisons trop minces le perturbent, évoquant ce qu’ils appellent «l’incident». Cet homme taciturne qui adore «les histoires de meurtres embrouillées, les films noirs et les polars sanglants» en vient ainsi à penser qu’on lui cache quelque chose.

À paraître aux éditions Zulma le 20 août 2015, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, ce premier roman «en solo» de Vanessa Barbara forme un récit très attachant, méditation mélancolique sur la perte et la solitude sous une forme pleine de légèreté et d’humour, comme un reflet du tempérament de feu follet d’Ada, rappelant la tonalité du «Margherita Dolcevita» de Stefano Benni, et qui prend au fil des pages un tour inattendu d’intrigue policière.

Vous pourrez acheter ce livre chez Charybde dès sa parution, ici.

Vanessa Barbara

 

À propos de Marianne

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

3 réflexions sur “Note de lecture : « Les Nuits de laitue » (Vanessa Barbara)

  1. « Les Nuits de la Laitue » (2015, Zulma, 224 p.), par Vanessa Barbara, traduit du brésilien par Dominique Nédellec, c’est une maison jaune adossée à la colline, tiens cela me rappelle quelque chose, sauf que ce n’est pas la bonne colline. Et de plus il n’y est pas question de laitue, mais de recette de chou fleur à la milanaise. A propos Mark Twain a toujours dit que le chou-fleur était un choux tout à fait ordinaire, mais avec une éducation universitaire. Mais c’est ainsi que le chou-fleur est grand.

    Pour en revenir à la laitue, on ne saura pas si elle a des effets secondaires indésirables (ou pas, selon les escargots). C’est du moins ce qui résulte du savoir quasi encyclopédique de Nico, le préparateur de la pharmacie Nebraska voisine, champion local des notices de médicaments qu’il délivre. Y compris en ces temps hivernaux de ceux pour la rhinite « Vous prenez un traitement et vous voilà enfin débarrassé de votre rhinite. Problème : vous êtes mort ».

    La maison jaune : c’est celle de Otto et Ada, un couple, maintenant réduit à un veuf, toujours enroulé dans une couverture à carreaux, posée sur son pyjama. Il n’y a pas de mention spécifique sur la taille des carreaux et leur relation géométrique avec les rayures du pyjama. C’est dommage, simple question d’accordance des gouts, mais bon, c’est le premier roman de Vanessa Barbara, elle est excusable.

    La couleur jaune est elle mise là uniquement pour faire pendant au Sergent Taniguchi, honorable centenaire japonais qui ignore que la guerre (la Seconde, celle de l’Axe) est terminée. Et pourtant s’il avait lu… (Mais bon, j’admets qu’il peut ne pas y avoir de bonne librairie, ni de blog intéressant, sur l’ile de Marinduque aux Philippines). Donc, il aurait pu lire « Les Feux » par exemple, de Ôoka Shohei (95, Autrement, 98 p.) qui décrit le sort du soldat Tamura, rescapé dans l’ile de Mindoro aux Philippines après avoir mangé du singe. (Enfin du singe déjà très évolué car portant une casquette avec l’étoile impériale). Ou bien « La Guerre des Jours lointains » d’Akira Yoshimura (04, Actes Sud, 288 p.) qui fait la lumière sur le sort des prisonniers de guerre américains, juste avant la capitulation. Instants spécifiques de l’unité 731, consacrée « à la prévention des épidémies et la purification de l’eau », mais aussi spécialisée dans l’expérimentation, avec vivisections anesthésie. Idem le « Mourir pour la patrie » du même Akira Yoshimura (14, Actes Sud, 176 p.) raconte la vie de Shinichi Higa, 14 ans, volontaire désigné sur l’ile d’Okinawa et son tragique destin face à l’avancée américaine. (Les habitants d’Okinawa ont été invités à se faire dynamiter dans des grottes bordant la côte). Mais le Sergent Taniguchi est un brave et honorable « centenaire taciturne, sobre et consciencieux ». Il a été relevé de ses fonctions par son commandant avant d’émigrer au Brésil. Ce n’est donc pas du tout un lâche déserteur. Ceci dit, ce passage (le chapitre 4) est un peu long (30 p.) et aurait gagné à être abrégé (qu’a donc fait l’ONU ?)

    Personnages suivants : les trois chiens de Teresa, respectivement Tuco, Ananias et Mendonça. Le premier se prend pour une souris. Lui conseiller de voir un zoo-psychiatre (oui ça existe). Le second est « à mi-chemin entre le beagle et le diable de Tasmanie », mais est grand consommateur de cafards (barata en portugais, cucaracha en espagnol). Quant à Mendoça, décrit simplement comme le cerveau de la bande, c’est un « boxer pouilleux ». Exit le roman canin. Il reste quelques autres voisins du même acabit, je vous laisse les découvrir.

    Pour un premier roman, c’est une bonne découverte, bien que je reste sur ma faim quant aux laitues. « Noites de Alface » dans le titre original, donc il n’y a pas de problème de traduction. On peut comprendre que l’auteur, ayant découvert la plante (la laitue), ait eu besoin de lui trouver un contexte (la maison jaune) et un voisinage (les personnages), y ajouter le chou-fleur (couve-flor) ne fait que mettre un peu plus de sensation écologique.

    Vanessa Barbara a cependant d’autres titres, en collaboration dont « O Livro Amarelo do Terminal » (le livre jaune du Terminal), reportage, «O Verão do Chibo » (l’été de Chibo) et des livres pour enfants « Endrigo, o Escavador de Umbigo » (Endrigo, le creuseur de nombril) et « A Máquina de Goldberg » (la machine de Goldberg). A signaler qu’elle tient un blog « Seleta de Legumes » sur http://www.hortifruti.org) blog quelque peu déjanté (on s’en serait douté) sur lequel on peut noter ses derniers ouvrages. Elle collabore également à Granta. Sa référence préférée : Guimareas Rosa, le grand auteur du Sertao « Diadorim » (91, Albin Michel, 508 p.) et « Mon oncle le Jaguar » (98, Albin Michel, 113 p.).

    Donc à traduire : « Operação Impensável » (Opération Impensable) (2015, Intrinseca, 224 p.), récit imaginaire (heureusement) d’un plan conçu par W. Churchill pour attaquer l’URSS, mais aussi roman de scènes conjugales entre Lia et Tito (va comprendre la relation…) et « O Louco de Palestra » (Le fou de conférences, chroniques urbaines) (2014, Companhia das Lettras, 200 p.).

    Publié par jlv.livres | 15 février 2016, 08:33

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