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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Un pendu ressuscité » (Denis Johnson)

Stone fiction.

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Johnson

Est-ce parce que Leonard English a réchappé à sa tentative de suicide par pendaison, est-ce parce qu’il a l’air en permanence d’être soûl ou drogué que le texte, reflet des méandres hallucinées des pensées de son héros, semble lui-même être ivre ?

Leonard English était vendeur de gros matériel médical. Ce métier lui plaisait jusqu’au jour où ces machines sophistiquées lui sont apparues comme des instruments de torture, au cours d’une scène d’anthologie d’expérimentation d’une agrafeuse médicale sur des chiens, la seule scène qui m’a semblée d’une netteté absolue dans tout le récit. English en devient ou redevient mystique, retourne à l’église, tombe malade et puis tente de se pendre, tout en considérant cet événement à posteriori comme un incident sans gravité.

Il quitte ensuite le Kansas pour Provincetown à la pointe de Cap Cod, recruté pour occuper à mi-temps les deux postes d’animateur de radio amateur et de détective privé. Le deuxième événement relativement net du livre est qu’English tombe amoureux d’une femme, lesbienne, qu’il espionne.

Pour le reste, «Un pendu ressuscité» est un récit dans lequel les protagonistes boivent avec obstination, et où le lecteur enivré par le texte doit accepter, pour un singulier bonheur de lecture, d’être désorienté au milieu d’événements et de dialogues absurdes, délirants, transporté dans la peau d’English, cet anti-héros totalement desaxé.

«Ils restèrent assis, tout nus l’un en face de l’autre dans le bac en bois, entourés de congères de neige durcie tandis que des eaux tièdes, parfumées à la camomille, tourbillonnaient autour d’eux, autour des seins de Leanna. Les brumes de l’esprit d’English décrivaient des cercles, elles aussi, et des nuages de vapeur, tels des derviches tourneurs, se glissaient entre eux. Dans la nuit sereine, au-dessus d’eux, les étoiles gelaient.»

«En comptant English, ils étaient quatre à boire, à l’Alaska Bar, tous des hommes. La femme entre deux âges qui préparait les cocktails s’appelait Madeline. Les bouteilles d’alcool étaient suspendues derrière le bar, le goulot en bas, à portée de main de Madeline. Elles étaient pourvues de tétons métalliques qui laissaient passer automatiquement une dose de trente-trois millilitres. Il y avait des scènes d’Alaska dans de vieux cadres cloués autour du miroir. Depuis des années, les gens soufflaient leur fumée de cigarette dessus. Le verre en était tellement obscurci qu’on pouvait à peine déchiffrer ce qu’il y avait derrière. Madeline chantonnait avec le juke-box. English était stupéfait de constater à quel point une chanson peut rassembler toute une période confuse, toute une tranche de vie, et la modeler en une chose aussi aiguë qu’élégante, capable de vous transpercer la gorge.»

Publié en 1991 et traduit en 2004 par Pierre Furlan pour les éditions Christian Bourgois, ce roman fut présenté chez Charybde par Nicolas Richard, libraire d’un soir en mai 2013, et on peut le réécouter ici. Ce qu’en disait très justement Romain Verger sur L’Anagnoste en 2014 est ici. Et pour acheter ce livre chez Charybde, c’est par là.

Johnson

À propos de Marianne

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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